Stop à l'éolien industriel

Stop à l'éolien industriel
Un fléau d'une ampleur internationale s'abat, depuis quelques années, sur notre pays. Aidés par nos élus, les promoteurs éoliens se sont accaparés nos territoires et nos vies. Devant le massacre de notre patrimoine, un vent de colère s'élève partout sur l'hexagone. Il est grand temps de dire "STOP" à ce carnage.

Production électricité, consommation, puissance installée, nucléaire, ... (II) (du 12/04/2017 au ...)

Production électricité, consommation, puissance installée, nucléaire, ...





Voir les articles précédents sur "Production électricité, consommation, puissance installée, nucléaire, ..." (I)



17/11/18«C'est une connerie de se forcer à fermer les centrales nucléaires à court terme»
Le directeur adjoint du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de l’IPSL François-Marie Bréon défend l'énergie nucléaire face aux énergies renouvelables. Le nucléaire est-il l'avenir de l'homme ? Il répond pour RT France.
RT France : Vous avez récemment signé dans Le Monde une tribune allant à contre-courant des thèses formulées jusqu’ici par les écologistes. Eux font la promotion des éoliennes et des panneaux photovoltaïques. Or, à vous lire, un monde avec moins de gaz à effet de serre passe par le développement de l’énergie nucléaire...
François-Marie Bréon (F-M. B.) : Une chose est certaine : c’est une connerie de se forcer à fermer les centrales nucléaires à court terme. On a en France des centrales nucléaires qui fonctionnent. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) – qui est une agence indépendante française – est chargée de dire si les centrales sont sûres. Elle dit justement que nos centrales sont sûres. Donc, je ne vois pas la raison pour laquelle on irait les fermer.
Dépenser des sommes absolument considérables pour fermer ces centrales nucléaires et développer des énergies renouvelables à la place, c’est vraiment de l’argent qui ne sert absolument à rien dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique.
"C’est très bien de dépenser de l’argent pour lutter contre le changement climatique, mais il faut le dépenser de manière efficace"
Je suis climatologue et persuadé que le changement climatique est quelque chose de grave. C’est très bien de dépenser de l’argent pour lutter contre le changement climatique, mais il faut le dépenser de manière efficace. Et si on veut le dépenser de manière efficace, ce n’est pas en développant des énergies renouvelables qu'on le fera. En revanche, il faut faire la promotion de l’isolation des bâtiments, des véhicules qui soient plus sobres en combustibles fossiles…
RT France : Dépenser de l'argent en France pour remplacer les centrales nucléaires par des éoliennes serait donc du gaspillage à vos yeux ?
F-M. B. : Je vais même être un peu plus sévère. Du fait de l’intermittence des énergies renouvelables (ENR) – que ce soit l'éolien ou les panneaux photovoltaïques – il y a des moments où elles produisent et d’autres moments où elles ne produisent pas. On peut compenser cette intermittence, typiquement en France, par des centrales au gaz [énergies pilotables]… Par voie de conséquence, le développement des ENR va, à mon avis, conduire en France à une augmentation des émissions de CO2. Or, on nous vend cela comme quelque chose qui va nous permettre de réduire les émissions de CO2.
RT France :Certains commentateurs prennent régulièrement le modèle de l’Allemagne pour la transition écologique et énergétique. Pour vous, clairement, l’Allemagne n’est pas le bon choix ?
F-M. B. : En Allemagne, ils ont une électricité qui est très carbonée avec une proportion de charbon importante. Si l'Allemagne développe les énergies renouvelables leur permettant de sortir du charbon, c’est une très bonne chose.
En Allemagne, on choisit de développer les énergies renouvelables non pas pour sortir du charbon mais pour sortir du nucléaire.
Sauf qu'en Allemagne, on choisit de développer les énergies renouvelables non pas pour sortir du charbon mais pour sortir du nucléaire. Pour le coup, c'est complètement neutre en carbone. D’ailleurs, les Allemands ont mis 300 milliards d’euros dans leur transition énergétique et l'effet est nul sur leurs émissions de CO2. Il s'agit donc vraiment d'une erreur à ne pas faire en France. Le cas de l’Allemagne est très différent du cas de la France, puisque la France, elle, a déjà une électricité peu carbonée.
RT France :Certains écologistes vont vous rétorquer qu’il existe un problème des déchets nucléaires en France, avec notamment une critique sur les enfouissements comme à Bure… Le nucléaire n'engendre-t-il pas une pollution ?
F-M. B. : Dans ce cas, on ne parle plus de climat. Mais discutons : est-ce que l’énergie nucléaire est quelque chose de mal dont il faut sortir au plus vite ? Concernant les déchets nucléaires, je n’ai absolument aucun problème moral avec l’idée de mettre des matières nucléaires à 500 mètres de profondeur dans un endroit bien choisi, c’est-à-dire étanche et stable géologiquement. Les périodes caractéristiques de la géologie se comptent en millions d’années. Il n'y a donc aucun souci : ce qui est stable aujourd’hui dans le sous-sol autour de Bure, là où on envisage de mettre les déchets nucléaires en France, c’est quelque chose de stable depuis 300 millions d’années. Je n’ai pas de doute que cela sera stable pendant encore au moins un million d’années.
"Je trouve éthique l’idée d’avoir des déchets nucléaires qui sont bien gérés, comme c’est le cas en France aujourd’hui"
D’autre part, l’argument des écologistes qui est de dire toujours: «On laisse ça aux générations futures»… Mais non ! On ne laisse pas cela aux générations futures. A partir du moment où l'on a mis les déchets en profondeur et l'on a refermé le site, on ne demande à personne de s’en occuper. Ce n’est donc pas quelque chose que l’on laisse aux générations futures. A contrario, d’ailleurs, des écologistes, qui eux affichent pour volonté «de laisser les déchets en surface, là où on peut les surveiller». Si on les laisse en surface justement, on demande aux générations futures de s’en occuper. Je ne veux pas de cela.
Je trouve éthique l’idée d’avoir des déchets nucléaires qui sont bien gérés, comme c’est le cas en France aujourd’hui, contrairement à tout un tas d’autres déchets qui viennent par exemple de l’industrie chimique. J’aimerais bien que les déchets qui viennent de l’industrie chimique soient aussi bien traités que ceux venant de l’énergie nucléaire.
RT France :Il n'y a donc pas de problème avec le nucléaire en France ?
F-M. B. : Pour la question des déchets, je ne vois vraiment pas où est le problème. L'autre argument qui est invoqué contre le nucléaire est la question des accidents. Il s'agit, pour le coup, de quelque chose pouvant être discuté. Des accidents il y en a eu, il est impossible de démontrer qu’il n’y en aura pas.
Donc, je peux comprendre qu’il y ait des gens qui s’opposent à l’énergie nucléaire à cause du risque d'accident. Sur cette question, c’est toujours une histoire d’analyse entre les risques et les bénéfices qu’on en retire. Il me semble que, de ce côté-là, le nucléaire présente beaucoup plus d’avantages que de risques. Typiquement, on pourrait parler des barrages hydrauliques. Les barrages ont tué beaucoup plus de gens dans le monde que les accidents nucléaires.
"Je sais aussi que la voiture tue 3 000 personnes par an, personne ne dit qu’il faut arrêter la voiture."
Pourtant, je n’entends personne demander qu’on vide les barrages au plus vite parce qu’il y a un danger de côté-là. Je sais aussi que la voiture tue 3 000 personnes par an, or personne ne dit qu’il faut arrêter la voiture.
Malgré les risques du nucléaire, qui sont réels, je pense que les bénéfices que l’on en retire sont nettement en faveur de cette option-là. C’est pour cela qu’il faut absolument avoir une agence indépendante qui a le pouvoir de faire fermer les centrales, si elle estime que les mesures qui sont nécessaires ne sont pas prises. Je suis très satisfait de la situation en France aujourd’hui. Il y a une agence, l’ASN, qui a ce pouvoir fort. L'Autorité de sûreté nucléaire a déjà demandé plusieurs fois à EDF de faire fermer des centrales en attendant que les travaux soient faits. Je trouve cela très bien.
RT France :On a justement des centrales vieillissantes et le fait de les remplacer ou de les aménager coûte énormément d’argent, à l’image de Flamanville. Le reproche du coût n'est-il pas sensé lorsque l’on s'aperçoit du gouffre financier ?
F-M. B. : Sur la question économique, on a un acteur industriel dont le boulot est de nous fournir de l’électricité à bas coût ou au meilleur coût possible. Si EDF s’aperçoit que faire de nouvelles centrales coûte trop cher et qu’il est moins coûteux de développer des éoliennes, alors EDF suivra la logique économique.
Laissons l’acteur économique décider ce qui est le plus intéressant pour lui. En réalité, c’est une très bonne affaire de prolonger les centrales qui existent actuellement et ce, malgré les travaux qui restent à faire. Récemment, certains trouvaient très bien que le gouvernement mette 20 milliards d'euros sur la table pour développer les éoliennes en mer. Généralement, on trouve que 20 milliards c’est complètement dingue. Mais quand il s’agit de dépenser 20 milliards pour développer les éoliennes en mer, on trouve cela bien…
Tous les pays qui ont développé des énergies renouvelables en Europe ont, curieusement, l’électricité la plus chère
Je note aussi que tous les pays qui ont développé des énergies renouvelables en Europe ont, curieusement, l’électricité la plus chère. Il faudrait donc arrêter de nous dire que l’électricité renouvelable est moins chère que tout le reste. L’expérience montre ainsi que l’électricité renouvelable est plus chère que le nucléaire et est également plus chère, malheureusement, que les combustibles fossiles.
Je serais prêt à changer d’avis le jour où on me montrera que l’électricité renouvelable n'est pas chère. Elle a en plus un gros défaut : être intermittente. Elle nécessite soit d'avoir des moyens de stockage, soit des moyens de backup [soutien].
Il faut comparer le coût d’une énergie pilotable avec le coût d’une énergie intermittente plus son backup [soutien] associé. Là, la comparaison aura un sens
Ainsi, si on veut comparer le coût d’une production électrique, il ne faut pas comparer une énergie intermittente avec une énergie pilotable. Il faut comparer le coût d’une énergie pilotable avec le coût d’une énergie intermittente plus son backup associé. Là, la comparaison aura un sens. Quand on me compare le coût d’un kilowatt-heure sur le solaire, qui produit seulement en été et en journée, à une électricité qui vient d’un barrage hydraulique – que l'on choisit de mettre en on ou off – cela n’a aucun sens. Et pourtant, c’est ce qui est fait aujourd’hui.
RT France :Pour vous, en France, quelles seront les centrales nucléaires de demain ? Celles disposant de réacteurs à neutrons rapides ?
F-M. B. : Des réacteurs à neutrons rapides [qui consomment cent fois moins d’uranium pour produire autant d’électricité], on en a eu plusieurs : Phénix, qui a fonctionné pendant une trentaine d’années [à Marcoule dans le Gard], Superphénix [à Creys-Mépieu dans l'Isère] qui était beaucoup plus gros et a fonctionné pendant une dizaine d’années... Celui-ci a été fermé sur décision politique. En Russie, il y aussi un réacteur à neutrons rapides qui fonctionne aujourd’hui. Je ne doute pas que si l'on décidait de développer cela, on y arriverait. Toutefois, un réacteur à neutrons rapides, cela coûte extrêmement plus cher qu’un réacteur normal.
Aujourd’hui, l’uranium n’est vraiment pas cher. De fait, les industriels, comme EDF, n’ont absolument aucune raison de s’acheter un réacteur à neutrons rapides. Les producteurs d’électricité auront intérêt à acheter des réacteurs à neutrons rapides le jour où le combustible coûtera cher. Cela arrivera si le monde entier se met à développer du nucléaire. Si, comme aujourd’hui, nous ne sommes que quelques pays à le faire, les réacteurs à neutrons rapides ne se développeront pas, pour des raisons économiques.
Même en remplaçant tout le parc automobile par de l’électrique, avec six réacteurs supplémentaires, on fera le boulot
J’aimerais personnellement qu'une grande partie des pays, qui utilisent aujourd’hui le charbon pour fabriquer l’électricité, à condition de disposer des structures sociales et scientifiques adéquates, développent le nucléaire. Mais l'on aura alors un problème de ressources en uranium et il faudra de fait développer les réacteurs à neutrons rapides.
RT France :En France, Superphénix a été malgré tout un échec, pas seulement pour des raisons politiques mais aussi écologiques, à cause de fuites ?
F-M. B. : Superphénix était un prototype donc, comme tous les prototypes, il y a eu des problèmes techniques. Un prototype sert aussi à cela : à identifier quels sont les problèmes techniques afin de les résoudre. Je rappelle que Superphénix, durant sa dernière année, a fonctionné en permanence pendant un an. Ensuite, il a été fermé sur décision politique. C’était un accord entre le PS et les Verts. Pour un prototype, j'estime que cela n’a absolument pas été un échec.
RT France :Avec les hausses des taxes sur les carburants, le gouvernement semble faire comprendre qu'il souhaite à l'avenir une utilisation massive de voitures électriques, en lieu et place des voitures thermiques. Si tous les Français parvenaient à rouler en voiture électrique, il faudrait logiquement de nouvelles centrales. Les centrales disposant de réacteurs à neutrons rapides pourraient-elles être une bonne alternative afin de construire moins de centrales ?
F-M. B. : Sauf que les réacteurs à neutrons rapides coûtent, encore une fois, beaucoup plus cher à construire. Finalement, je constate que les véhicules électriques sont très efficaces. Il n’y aura pas besoin de doubler le parc de réacteurs nucléaires. Même en remplaçant tout le parc automobile par de l’électrique, avec six réacteurs supplémentaires, on fera le boulot.
https://francais.rt.com/france/55531-cest-connerie-se-forcer-fermer-centrales-nucleaires-court-terme-entretien

15/11/18 : Electricité: une période sous tension s’ouvre pour RTE
Confronté à de nombreuses incertitudes sur l’arrêt et le raccordement de moyens de production et sur la disponibilité du parc nucléaire, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité appelle à relancer les économies d’énergie, à accroître la mise en service d’énergies renouvelables et à ne pas fermer tout de suite les centrales au charbon.
Les rédacteurs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) auront-ils le temps d’intégrer à leur projet les dernières réflexions des ingénieurs de RTE? Il faut l’espérer. Car il en va de notre fourniture d’électricité.
Ce jeudi, RTE publiait son diagnostic pour la sécurité d’approvisionnement, un exercice de prospective portant jusqu’à 2023. Exercice complexe qui consiste, à partir d’une multitude de données pas toujours arrêtées (l’évolution de la consommation d’électricité, par exemple) à esquisser l’image du système électrique tricolore dans les prochaines années.
En se basant sur ses propres scénarios, les annonces du gouvernement et des opérateurs, des informations diverses (visites décennales des réacteurs d’EDF, mise en œuvre des champs éoliens), le gestionnaire du réseau de transport d’électricité a tiré des bilans prévisionnels à court (cet hiver), moyen (jusqu’en 2020) et un peu plus long terme (2023).
ASSEZ D'EAU POUR L'HIVER
A moins d’un hiver particulièrement rigoureux, le responsable de l’équilibre du réseau est confiant. «Le stock hydraulique des centrales hydroélectriques est bon, la disponibilité du parc nucléaire devrait être meilleure que lors de l’hiver dernier et la consommation reste stable», résume Jean-Paul Roubin. Si les températures ne sont pas trop fraîches, le système électrique passera l’hiver sans encombre. En revanche, si le thermomètre plonge trop longtemps sous les normales saisonnières, la situation se tendra. «Nous passerons alors d’une consommation de 85.000 à 100.000 mégawatts (MW)», explique le directeur d’exploitation de RTE.
ACTIONS ‘POST-MARCHÉ’
Un saut qu’il faudra assurer, surtout entre février et mars, période durant laquelle 4 à 5 réacteurs (contre trois l’an dernier) subiront des opérations de maintenance. Et il ne faudra plus compter sur tout le parc de pointe: l’un des groupes de la centrale de Cordemais (700 MW) ayant été définitivement arrêté en mars dernier. Fort heureusement, l’entreprise peut en pareil cas engager quelques actions ‘post-marché’, de l’appel aux consommateurs à réduire leur consommation, à l’effacement des entreprises interruptibles, en passant par la baisse de la tension. Dernière mesure avant les ‘coupures ciblées’.
PAS ASSEZ DE RENOUVELABLES
C’est pourtant après cet hiver que les choses devraient se corser. Pour décarboner son parc de production, EDF a cessé d’exploiter ses unités carburant au fioul lourd. «Cette diminution du parc n’a pas été compensée par les énergies renouvelables, dont le déploiement est plus lent que prévu, ni par la mise en service de l’EPR de Flamanville», regrette Olivier Grabette, directeur général adjoint. Ce n’est pas tout.
EN ATTENDANT L'EPR
Avec l’accumulation des problèmes de fabrication, la mise en service du premier EPR tricolore reste incertaine. D’ici à 2023, EDF et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont aussi programmé 32 visites décennales de réacteurs. Etape indispensable à l’allongement de la durée de vie des réacteurs, ces grands chantiers (trois à quatre mois par tranche) sont toujours plus longs que prévu, notamment depuis 2014. Une moindre disponibilité annoncée du parc nucléaire, couplée à la faible montée en puissance du photovoltaïque et de l’éolien (marin notamment) ouvre une plage d’incertitudes pour la période 2019-2023.
FERMETURE PROGRESSIVE DU CHARBON
Le passage de ce goulet ne se fera sans douleur qu’à de nombreuses conditions. A commencer par la mise en service de l’EPR et de la centrale au gaz de Landivisiau. La filiale d’EDF attend aussi beaucoup de la multiplication des parcs solaires et éoliens. RTE table ainsi sur le raccordement de 1.400 MW éoliens supplémentaires par an et 1.800 MWc de photovoltaïques. Soit un accroissement de 17% par an pour l’éolien et de 100% pour le solaire, par rapport au rythme moyen d’installation observé ces dernières années. Un effort jugé indispensable: «Le développement des énergies renouvelables n’est pas uniquement une question de verdissement du mix: il s’agit d’un impératif de sécurité d’approvisionnement», souligne un document du GRT. En attendant, RTE demande une fermeture très progressive des centrales au charbon.
ÉCONOMIES D'ÉNERGIE
La France devrait bénéficier de trois nouvelles interconnexions électriques, deux avec le Royaume-Uni et une avec l’Italie à l’horizon 2021. De quoi soulager le réseau français à certaines périodes, mais ce ne sera pas suffisant. Raison pour laquelle François Brottes entend pousser les mesures de maîtrise des consommations: «C’est l’un des principaux leviers pour nous redonner des marges de manœuvre», estime le président du directoire du gestionnaire des lignes à haute tension. Reste aux opérateurs à proposer à leurs millions de clients des offres tarifaires plus attractives.
RTE travaille aussi avec les agrégateurs, ces entreprises qui font commerce des capacités d’effacement de certains industriels. «Certaines années, une entreprise sur deux que nous contactions pour qu’elle réduise sa demande en période de pointe le faisait effectivement», explique Olivier Grabette. Pas simple, décidément, d’équilibrer un réseau.
Dunkerque. A l'occasion d'un comité interministériel de la mer à Dunkerque, le Premier ministre Edouard Philippe a précisé le calendrier du parc éolien prévu au large du port nordiste, d'une puissance de 500 mégawatts. «Les candidats déposeront leurs offres dans 4 mois et nous serons en mesure de désigner le lauréat mi-2019», a annoncé l'ancien maire du Havre. Initialement, les lauréats auraient dû être sélectionnés avant la fin 2018. Dix groupements français et étrangers ont été présélectionnés en mai 2017, dont EDF et Engie, l'Espagnol Iberdrola, le Norvégien Statoil ou encore le Suédois Vattenfall. Le cahier des charges de l’appel d’offres leur a été transmis ce jeudi 15 novembre.

15/11/18
Climat : « Se priver du nucléaire est irresponsable »
Dans une tribune au « Monde », un collectif de spécialistes du climat et de l’énergie estime que face à l’urgence environnementale, l’énergie atomique, qui produit très peu de CO2, doit être privilégiée.
Tribune. Pour contribuer à éviter au monde un chaos climatique, l’Europe doit montrer l’exemple d’une économie débarrassée des énergies fossiles. Pour cela, il faudra impérativement supprimer le charbon dans la production électrique en moins de trente ans : mission impossible sans énergie nucléaire.
Il y a trois ans, à la COP21, les pays du monde se mettaient d’accord pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici à 2100. Cette semaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a lancé un signal d’alarme : son nouveau rapport indique que le dépassement de 1,5 °C de la température globale sera probablement atteint entre 2030 et 2052. Rappelons que seuls 5 °C de réchauffement global ont séparé la dernière ère glaciaire du climat qui était stable depuis des millénaires.Article réservé à nos abonnés 

Lire aussi Au Royaume-Uni, vers la fin du financement privé du nucléaire
La France dans une situation particulière
L’urgence climatique est un défi majeur pour l’humanité. Pourtant, en dépit des ambitions de la COP21, les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé d’augmenter dans le monde. Depuis 1992, année de la Convention climat, elles ont crû de plus de moitié : nous sommes en train de perdre la guerre contre le réchauffement.
Pour inverser la courbe mondiale, il faut prioritairement arriver à se passer du charbon, qui sert avant tout dans la production électrique, et est responsable de plus d'un tiers des émissions de CO2 planétaires ...

15/11/18La France ne pourra pas fermer ses dernières centrales à charbon avant 2020
Entre l’arrêt de Fessenheim et des centrales à charbon, le tournant de 2020 sera délicat, selon le réseau de transport d’électricité.
Ce n’est pas un signal d’alarme, plutôt un constat en guise d’avertissement. Jeudi 15 novembre, le réseau de transport d’électricité (RTE) a rendu public son bilan prévisionnel pour les cinq prochaines années. Si la filiale d’EDF se veut rassurante et pense que la France peut passer sans encombre les prochains hivers, elle dépeint un système électrique « en pleine mutation », qui « comprend des incertitudes ». Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité recommande de ne pas fermer les centrales à charbon avant 2020 et de ne fermer aucun réacteur nucléaire avant 2023, à l’exception de Fessenheim.
Les défis à venir pour la production d’électricité en France sont nombreux : le gouvernement s’est engagé à fermer les dernières centrales à charbon et la centrale nucléaire de Fessenheim avant la fin du quinquennat. Parallèlement, le rythme de développement des énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien terrestre et offshore, doit s’accélérer, et le premier réacteur nucléaire de type EPR, à Flamanville (Manche), est programmé pour être enfin raccordé au réseau en 2020.
Si tout se passe comme prévu, cet équilibre est tenable, estime RTE, qui lance toutefois quelques mises en garde. Après la fermeture de plusieurs centrales au fioul ces dernières années, le gestionnaire de réseau estime ainsi qu’il est préférable de « ne pas envisager de fermeture de nouveaux moyens de production d’ici à 2020 ».Lire aussi Comment le gouvernement compte mettre fin aux chaudières au fioul
Comment, alors, s’attaquer au dossier du charbon ? Emmanuel Macron a promis de fermer, d’ici à 2022, les quatre dernières centrales en France, qui ne produisent que 2 % de l’électricité française mais sont surtout utiles lors des pointes de consommation en hiver. Les arrêter sans mettre en danger le réseau est possible, selon RTE, à condition d’attendre 2020. Ce qui ne laisse que deux ans au gouvernement pour fermer quatre sites, où les questions sociales sont par ailleurs sensibles.
D’autant que la plus puissante de ces centrales, Cordemais, en Loire-Atlantique, assure une bonne partie de l’alimentation électrique de la Bretagne. Pour ne prendre aucun risque sur le réseau, il faudrait que le réacteur nucléaire EPR de Flamanville démarre avant la fermeture de Cordemais pour prendre le relais, explique Olivier Grabette, directeur général adjoint de RTE. ....
https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/11/15/le-france-ne-pourra-pas-fermer-ses-dernieres-centrales-a-charbon-avant-2020_5383814_3234.html

15/11/18Transition énergétique : croyez-vous aux énergies propres ?
Croyez-vous aux énergies propres ? C'était le débat du jour avec Véronique Jacquier dans "Info vérité" sur Sud Radio, le 15 novembre 2018. Avec pour invités :
- Nicolas Sartre, actionnaire et membre du bureau de la Centrale villageoise du Pays d’Arles ;
- André-Jean Guérin, administrateur du Shift project, groupe de réflexion sur la transition énergétique ;
- Esther Bailleul, chargée de projet au CLER, réseau pour la transition énergétique ;
- Vincent Licheron, chargé de mission environnement à la CLCV (Consommation, logement et cadre de vie).
Le gouvernement veut accompagner la transformation du pays avec une prime à la conversion pour les chaudières au fioul et le doublement de la prime à la conversion automobile. Mais est-ce si facile de se passer des énergies fossiles ?
Quid des voitures électriques ?
Prenons l’exemple de la chaudière au fioul, qui concerne 4 millions de foyers et 10 millions de personnes. Par quoi la remplacer ? Une chaudière au gaz ? C’est une énergie fossile, alors que le prix du gaz augmente sans cesse. Une chaudière hybride ? Son prix s'élève à 10.000 euros. Même avec un crédit d’impôt, cela demeure un investissement onéreux qui fait que l'on dépend toujours en partie du gaz. Autre alternative : la chaudière biomasse, qui utilise du bois ou des granulés. Mais son coût peut aller jusqu’à 20.000 euros... Reste la pompe à chaleur, qui utilise de l’énergie propre, de l’air et de l’eau, mais qui ne s’adapte pas à tous les logements.
Et pour les voitures, le doublement de la prime à la conversion peut-il être incitatif pour passer à l’électrique ? "La voiture électrique la plus vendue et la plus accessible, la Zoé de Renault, est à 17.700 euros, sans la batterie, et après déduction de 6.000 euros. Et on ne trouve pas de bornes facilement pour la recharger, souligne Véronique Jacquier. Ce n’est pas un investissement raisonnable pour une famille modeste."
Le chemin reste encore long avant de parvenir à réduire de 75 à 50% la part du nucléaire en France... Ainsi, Nicolas Sartre, actionnaire et membre du bureau de la Centrale villageoise du Pays d’Arles, travaille à créer une centrale avec un regroupement de citoyens. Le but : produire de l’électricité en louant des toits. "Nous avons réussi à obtenir une quinzaine de contacts sur des grands toits pour nous les louer, installer du photovoltaïque et produire de l’électricité. Ce qui va être produit va être consommé et ne proviendra pas du nucléaire. Tout ce qu’on produira permettra de valoriser les énergies propres."
Mais au total, éolien et photovoltaïque ne fournissent à eux deux que 5% de l’électricité en France. Ce seront donc toujours des énergies d’appoint pour une raison simple : l'électricité ne se stocke pas. De plus, les éoliennes supposent du vent et le photovoltaïque... du soleil ! Et pour se passer du nucléaire, il faudrait installer 200.000 éoliennes dans notre pays. Moralité : aucune énergie propre n’est la panacée pour l’avenir.

13/11/18L'électricité, un boom qui nécessitera des adaptations (AIE)
(reproduction interdite : voir article en ligne)
https://www.connaissancedesenergies.org/afp/lelectricite-un-boom-qui-necessitera-des-adaptations-aie-181113

09/11/18EDF prépare le terrain pour de nouveaux réacteurs
L’entreprise publique, qui vient d’acheter des parcelles aux abords de certaines de ses 19 centrales, se tient prêt pour construire de nouveaux réacteurs.
« Préparer l’avenir ! » C’est avec ces mots, presque un slogan, qu’EDF justifie sa récente campagne d’acquisition de terrains à proximité de certaines de ses 19 centrales. « Nous avons racheté des terres autour de nos sites de Paluel en Seine-Maritime, ou Cattenom en Moselle, admet la direction d’EDF. Et d’autres projets d’acquisitions sont effectivement en cours, notamment en région Centre-Val de Loire. »
140 hectares ont ainsi été acquis autour de la centrale de Belleville (Cher). 116 hectares se trouvent en cours d’acquisition près de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher), ainsi que 120 autres hectares près de la centrale de Chinon (Indre-et-Loire). « En région Centre, la surface d’étude de faisabilité concerne d’une cinquantaine à une centaine d’hectares autour des sites de Saint-Laurent des eaux, Belleville, Chinon et Dampierre », détaille le groupe.
Préparer l’avenir donc. Selon plusieurs sources concordantes, EDF a en réalité pour projet d’utiliser ces terrains pour y construire des réacteurs nucléaires supplémentaires. Soit des EPR surpuissants de 1 650 mégawatts (MW), mais à coûts réduits. Soit au contraire des réacteurs de petite taille, les SMR (Small Modular Reactor), 300 MW max. Interrogé, EDF ne dément pas.
En attente du PPE
« À ce stade, nous n’avons aucun projet défini, répond-on au siège de l’avenue de Wagram. Mais nous nous devons d’anticiper, et ce quelles que soient les décisions qui seront prises par les pouvoirs publics. » Le projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) doit être présenté à la fin du mois, avant un décret d’application prévu pour le printemps prochain. Elle doit fixer les grandes orientations de la politique énergétique du pays pour les cinq prochaines années. À commencer par la place du nucléaire et des énergies renouvelables.
LIRE AUSSI >Enquête sur les défaillances du nucléaire français
« En fonction de ces orientations, ces terrains pourront également servir à préparer le démantèlement des centrales arrivées en fin de fonctionnement, se justifie encore la direction. Ou encore les opérations exceptionnelles de maintenance, dans le cadre du grand carénage (NDLR : le vaste projet industriel destiné à prolonger la durée de vie de certains réacteurs, pour un montant global estimé entre 50 et 100 milliards d’euros). »
«Elle avance à marche forcée»
Mais si le nucléaire emporte la mise, de nouveaux réacteurs seront nécessaires sur le territoire. « L’autre piste il est vrai, c’est le développement des nouveaux moyens de production décarbonés, concède EDF. Nucléaires ou renouvelables. » Si c’est du renouvelable, on devrait voir fleurir bientôt, sur ces terrains acquis à proximité des réacteurs existants, des champs de panneaux solaires. Sauf que l’hypothèse a déjà été balayée d’un revers de main par certains directeurs de centrales.
« EDF applique une fois encore sa stratégie du fait accompli pour tordre le bras aux décideurs, analyse une source proche du dossier. Elle avance à marche forcée, sans tenir compte des éventuels futurs arbitrages. » Si ces derniers lui sont finalement défavorables, l’entreprise fait systématiquement valoir les investissements déjà réalisés. Et le risque de casse sociale encourue.
VIDÉO. Pourquoi EDF achète des terrains autour de ses centrales ?
http://www.leparisien.fr/economie/edf-prepare-le-terrain-pour-de-nouveaux-reacteurs-07-11-2018-7936878.php#xtor=EREC-293-[NLMaTerre]---${_id_connect_hash}@1

08/11/18Traçabilité de l’énergie : la fin des garanties d’origine et l’arrivée de la blockchain !
Dans le contexte actuel et surtout avec la publication de l’étude Greenpeace sur les fournisseurs d’énergie « verts », le certificat « vert » est de plus en plus discuté. La question d’une alternative devient pressante !
Appliquée au domaine de l’énergie, la blockchain permet de connaître la provenance de l’électricité et ouvre la voie à de nouveaux business model et à une nouvelle façon de consommer, ce qui rend les citoyens acteurs de la politique énergétique nationale.
Les garanties d’origine ont constitué jusqu’ici une étape essentielle à la valorisation de l’énergie renouvelable, en sensibilisant les consommateurs à la provenance de leur électricité. La technologie a aujourd’hui atteint un degré de maturité suffisant pour passer à un degré supérieur de traçabilité, grâce à la blockchain.
Les garanties d’origine, la première étape pour éclairer les consommateurs
Pour comprendre l’enjeu de la traçabilité de l’énergie, il faut envisager l’électricité comme un vaste réseau, dans lequel il n’est, pour le moment, pas encore possible de connaître l’origine et la nature de l’énergie qui alimente les prises : qu’elle vienne de France ou d’Allemagne, du vent ou de l’atome, l’électricité reste la même pour chacun d’entre nous.
Toutefois, pour favoriser l’énergie « verte », des garanties d’origine ont été instaurées depuis quelques années, en transposition d’une directive européenne de 2009*.
Le fonctionnement de ces garanties est similaire à celui des labels biologiques : il s’agit d’apporter la preuve que l’on respecte un certain cahier des charges, certifié par le régulateur.
Dans le domaine de l’énergie, le régulateur national est Powernext ; lequel tient un registre des installations de production d’énergie renouvelable sur le territoire français, et de leur production mensuelle.
Énergie : une véritable business place
De ce registre découle un marché de transactions classique, où acheteurs et vendeurs mettent à prix des certificats émis par le registre, et liés à un portefeuille d’installations. Pour les fournisseurs d’énergie, acheter des garanties permet de se donner une image plus « green », plus écologique, y compris lorsqu’ils ne produisent pas eux-mêmes d’énergie renouvelable.
De nombreux fournisseurs se disant « 100 % verts » ne font donc techniquement que livrer à leurs clients de l’énergie déjà présente dans le réseau, mais disposent d’un certificat attestant que l’énergie qu’ils fournissent, ou l’équivalent, a été achetée à une installation d’énergie renouvelable. Parfois même à l’étranger.
Dans cette configuration, associer l’énergie à une installation dans un secteur géographique donné ou liée à un mode de production particulier (éolien, solaire) relève de l’impossible.
La garantie est diluée dans un portefeuille, rachetée par les fournisseurs d’électricité afin de verdir leur électricité. La conséquence est la création d’une électricité verte à deux vitesses : illisibilité du message et opacité compromettent la confiance du consommateur.
Car la faiblesse du mécanisme des Garanties d’Origine tient avant tout à la décorrélation entre production instantanée et émission de certificats a posteriori ; la tolérance allant jusqu’à 5 mois.
Si le modèle des garanties d’origine a donc ses limites, il n’en représente pas moins la première étape dont avait besoin le secteur de l’énergie pour sensibiliser les consommateurs et soutenir la production d’énergies vertes, en attendant que la technologie soit suffisamment mûre pour affiner la traçabilité de l’énergie.
La blockchain : la solution pour certifier la traçabilité de l’électricité ?
Une technologie récente et très médiatisée promet de révolutionner cette traçabilité : la blockchain.
Trop souvent réduite au bitcoin, qui n’en est qu’une application à la devise, la blockchain promet d’innombrables possibilités.
Pour rappel, c’est une technologie de stockage et de transmission de l’information en réseau : chaque transaction validée par la communauté est intégrée à la chaîne sous forme de « bloc », et donc impossible à corrompre, car partagée à tout instant par tous les membres.
Utilisée dans le secteur de l’énergie, la blockchain peut certifier la traçabilité de l’électricité dans un registre digital, en inscrivant dans la chaîne d’information toutes les caractéristiques propres à une quantité d’énergie produite.
Par exemple, à chaque fois qu’un champ éolien produit de l’énergie, celle-ci peut être inscrite sous la forme d’un smart contract — l’équivalent d’un acte notarié qui en garantit l’authenticité — en spécifiant que l’énergie a été produite le 15 septembre 2018, en Bretagne, par telle éolienne, pour être ensuite vendue avec la preuve de sa provenance.
La blockchain pourrait ainsi remplacer à terme le registre Powernext par un registre digital, dynamique, incorruptible et accessible à tous.
La synchronisation entre la production de l’électricité et la certification associée, attestée et stockée dans la chaîne partagée, réduit les risques de greenwashing, tout en offrant les possibilités de composer son propre mix énergétique conformément à ses convictions.
Devenir acteur de sa transition énergétique par l’autoconsommation
La blockchain peut également transformer le modèle de l’autoconsommation collective. Demain, n’importe quel producteur d’électricité, qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un particulier — dont la maison est par exemple équipée de panneaux solaires — pourrait la vendre.
Cette transaction requiert l’existence d’une personne morale, chargée de garantir les intérêts des parties.
Ce rôle est pour le moment assumé dans les faits par le gestionnaire de réseau, mais l’usage de la blockchain permettrait de mesurer la distribution de l’énergie et de surveiller le respect des clés de répartition de manière très dynamique.
Dans cette configuration, chacun pourrait mettre à disposition le surplus d’électricité qu’il produit, sans passer par les distributeurs classiques, dans une configuration peer-to-peer***.
Chacun deviendrait ainsi acteur de la transition énergétique, en choisissant bien plus précisément l’énergie qu’il consomme. La technologie de la blockchain se présente donc comme l’évolution naturelle des garanties d’origines, en ce qu’elle permet de certifier la provenance et la nature d’une quantité d’énergie de façon plus dynamique et surtout moins binaire que l’actuel « vert ou pas vert ».
Appliquer la blockchain à l’énergie permet de sortir de l’approche top-down** de l’énergie. Mais encore faut-il pouvoir inscrire ce nouveau modèle dans un circuit commercial, ce qui suppose la création de plateformes de blockchain.
Cette plateformisation de l’énergie marquerait aussi un pivotement du modèle des fournisseurs, vers une mise en relation des acheteurs et consommateurs. Personnalisable et flexible, ce modèle redéfinirait la façon de consommer et permettrait aux citoyens d’avoir un réel impact sur l’orientation énergétique du pays.
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* https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=LEGISSUM:en0009
** L’approche top-down, ou descendante, est un processus dans lequel la prise de décision vient uniquement du sommet de la pyramide.
*** Une transition peer-to-peer, ou de gré à gré, se fait directement entre l’acheteur et le vendeur en se passant d’intermédiaire.

05/11/18Est-ce la fin de la prépotence verte en matière nucléaire ?
La publication de la PPE est encore différée, signe que le brainstorming de nos gouvernants n’est pas achevé et que les linéaments mêmes de la LTECV de 2015 sont sur la sellette, peut-être même le sort de Fessenheim qu’on croyait scellé.
La dérive positive des émissions de GES en France, malgré les dépenses en matière d'EnR électriques et les incitations du GIEC à utiliser le levier nucléaire, n'est certainement pas étrangère à cette situation. En fait, la raison est beaucoup plus triviale et tient à l'appréhension des conséquences réelles de devoir arrêter rapidement un nombre significatif de réacteurs alors qu'aucun substitut physique crédible n'est en place, une situation qui donne en effet à réfléchir.
La LTECV, d'essence idéologique, se réifie dans deux axes lourds : rabougrir le nucléaire et promouvoir les renouvelables électriques. L'Exécutif d'alors, bien appuyé par les mouvements Verts et les médias, a vendu à l'opinion, qui a acheté sans trop barguigner, que les seconds se substituent avantageusement au premier. Mais c'est évidemment un marché de dupes et sans surprise aucune, une impasse technique et économique.
La vérité est qu'on ne peut réduire la contribution nucléaire qu'en s'appuyant largement sur des centrales CCGaz, gênant quand on veut vraiment réduire les émissions de GES, sans parler du coût financier de construction et d'exploitation de telles installations qui viendraient se substituer à des outils existants parfaitement opérationnels.
Autres temps, autres considérants
Tout récemment et pour la première fois depuis longtemps, des arguments pro-nucléaires ont pu atteindre la première ligne du front médiatique (presse, radio, télévision) sans être étrillés en route, le fait mérite d'être salué.
En même temps, lorsque la mer des arguties se retire, le caractère totalement artificiel de l'arrêt forcé de Fessenheim apparaît sans plus de conteste, dans un contexte où l'on reconnaît la valeur ajoutée du nucléaire pour le pays et pas seulement pour le climat.
Car enfin, si le nucléaire est à nouveau jugé utile, voire indispensable, pour produire l'électricité décarbonée et modulable dont la France a besoin, pourquoi la centrale de Fessenheim (d'une puissance de 1800 MWe et assurant l'équivalent en production annuelle de 2500 éoliennes), qui remplit les conditions de sûreté et reste économiquement performante, devrait-elle être arrêtée ?
Magie calendaire, le décret de fermeture de la centrale, pris in extremis sous le précédent quinquennat, vient d'être annulé par le Conseil d'État. Ceci ne constitue pas une surprise pour les syndicats et les collectivités locales qui avaient déposé un recours dès sa parution, sachant ledit décret mal fondé juridiquement. Mais une décision réelle, même si elle a tardé, vaut mieux qu'une décision potentielle.
Autres temps, autres rigidités
Pour autant, cet obstacle n'en étant plus un, penser qu'une poursuite de l'exploitation de la centrale est désormais possible reste optimiste. En effet, le coup fatal pourrait venir d'EDF même, qui va de facto et sciemment placer la centrale de Fessenheim dans une situation de non-conformité aux règles de sûreté, n'ayant pas programmé certaines modifications lourdes dites "post-Fukushima" ni engagé les études correspondant à la quatrième visite décennale.
Dans l'état actuel, l'ASN ne pourrait autoriser le fonctionnement du réacteur n°1 au-delà de 2020 et le réacteur n°2 au-delà de 2022, faute de respecter les critères de sûreté afférents. On peut donc dire qu'EDF, jadis fortement engagée par la puissance publique à ne pas envisager d'avenir pour Fessenheim, a obtempéré par inaction et rien ne dit qu'elle souhaite reconsidérer son point de vue malgré la nouvelle donne, ce qui reste encore techniquement possible à condition d'agir sans délai.
Pièce du dossier, on vient juste de remplacer les générateurs de vapeur du réacteur n°2 et ceux du réacteur n°1 l'avait été récemment, opérations lourdes et onéreuses, mais ayant redonné aux installations un potentiel d'exploitation d'au moins dix années supplémentaires, hors la chausse-trape décrite précédemment.
Autres temps, autres pusillanimités
Mais existe-t-il encore dans l'entreprise une volonté de sauver Fessenheim, on peut en douter fortement.
Il est clair pourtant que cette conjonction inattendue offre une nouvelle conjoncture aux "opposés à la fermeture", syndicats, élus, soutiens. Voudront-ils saisir cette opportunité en demandant instamment à EDF de ne pas déposer la demande d'arrêt et d'agir ensuite en conséquence ? S'ils s'y risquaient, ils n'ont guère à espérer de la sphère politique ni du gouvernement actuel, qui n'osera pas tirer toutes les conséquences de son récent "nuclear-shift", un cadeau fait aux écologistes et quelque part à l'opinion, pouvant apparaître comme une manière de ne pas se renier complètement.
Autre aspect, si l'ASN devait ne plus autoriser Fessenheim à fonctionner pour des raisons de sûreté, le processus d'indemnisation d'EDF laborieusement élaboré pour compenser (très mal d'ailleurs) le retrait politique d'une installation sûre et performante pourrait ne plus s'appliquer et les compteurs, c'est le cas de le dire, pourraient être remis à zéro.

05/11/18JEAN-MARC JANCOVICI (2/2) : “LE PÉTROLE EST UN DES ANGLES MORTS DE NOTRE POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE”
Après avoir souligné les limites de notre modèle de développement, Jean-Marc Jancovici a accepté de revenir sur les défis de la transition énergétique française et européenne. Selon lui, alors que le mix-électrique de la France assure une production bas carbone à moindre coût, la stratégie énergétique impulsée à Bruxelles serait calquée sur le modèle allemand et risquerait d’avoir de lourdes conséquences dans les années à venir…
Alors que Nicolas Hulot en a fait un motif de sa démission, le président de la Cabep, Patrick Liebus, s’inquiète de l’avenir du Crédit impôt transition énergétique (CITE)… Récemment, François de Rugy a réaffirmé sa volonté d’atteindre les objectifs du Plan rénovation énergétique, pensez-vous que cela soit possible ?
Pour l’instant, les objectifs ne sont pas respectés. La loi de transition énergétique prévoyait effectivement 500 000 rénovations thermiques par an à partir de 2017. Et jusqu’à présent, les conditions pour que cela soit possible ne sont absolument pas réunies ; mais peut être que François de Rugy parviendra à faire évoluer les choses dans le bon sens.
Nous avons beaucoup étudié la question du bâtiment dans le cadre du Shift Project. Notre première recommandation visait à remplacer le Diagnostic de performance énergétique (DPE), par un inventaire des travaux nécessaires pour qu’un bâtiment puisse atteindre le niveau requis de performance carbone d’ici à 2050, que nous avons appelé « passeport rénovation ». Cet outil, qui regroupe tout un ensemble de prescriptions techniques propre à chaque bâtiment, fixe une date butoir pour réaliser tous les changements nécessaires pour se conforter à la trajectoire espérée pour le pays dans son ensemble. Sur bon nombre de logements, des interventions seront nécessaires d’ici 2050 sur beaucoup d’éléments : l’appareil de chauffage, la toiture, les peintures extérieures…. Il faut donc prescrire un degré de performance minimal lorsque ces opérations seront faites, afin d’optimiser leur « performance embarquée ». Prenons un exemple très concret, pour tout bâtiment qui n’a pas une façade à caractère architectural, dès lors qu’un ravalement est programmé, on pourrait systématiquement effectuer une isolation par l’extérieur, à ce moment-là le coût marginal de l’opération devient tout à fait rentable.
Il me semble que nous avons dès à présent l‘obligation de faire le maximum pour améliorer la performance énergétique de nos bâtiments. Par exemple, il faut que des mesures soient prises pour que tout remplacement d’une chaudière au fioul ou au gaz soit effectué par une pompe à chaleur (PAC) ou du bois. Désormais, il faut véritablement contraindre les individus à adopter ces bonnes pratiques. On pourrait parfaitement imaginer qu’en cas de changement d’installation énergétique, les ménages qui ne s’équiperaient pas d’une pompe à chaleur verraient leur impôt foncier augmenter…
Dans le même temps, il faut s’assurer que l’offre en face est disponible. Et pour cela une simple règle de trois suffit pour se rendre compte que le nombre de plombiers, de maçons, de charpentiers et de couvreurs n’est pas suffisant pour rénover 750 000 logements, ou même 500 000 par an ! Il faut renforcer les dispositifs de formation, mais aussi arrêter le discours misérabiliste de trop d’enseignants sur les métiers manuels, par exemple en améliorent les CAP et BTS… De cette façon, nous parviendrons en même temps à résoudre une partie de l’équation climatique, tout en répondant à la première préoccupation de la population, celle de l’emploi.
Dans votre passage sur Europe 1 le 1er septembre 2018, vous affirmez que la quantité de batterie à installer ne pourrait jamais suffire pour un mix énergétique mondiale à 100% d’EnR-i, pouvez-vous nous expliquer ?
Au niveau mondial, la production électrique est de 23 000 TWh par an. Or, la totalité des réserves connues de lithium permettrait, selon Fabien Perdu, chercheur spécialiste de la question des batteries au CEA, de réaliser environ 250 TWh de stockage (une seule fois). Cela représente seulement 5 jours de consommation mondiale, et une batterie dure environ 10 ans. Ces valeurs ne sont pas suffisantes pour que l’on puisse envisager de faire du stockage inter-saisonnier sur batteries dans un réseau électrique qui dure un siècle. Il faudrait être en mesure d’accumuler au moins un mois de consommation pour garantir l’approvisionnement toute l’année, et par ailleurs il serait indispensable de pouvoir renouveler les batteries 10 fois, ce qui n’est pas possible aujourd’hui !
Il existe des personnes qui soutiennent qu’avec un grand parc installé en éolien et solaire, il y a toujours une partie du parc qui produit, ce qui permet de supprimer des capacités dans le parc initial. Je me suis intéressé précisément à la situation en Allemagne et en Espagne. Dans ces deux pays, l’éolien et le solaire ont certes vu leur production annelle augmenter, mais pour autant cela n’a pas permis de faire baisser de manière significative la puissance pilotable installée. La puissance pilotable regroupe tout ce qui produit à la demande, et non uniquement quand les conditions extérieures sont favorables. Cela regroupe le charbon, le gaz, le pétrole, le nucléaire, l’hydroélectricité.
L’Allemagne avait 100 GW de puissance pilotable installée en 2002, et elle a toujours 100 GW pilotables en 2017, bien que dans l’intervalle elle ait rajouté 100 autres GW d’éolien et de solaire. Par contre, le facteur de charge de ces 100 GW de pilotable est descendu de 20% dans l’intervalle ; c’est-à-dire que ces 100 GW ont produit 500 TWh pendant l’année 2002, et seulement 400 TWh en 2017. Concrètement donc, c’est le facteur de charge des capacités pilotables qui a baissé, mais ces capacités ont été intégralement conservées, tout simplement parce qu’il faut pouvoir garantir à tout moment la sécurité d’approvisionnement, et que la puissance maximale appelée n’a pas varié. En effet, quand on regarde précisément la production horaire de ces 100 GW d’énergies intermittentes, on s’aperçoit qu’à certaines périodes de l’année, la puissance effective est de seulement 1 GW (la nuit, le solaire est à 0, et si il y a peu de vent, l’éolien peut descendre sous 1 GW, alors qu’il y a 55 GW d’éolien en Allemagne à fin 2017). Ce qui signifie que la puissance garantie à tout instant pour les unités intermittentes est de l’ordre du pourcent, ce qui est évidemment très faible. Et du coup, il faut conserver la puissance pilotable, qui elle est garantie à tout instant. Par contre, si on s’en sert moins, la rentabilité des capitaux investis dans ces outils de production baisse, et cela s’est constaté partout en Europe, pas « juste » en France avec les centrales nucléaires.
L’Espagne est un autre cas de figure intéressant. Au moment de développer les énergies renouvelables électriques, ils ont beaucoup plus misé sur les éoliennes que sur le solaire, malgré un ensoleillement supérieur à celui de l’Allemagne. Et, dans le même temps qu’ils ont installé 25 GW d’éoliennes, ils ont installé 25 GW de centrales à gaz, qui sont pilotables. En 2008, lorsque la consommation électrique espagnole a considérablement diminué avec la crise économique, on a observé le même phénomène qu’en Allemagne : le facteur de charge des centrales à gaz – qu’il faut garder pour garantir l’approvisionnement – est passé de 50% à 14%. Avec ces deux cas observés, nous ne pouvons pas encore tirer de conclusions universelles, toutefois on constate objectivement que ni l’Allemagne, ni l’Espagne, n’ont pu déclasser de la puissance pilotable avec l’augmentation des énergies renouvelables intermittentes.
Et en France, la loi de Kirchhoff restant la même, je ne vois pas pour quelles raisons, si on augmentait la part de l’éolien et du solaire dans la production annuelle, cela permettrait de diminuer la capacité pilotable. Cela va « juste » conduire, comme en Allemagne et Espagne, à diminuer le facteur de charge de nos capacités pilotables installées. A une ou deux exceptions près nos 58 réacteurs nucléaires seront encore là, mais nous les utiliserons moins, sans pouvoir les supprimer, au risque de devoir recourir à des délestages, comme on l’envisage en Belgique, voire de subir un black-out… Comme en Allemagne, quand nous sommes en situation anticyclonique, nos 20 GW de capacités éoliennes installées produisent très peu d’électricité.
Face à cet argument, il est parfois opposé qu’il y a toujours « du vent quelque part ». Pour voir ce qu’il en est, j’ai regardé comment évoluaient au même instant les productions éoliennes de plusieurs pays limitrophes, grâce aux séries au pas horaire fournies par le site http://www.pfbach.dk/. On constate facilement – hélas – que cette théorie du foisonnement ne se vérifie pas dans les faits. La probabilité maximale d’avoir une production éolienne faible dans un pays donné survient… quand il y a une production éolienne faible dans le pays voisin.
La raison est assez simple, en fait : l’Europe est soumise à un régime de dépressions qui sont des systèmes vastes, couvrant plusieurs pays, et qui amènent le vent. Du coup, s’il y a une dépression sur l’Allemagne, ses effets se feront aussi sentir en Grande Bretagne, en France et au Danemark. A l’inverse, s’il y a un anticyclone sur cette zone, le vent sera faible ou inexistant sur ces différents pays à la fois. Ce n’est donc pas du foisonnement que nous avons, mais une corrélation positive : l’ensemble des éoliennes européennes n’est pas loin de se comporter comme un unique système. Les deux seuls régimes clairement décorrélés sont l’Europe du Nord et l’Espagne (qui bénéficie de vents méditerranéens).
Par contre, les puissances installées ne sont pas les mêmes partout. L’Allemagne en a beaucoup plus que nous. Et du coup quand le vent souffle ce pays est exportateur, mais en période de défaut de vent il importe. Le système pilotable français est déjà pour partie en train de compléter une production fortement oscillante en Allemagne. Au Danemark, en moyenne 80% de la production électrique éolienne est exportée, et l’approvisionnement domestique est garanti grâce aux barrages norvégiens et suédois, et aux centrales à charbon allemandes.
L’observation de ce qui s’est passé ailleurs confirme que notre première priorité n’est pas d’investir dans le développement des énergies renouvelables intermittentes (EnR-i) en replacement du nucléaire en France. Le premier paradoxe est que cette stratégie ne vas pas contribuer à diminuer le risque nucléaire mais va au contraire l’augmenter ! En effet, avec un parc de centrales qui reste quasiment identique (pour des raisons de puissance garantie, voir plus haut), mais qui voit son facteur de charge baisser, il va falloir entretenir un système à coût fixe avec des recettes en baisse… et cela n’est pas bon pour la sûreté. Par ailleurs, les émissions de CO2 augmentent légèrement en pareil cas : le kilowattheure solaire, même s’il n’est pas très carboné (de 40 à 100 grammes de CO2 par kWh), l’est plus que le nucléaire (10 à 20 grammes de CO2 par kWh). Enfin, pour compléter le tableau, ce remplacement du nucléaire par des ENR-i détruit globalement de l’emploi en France.
Pour comprendre cela, il faut en revenir à la définition du PIB : cet agrégat vaut – par définition – la somme de la consommation intérieure et des exportations, auxquelles on retranche les importations. Or, pour produire un kilowattheure nucléaire, vous avez besoin d’importer environ 1 euro d’uranium, et tout le reste est de la valeur ajoutée française. En revanche, pour un megawattheure solaire ou éolien, vous avez besoin d’importer entre 20 et 30 euros de composants (par exemple des panneaux photovoltaïques chinois, ou des nacelles éoliennes chinoises, allemandes ou danoises). Pour chaque MWh substitué du nucléaire au solaire ou à l’éolien, vous passez donc les importations de 1 à 20 euros par MWh consommé en France. La production éolienne et solaire étant aujourd’hui d’environ 30 TWh par an, soit 30 millions de MWh, elle signifie – en moyenne – 600 millions d’importations additionnelles par an (qui sont donc autant en moins sur le PIB), soit – à raison de 30 000 euros de PIB par emploi – la destruction de 20.000 emplois dans le pays. Ce qui se crée dans la filière n’est qu’une partie de l’histoire : il se détruit encore plus d’emplois ailleurs à cause de la hausse des importations.
Nous aurions pu utiliser le même argent pour faire des choses bien plus pertinentes sur le plan du climat. La Cour des comptes a publié un rapport récemment indiquant que, fin 2017, 121 milliards d’euros ont été engagés dans le développement du solaire et de l’éolien (c’est la totalité de l’argent qui sera versé aux producteurs solaires et éoliens au titre des contrats de rachat à prix garanti signés jusqu’au 31 décembre 2017). Depuis, Emmanuel Macron a annoncé qu’il consacrerait 25 milliards d’euros supplémentaires pour développer les éoliennes offshores. Au total, les investissements dans les EnR-i se chiffrent donc autour de 145 milliards d’euros, soit déjà plus que la valeur historique de construction du parc nucléaire, et tout cela pour ne rien gagner en CO2 et détruire de l’emploi ! Avec ces mêmes 145 milliards, on aurait pu offrir une pompe à chaleur à chaque ménage qui se chauffe au gaz ou au fioul. Une telle mesure aurait presque entièrement décarboné le secteur du bâtiment, avec la création de 200 TWh d’énergie renouvelable (la chaleur transférée par les pompes à chaleur), l’économie de 10 milliards d’euros d’importations par an (60% du gaz et 15% du pétrole), la création de 200 000 emplois dans l’économie française, et la baisse des émissions de CO2 de 20%. Par ailleurs, cela ne diminue pas les recettes générées par les réacteurs nucléaires, et permet donc de bien les entretenir. La bonne question est de savoir pourquoi nos responsables politiques n’ont pas su faire un choix pertinent pour le pays, qui incidemment aurait beaucoup ressemblé à ce qu’ont fait les Suédois, au lieu d’essayer de singer les Allemands qui sont partis dans le décor…
Finalement, au regard de ces éléments, comment expliquez-vous les choix énergétiques français depuis ces dernières années ?
Pour moi, l’Europe est allemande, et donc l’Europe de l’énergie… est allemande. Le nucléaire c’est mal, le charbon on verra plus tard, le gaz (pourtant fossile et contributeur aux émissions) c’est bien, et le pétrole est en dehors des esprits. Au nom de l’axe franco-allemand, nous cherchons à les imiter en tout… Or, de l‘autre côté du Rhin, il y a une haine viscérale du nucléaire qui existe depuis longtemps, pour des raisons qui ne sont pas techniques. Le nucléaire rappelle tout d’abord les fusées Pershing, la présence militaire américaine sur le sol allemand, donc la « honte » de la Seconde Guerre mondiale. Ces fusées rappellent aussi l’époque où il y avait deux Allemagne, et que tout le monde essaie d’oublier aujourd’hui. Une experte de l’énergie m’a aussi fait remarquer un jour que l’énergie nucléaire est une énergie fédérale, et que dans un pays dominé par les Lander, elle sera moins bien vue que l’éolien qui est présenté comme une énergie locale (comme le charbon !). En France, nous n’avons pas tous ces éléments « culturels », donc nous voyons aussi la situation différemment.
Chez nous, cette focalisation sur le nucléaire a aussi des déterminants culturels. Les Français adorent l’état, mais adorent se plaindre de l’état. Ils sont très attachés à avoir des hôpitaux publics tout en critiquant dès qu’ils le peuvent la qualité de l’accueil, très attachés au système public ferroviaire tout en se gaussant des retards des trains (alors que notre système ferroviaire nous est envié par nombre de pays étrangers), très attachés à l’école publique tout en critiquant l’enseignement, etc.
Dans cet ensemble, ils sont aussi très attachés à EDF tout en critiquant le système technique mis en place. Il faut savoir dépasser cet esprit de « village gaulois » pour faire des choix pertinents, et ni Sarkozy ni Hollande n’ont su le faire. Sarkozy a délibérément évité de parler du nucléaire au moment du Grenelle de l’Environnement, mais du coup il a laissé le champ libre aux anti-nucléaires et aux gaziers pour proposer que ce soient les ENR électriques (couplées au gaz !) qui montent en puissance dans le mix électrique.
Hollande a voulu séduire les 2% d’électeurs pour qui la baisse du nucléaire est un des premiers déterminants du bulletin de vote en annonçant la baisse à 50% en 2025 (il n’avait pas d’autre idée en tête que de se faire élire, ce chiffre rond ne correspondait à aucune analyse technique sérieuse) et la fermeture de Fessenheim, qui relève de l’imposture. Sur ce dernier point, que l’Etat, actionnaire d’EDF, lui impose, quelle que soit la raison, de fermer un réacteur, peut être vu comme une bêtise, mais cela reste dans le cadre des droits de l’actionnaire majoritaire. Par contre, que Monsieur François Hollande affirme, sans tenir compte de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), que c’est Fessenheim qu’il faut fermer car c’est la plus vieille et donc la plus dangereuse, cela relève de l’hypocrisie. Cela laisse croire que Monsieur Hollande est plus compétent que l’ASN ou que les ingénieurs d’EDF pour arbitrer entre tous les réacteurs en fonctionnement, alors qu’il n’a pas la compétence pour. En fait, la seule raison de cette décision était de réaffirmer l’autorité du gouvernement sur EDF, exactement comme un gamin sur la plage montre à un autre gamin qu’il est le plus fort en allant piétiner son château de sable. Voilà où nous en sommes rendus en matière de « clairvoyance » de l’Etat sur les arbitrages de ce qui constitue le sang de nos sociétés modernes, l’énergie.
Et encore, ici nous n’avons parlé essentiellement que d’électricité, mais cette dernière ne constitue que le quart à la moitié de notre consommation énergétique (selon la façon de compter, primaire ou final), et notre société dépend tout autant du pétrole, qui est un des angles morts majeurs de la politique énergétique européenne et française. Ca sera pour une autre fois !
Retrouver la première partie de l’interview de Jean-Marc Jancovici : “Les slogans simplistes nuisent à la compréhension des dossiers scientifiques !”
https://lenergeek.com/2018/11/05/jean-marc-jancovici-petrole-politique-energetique/

31/10/18Abandon de Fessenheim : le calcul l’emporte sur la politique énergétique
La politique énergétique française sacrifiée sur l’autel du calcul électoral.
« Je suis en pleine activité et me sens en grande forme, j’ai encore belle allure et un bon potentiel de vie et d’utilité… mais je suis déjà morte ! »
Ainsi pourrait parler la centrale de Fessenheim, condamnée à la mise à l’arrêt définitif par sa maison mère EDF, dont la négligence programmée l’a privée de perspective en n’engageant pas les aménagements qui auraient permis qu’elle puisse fonctionner au moins dix années de plus, en particulier en ne lui appliquant pas le programme dit « post-Fukushima ».
Le célèbre adage « gardez-moi de mes amis » devrait donc être complémenté par « gardez-moi aussi des miens ».
On a promis à chaque employé EDF un reclassement satisfaisant et le processus est déjà engagé, privant la centrale d’avenir plus sûrement que par tout autre moyen coercitif.
On a promis aux territoires une manne qui ferait reverdir le désert industriel et l’arrivée d’entreprises d’outre Rhin qui pourront sans crainte d’un accident nucléaire venir profiter d’une main d’œuvre qualifiée et désœuvrée, celle des sous-traitants laissés sur place.
EDF REND LES ARMES
Mais quelle est la réalité et l’adéquation de ces promesses de relance d’une activité économique privée de son moteur ?
Ainsi donc, c’est EDF qui rend les armes, alors qu’elle les détient encore toutes, y compris une dernière fournie par l’annulation du décret de mise à l’arrêt par le Conseil d’État.
Mais il faut satisfaire une opinion façonnée et des promesses électorales que d’autres ont formulées en n’abordant surtout pas les fondements techniques d’une telle décision, justement parce qu’ils n’existent pas.
La légèreté de nos politiques est bien grande pour en arriver à mettre au rebut des outils industriels répondant pleinement au cahier des charges le plus en phase avec les exigences actuelles en ce qu’ils contribuent à la décarbonation de l’énergie, à l’indépendance et à la performance économique du pays.
Fessenheim a une capacité de 1800 MWe, soit l’équivalent de la puissance de crête de 600 éoliennes, chiffre qui passe à 2 500 machines si on considère l’énergie fournie en un an ; cette électricité est fournie au réseau, à la demande ou en continu, selon ses besoins. Que faut-il davantage ?
LÉGÈRETÉ ÉLECTORALISTE
L’arrêt de la centrale reste programmé malgré le changement de mandature, choisie non parce qu’elle est la plus ancienne, ce qui ne fait guère sens au plan technique, mais surtout par sa proximité avec une Allemagne à qui il faut complaire au nom d’intérêts dits supérieurs ; et qui s’affiche verte et vertueuse, tout l’inverse de ce qu’elle est en réalité.
Cette trajectoire dramatique est emblématique de l’insubmersibilité d’une légèreté électoraliste, laquelle peut survivre à tous les arguments logiques, sauvée à chaque fois par des arguties taillées sur pièce, mais de mieux en mieux entendues.
S’agissant de l’arrêt de Fessenheim, vendu et revendu à l’opinion comme nécessaire puis comme incontournable, la question du pourquoi n’est même plus posée, le quand seul étant ce qui importe, le comment, c’est-à-dire la casse, restant accessoire.
C’est l’État qui a fait pression sur EDF pour qu’aucun futur ne soit envisagé pour Fessenheim, ce qui a logiquement conduit l’entreprise à ne pas engager les évolutions techniques requises pour une prolongation d’activité. EDF se place ainsi délibérément dans l’obligation de devoir retirer du service des machines qui ne seront plus conformes (respectivement en 2020 et 2022 pour les réacteurs n°1 et n°2), un implacable stratagème satisfaisant une opinion qui pourra finalement penser que les risques agités par les opposants étaient bien-fondés.
EDF EXSANGUE
Arguments qui pourront resservir quand viendra prochainement le tour d’autres centrales.
Un principe d’une compensation de l’État à EDF pour contrainte infondée avait finalement été admis avant que soit récemment tramée la machinerie décrite, même si elle ressemblait à une aumône en regard de la perte que représentera la capacité de production de la centrale.
Mais dans la nouvelle situation artificiellement créée, l’État ne devra plus rien à EDF, la contrainte s’étant muée en obligation réglementaire, un habile et fructueux tour de passe-passe, au grand détriment de l’entreprise dont les finances sont déjà exsangues.
Dans la même veine et puisqu’on semble tout oser, pourquoi ne pas imposer à EDF d’indemniser les communautés locales et régionales lésées par un retrait unilatéral de l’activité. De la boutade à la réalité, le pas à franchir n’est peut-être pas si grand.

30/10/18Opinion - Vous produisez ? J'en suis fort aise, eh bien, stockez maintenant !
L'air de rien, l'engagement massif pour les ENR représente 141 milliards d'euros pour seulement 5 % de la production annuelle... Le stockage d'énergie devient impératif, il pourrait coûter plus cher encore.
Les engagements en faveur des énergies intermittentes photovoltaïques et éoliennes des décennies 2000 et 2010 se chiffrent à 141 milliards d'euros, dont 121 à prélever sur les prochaines factures des Français, pour seulement 5 % de la production électrique nationale (rapport de la Cour des comptes de mars 2018 [ 1 ], [ 2 ]).
Le parlement n'a jamais été consulté pour de tels engagements financiers sur des objectifs dogmatiques et partisans, essentiellement fondés sur une volonté de plaire à la bien-pensance écologiste. Un risque de dérapage tout aussi incontrôlé pointe sérieusement en ces temps de Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE) alors que l'exécutif souhaite poursuivre le développement des énergies intermittentes sans intégrer au débat les sommes requises pour stocker cette électricité ni le coût du CO2 évité par les différentes mesures prises.
Malgré le sévère état des lieux dressé par la Cour des comptes en mars 2018 concernant l'évaluation des instruments de lutte contre le réchauffement climatique, l'exécutif confirme le projet d'éolien offshore français dont il est clair qu'il n'aura aucun débouché à l'international et hors subventions massives puisqu'il produit une électricité trois fois plus chère que le prix de marché.
En effet, les 5 parcs off-shore reçoivent le soutien inconditionnel du chef de l'état en mai 2018, en ramenant le coût du projet de 40 à 25 milliards d'euros... pour une production électrique annuelle plus faible qu'une tranche d'EPR, sans possibilité de piloter la production électrique et pour une durée de vie moitié moindre (30 ans en mer pour 60 ans pour l'EPR). Et encore, les prévisions n'intègrent pas les dérives probables de ce type de projet hors norme et premier du genre, puisque la construction n'est toujours pas commencée.
La Cour des comptes souligne bien que remplacer l'électricité française déjà décarbonée à plus de 90 % ne peut pas se justifier par des arguments liés au réchauffement climatique. Si cette cause devait mobiliser les forces en présence, il faudrait interdire le gaz et le fioul pour le chauffage domestique et développer massivement les véhicules électriques. En effet, ces deux secteurs représentent les deux tiers des émissions de CO2 nationales.
À l'occasion de la finalisation de la PPE, cela n'augure rien de bon quant à la lucidité avec laquelle les engagements seront pris en matière de soutien aux énergies renouvelables (mais avec des éoliennes de plus de 200 mètres de haut, peut-on qualifier de renouvelables de tels volumes de béton, acier et cuivre ?).
Le principal risque pour les 10 à 20 ans à venir provient d'une négligence quasi systématique des coûts associés au stockage de l'électricité. 99 % de l'électricité stockée dans le monde l'est sous forme de stockage d'eau en altitude - et pour cause, c'est la solution la plus économique pour les grandes puissances et les grandes énergies. La France dispose du deuxième parc européen (avec 2300 barrages ! [3]) et nos marges de développements sont minimes tant pour des raisons géographiques qu'écologiques.
L'importance d'une électricité fiable s'illustre aisément : à l'échelle d'un pays, "perdre" son industrie textile ou automobile au profit d'une concurrence étrangère ne remet pas en question fondamentalement le fonctionnement du pays - ce constat n'enlève rien aux drames individuels qui résultent des mutations économiques d'un territoire. De même, l'inconfort de la dépendance technologique n'empêche pas de faire tourner des entreprises avec des logiciels américains ou des équipements fabriqués à l'étranger. Même les denrées alimentaires peuvent massivement s'importer.
En revanche, un système électrique défaillant peut plonger le pays dans le chaos en quelques jours ou à tout le moins faire peser des coûts extravagants sur des pans entiers de l'économie : le fonctionnement des systèmes de santé, de toute la chaîne agroalimentaire, des opérations financières, des transports (imaginez une ville sans radars... mais aussi sans feux tricolores !)... tous comptent sur une alimentation électrique aussi fiable et prévisible que la lumière du soleil. Les solutions de secours (groupes électrogènes, batteries, volants d'inertie...) n'assurent qu'une fourniture d'appoint pour des interruptions de quelques heures (parfois quelques secondes). Le prix de revient de l'électricité réellement produite sur la durée de vie de ces installations de secours dépasse souvent plus de 1000 fois le prix de l'électricité du réseau, c'est dire la dépendance de tous ces secteurs à la fiabilité de l'alimentation électrique.
Cet aspect de l'électricité passe souvent inaperçu, car il défit le sens commun : à aucun moment il n'est demandé de prévenir lorsqu'on souhaite allumer une bouilloire et par ailleurs, nous nous battons tous tous les jours pour conserver un niveau de charge minimale aux multiples batteries en notre possession (voiture, téléphone, télécommande, ordinateurs, horloges, etc.). Cela n'aide pas à entendre les avertissements concernant la valeur à accorder à l'adéquation des courbes de consommation et de production.
Pour se faire une bonne idée du stockage actuellement disponible, si tous les réservoirs étaient pleins en même temps (ce qui n'arrive jamais), ils pourraient couvrir un tiers de la puissance moyenne (20 GW sur 60 GW) pendant 5 heures. Ensuite, il faudrait se contenter de la puissance disponible sur les rivières, au fil de l'eau (environ 10 % de la puissance totale), avant d'attendre des jours ou des mois pour remplir à nouveau les retenues.
Ces 2300 barrages représentent la solution la plus économique pour stocker massivement de l'énergie que l'on peut facilement transformer en électricité... mais il faudrait budgéter des sommes bien supérieures à leur coût de construction il y a 30 à 50 ans pour reproduire ne serait-ce que la même capacité de stockage : les sites les plus accessibles sont déjà équipés et les considérations écologiques et sociétales compliquent souvent fortement les projets d'envergures (pensons au barrage de Sivens...).
L'éolien peut manquer à l'appel durant des jours entiers, sur tout le pays. En effet, les régimes de vent, même à l'échelle de l'Europe, ne se compensent nullement comme le montre bien l'analyse conjointe des productions des principaux pays équipés de fermes éoliennes ([ 4 ]). Quant au photovoltaïque, son développement massif requiert un stockage de plus de 6 mois de l'électricité essentiellement produite en été, ce qui est totalement hors de portée de toute technologie connue si l'on parle de dizaines de gigawatts.
L'Allemagne a démontré que subventionner massivement ces énergies (à un rythme plus de 5 fois supérieur à celui de la France) ne permet en aucun cas de garantir l'émergence de filières nationales : plus aucun panneau photovoltaïque pour le grand public n'est produit en Allemagne, les importations chinoises les ont balayées. Ses émissions de CO2 ont augmenté (au total et par kWh d'électricité) et la fiabilité de son réseau électrique faiblit d'année en année.
À côté de ces considérations, les prévisions doivent envisager un monde dont les ressources seront de plus en plus stimulées pour réparer les dégâts du changement climatique et permettre à chacun d'améliorer ou maintenir son niveau de vie. Ces efforts budgétaires à venir pèseront aussi sur les ressources énergétiques et physiques de la planète.
L'avis de l'Autorité de Sûreté Nucléaire - favorable à la prolongation de la durée de vie des centrales, dont Fessenheim, sous réserve de travaux - est remis en cause de facto par la décision purement politique de fermer cette centrale et d'autres encore. Si la raison d'être de cette institution est sacrifiée au profit des avis d'associations environnementales, il faut démanteler l'ASN, car il n'y a pas de raison de financer des fonctionnaires chargés d'établir la sécurité des installations nucléaires s'ils ne sont pas crus lorsqu'ils évaluent qu'elles sont sûres.
Enfin, dans un monde de plus en plus contraint, où tout un chacun est sensibilisé à éviter de gaspiller, la seule attitude raisonnable consiste à prolonger la vie de ce qui fonctionne de manière sûre et propre et à privilégier des investissements dans des équipements durables (une centrale nucléaire garantie 60 ans) plutôt que des équipements non démontrés et/ou à faible durée de vie : éolien et photovoltaïque sont garantis 25 ans uniquement et aucune grande installation n'a tourné plus de 10 ans pour l'éolien de forte puissance.
Ne nous faisons pas écraser par la charge du stockage d'énergie après avoir, malgré nous, engagé des sommes colossales pour la production de seulement 5 % de notre électricité !

30/10/18Programmation Pluriannuelle de l'Energie : fuite d'un document sur le nucléaire
Alors que la Programmation Pluriannuelle de l'énergie (PPE) devrait être présentée mi-novembre, un document de travail officiel touchant à la question sensible du nucléaire en France a fuité. Dans ce document, le gouvernement se penche sur d'éventuelles nouvelles constructions de réacteurs nucléaires de type EPR entre 2021 et 2025.
Les écologistes inquiets
Cette fuite a provoqué un tollé auprès de certains députés et associations environnementales. S'il on en croit Célia Gautier, experte sur l'atome à la Fondation pour la Nature et l’Homme : "Cette fuite est un moyen de savoir ce que les acteurs pensent de ce scénario, ce n’est pas forcément le scénario final. Mais si le président confirmait cette ligne, et notamment l’absence de fermeture de réacteurs nucléaires dans cette PPE, il agirait de manière irresponsable. Ce serait nous enfermer dans un modèle énergétique coûteux et passéiste ; une façon de dire adieu au nouveau monde."
Une inquiètude partagée par le député de La République en marche, Mathieu Orphelin qui fait savoir : "en creux, ce qui est annoncé, c'est un programme de relance du nucléaire où l’on envisage la construction d’une nouvelle série d’EPR alors que ce qu'il faut relancer ce sont les énergies renouvelables et la maîtrise de l'énergie" .
Décarboner l'énergie : l'argument pro-nucléaire du gouvernement
Si le gouvernement envisage la construction d'EPRs pour produire davantage d'électricité, c'est que le nucléaire ne génère que peu de CO2, gaz à l'origine du réchauffement climatique. Dès lors, si la décision de construire des nouvelles centrales reste à déterminer, les centrales à charbon verront elles, leur activité prendre fin.
Les énergies renouvelables moins chères et plus propres
"Aujourd’hui, les énergies renouvelables comme le solaire, l’éolien terrestre et l’éolien en mer, sont descendues en dessous du seuil de 60 euros par mégawatt-heure, un prix qui est largement inférieur au prix que coûterait l’électricité d’un nouvel EPR", met en avant Jean-Louis Bal, président du syndicat des énergies renouvelables (SER). En effet, cette affirmation se vérifie sur les prix pratiqués sur le marché ; les offres vertes à destination des consommateurs particuliers sont parfois moins chères que celles issues des énergies fossiles.
Mobilités et énergie
Le document aborde la problématique de l'énergie de manière assez globale. En matière de mobilité, il n'y a "rien sur les transports en commun, rien sur les filières industrielles de vélo", déplore Anne Bringault, coordinatrice du Réseau action climat. Dans la vision gouvernementale, la voiture prend donc le pas sur les transports en commun, souvent plus verts. Dès lors sont proposées des solutions pour '"électrifier 100% des gammes des constructeurs en 2025". Une position que regrette Célia Gautier : "Il y a un biais très net pour la voiture par rapport aux transports en commun et il n’y a pas grand-chose sur la rénovation du bâtiment. Pour le reste, c’est une vision très techno, ça correspond bien à l'imaginaire macronien, avec cette idée que la technologie va tout résoudre".
https://selectra.info/energie/actualites/politique/ppe-fuite-document-nucleaire

28/10/18Le nucléaire : "une folie" ou un "atout pour la France" ?
La France s’apprête à fixer sa politique énergétique pour la décennie à venir. Six réacteurs vont fermer, selon nos informations. Et des EPR vont être lancés. Opportun ? Trop cher ? Challenges passe en revue tous les enjeux.
Plus que quelques jours. C'est le 30 octobre que les producteurs d'électricité devraient être fixés. Ce jour-là, le gouvernement publiera la feuille de route de la politique énergétique du pays pour les dix prochaines années. Très attendu, ce document officiel - appelé programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) - a pour mission de mettre en musique les objectifs de la transition énergétique. La PPE couvre toutes les énergies, mais c'est évidemment le nucléaire qui mobilise les attentions. Et surtout sa trajectoire dans le mix électrique (72% aujourd'hui, 50 % dans une quinzaine d'années). Pour atteindre cet objectif, combien de réacteurs vont devoir mettre la clé sous la porte ? A quel rythme ? A contrario, combien d'unités pourront être prolongées ? Avec le parc nucléaire vieillissant, faut-il envisager la création de nouvelles centrales ? Ou, comme le souhaitent les écologistes, faut-il se projeter en deçà des 50 % de nucléaire pour s'orienter vers un monde intégralement renouvelable ?
L'ex-ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot militait pour la publication d'une liste de centrales à arrêter avec un échéancier précis. Bugey, Dampierre, Tricastin, Gravelines sont les plus menacées. Mais il est probable que la PPE n'en dise rien. " A quelques mois des élections européennes, le gouvernement ne veut pas prendre le risque de semer le trouble dans les territoires ", dit un proche du dossier. EDF est sur la même longueur d'onde. " Je ne suis pas un adepte des listes ", confiait début octobre le PDG Jean-Bernard Lévy. La PPE devrait en revanche annoncer des fermetures de centrales. D'après nos informations, la mise à l'arrêt de six réacteurs est envisagée au cours de la décennie à venir. D'ici à 2035, les fermetures pourraient s'élever à quatorze.
L'avis des Français est tranché (voir le sondage Odoxa-Aviva pour Challenges): s'ils sont désormais une majorité à être opposés au nucléaire (+ 21 points en cinq ans), ils ne se montrent pas pressés d'arriver au seuil de 50 % du mix d'électricité en provenance de l'atome : seuls 28 % le souhaitent. De quoi rassurer EDF, qui plaide pour ne pas précipiter la fin de vie de ses centrales.
Bataille en coulisse
Car la bataille s'est déroulée en coulisse dans les ministères régaliens, à Matignon, à l'Elysée. Et pas toujours à fleurets mouchetés. C'est entre EDF et Nicolas Hulot que le combat fut le plus rude. L'ancien présentateur d'Ushuaïa s'est vu comme un rempart aux visées de l'ex-monopole. Notamment face à la velléité d'EDF de relancer des EPR en France. Une provocation pour Hulot qui, après les retards et les surcoûts de Flamanville, considère cette centrale de troisième génération comme le mal absolu. Avant sa démission fin août, il fustigeait " la dérive " financière d'une filière " qui ne tient jamais ses promesses ". EDF, de son côté, peste devant ce ministre " jamais joignable ". Jean-Bernard Lévy mettra plusieurs mois avant de le rencontrer. L'électricien le soupçonne aussi de militer pour son démantèlement (lire page 62).
A quelques jours de la publication de la PPE, rien n'est donc définitif. " Chacun veut gagner ses arbitrages, dit-on dans l'entourage de François de Rugy, le nouveau ministre de la Transition écologique. Les navettes entre les ministères vont se poursuivre jusqu'à la dernière minute. " Depuis des mois, ça tangue au sommet. Selon Bruno Le Maire, le nucléaire est " un atout pour la France " ; pour Nicolas Hulot, c'est " une folie ". Son successeur à l'hôtel de Roquelaure tient peu ou prou le même discours. Il y a dix-huit mois, François de Rugy prônait la sortie du nucléaire en 2040 et une production 100 % renouvelable à partir de 2050. Le mois dernier, il affirmait que le nucléaire ne peut être " une énergie d'avenir ", contredisant en cela les propos d'Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle. Même si, depuis son élection, le locataire de l'Elysée est moins catégorique. Désireux de vouloir " en même temps " promouvoir les renouvelables, il s'était rallié à l'objectif des 50 % de nucléaire à " l'horizon 2025 ", pour reprendre l'expression chère à François Hollande.
Ce pourcentage n’est fondé sur aucun calcul économique. Issu d’un marchandage entre le PS et les Verts en 2011, il a suscité la fureur des 220 000 salariés de la filière nucléaire. Pendant cinq ans, EDF s’est employé à gagner du temps en feignant d’ignorer l’objectif des 50 %. L’ex-PDG Henri Proglio soutenait qu’on pouvait les atteindre en 2025 sans fermer de centrales. Avec les nouveaux besoins électriques et la croissance démographique. Une thèse improbable, à laquelle même RTE, gestionnaire de transport d’électricité et filiale d’EDF, n’a pas souscrit. Car, depuis la crise de 2008, la consommation diminue.
Rétropédalage sur les « 50 % »
Reste que le jeu de dupe de l’électricien a porté. Pendant le quinquennat Hollande, la part du nucléaire n’a pas bougé d’un iota. Détenteur de 84 % d’EDF, l’Etat n’a pas cherché à imposer ses choix. Même hypocrisie concernant Fessenheim. Doyenne du parc français, la centrale alsacienne devait fermer fin 2016. Mais EDF a freiné des quatre fers, arguant que l’unité est en parfait état de marche - l’Autorité de la sûreté nucléaire en atteste - et rapporte beaucoup d’argent (environ 200 millions d’euros par réacteur chaque année). Résultat, Fessenheim tourne toujours. Ces dix-huit derniers mois, les lignes ont tout de même fini par bouger. L’ex-secrétaire d’Etat à la Transition écologique Sébastien Lecornu s’est rendu plusieurs fois en Alsace et a rencontré les élus et les salariés à qui il a présenté un plan de reconversion. La fermeture de Fessenheim est désormais actée, moyennant pour EDF une indemnisation de 500 millions. Ce sera en 2020, concomitamment à la connexion au réseau de l’EPR de Flamanville.
Reste la question emblématique des 50 % de nucléaire. Les capacités éoliennes et solaires étant en plein boom - elles devraient tripler d’ici quinze ans -, EDF estime possible un mix reposant à parts égales sur l’atome et les renouvelables. Le volume d’énergie nucléaire est donc amené à décroître. « De près de 400 térawattheures, il pourrait passer à environ 300 d’ici une quinzaine d’années conformément à la loi de transition énergétique », estime Xavier Ursat, directeur du nouveau nucléaire à EDF. Mais quid des centrales à fermer ? En juillet 2017, quelques semaines après son entrée au gouvernement, Nicolas Hulot avait dit vouloir arrêter « jusqu’à 17 réacteurs » d’ici à 2025. Ce chiffrage, validé par un rapport de la Cour des comptes qui en souligne les incidences économiques catastrophiques, a été vécu par EDF comme une déclaration de guerre. L’électricien n’est pas en charge de la politique énergétique du pays, mais il possède les bons relais.
Quatre mois après sa déclaration, Hulot a dû rétropédaler en repoussant au-delà de 2030 les 50 %, totem « inatteignable » à horizon 2025. Lors d’un séminaire gouvernemental en septembre, Edouard Philippe a fixé une nouvelle date pour les 50 %. Ce sera à horizon 2035. Comment y parvenir ? La trajectoire du nucléaire dépend d’une multitude de facteurs autant conjoncturels, structurels que technologiques. Il y a la sécurité d’approvisionnement, l’évolution de la démographie, la consommation d’électricité d’ici à 2028, la croissance des renouvelables, les économies d’énergie, les avancées du stockage électrique, la fermeture des centrales à charbon…
Les scénarios Volt et Ampère
Munis de ces paramètres, les ingénieurs de RTE ont établi cinq scénarios. Le gouvernement en a retenu deux. Le premier, qui s’appelle Volt est réalisé sur une hypothèse de neuf fermetures de réacteurs d’ici à 2035. Le mix du nucléaire atteindrait alors 56 %. Le second, baptisé Ampère, prévoit la mise à l’arrêt de 16 réacteurs. Le nucléaire descendrait alors à 46 % en 2035. Ces derniers jours, le gouvernement hésitait encore entre Volt et Ampère.
Du côté d’EDF, pas d’hésitation. C’est niet pour l’un et pour l’autre. L’électricien reproche aux deux scénarios de considérer la diminution des usages de l’électricité comme un pré-acquis. Il ne minimise pas le gisement que constitue l’efficacité énergétique. Mais il estime qu’il n’y a pas de fatalité à la baisse de la consommation. Demain, les économies d’énergies seront peut-être compensées par le boom de la voiture électrique. « Je pense qu’il aurait fallu regarder l’hypothèse d’une légère hausse de la consommation, disait début octobre Jean-Bernard Lévy. C’est une imprudence de ne pas l’avoir fait. » Comme toujours, EDF joue sa propre partition. En janvier, l’électricien avait frappé les esprits en affirmant que hormis Fessenheim, il n’avait pas l’intention de fermer de nouveaux réacteurs « avant 2029 ». Cette date lointaine n’est pas due au hasard. En 2029, les premiers réacteurs français, notamment ceux de Gravelines, Bugey, Tricastin, auront atteint le demi-siècle. « Nous voulons amener les plus anciens à 50 ans et prolonger les plus récents jusqu’à 60 ans, indique Xavier Ursat. C’est tout à fait compatible avec l’objectif des 50 % fixé par la loi. » Au cours des années suivantes, il faudrait alors fermer deux à trois réacteurs par an.
Dans le même temps, EDF envisage de remplacer le parc existant par des EPR. L’idée serait d’en lancer deux avant la fin du quinquennat pour pouvoir les mettre en service vers 2030. Mais cette question ne sera pas abordée par la PPE. « La sagesse recommande d’attendre que l’EPR de Flamanville soit achevé [en 2020] avant de prendre des décisions », a dit Bruno Le Maire. Toutefois, ça bouge dans les territoires. « Le nucléaire, c’est davantage d’emplois que les éoliennes, et les responsables politiques n’y sont pas insensibles », observe un expert du secteur. Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, a indiqué que sa région est prête à accueillir deux EPR à Gravelines. Un récent rapport gouvernemental préconise d’en construire six à partir de 2025. Le retour de l’atome tout-puissant ?
Non, car « le nouveau nucléaire ne suffira pas à compenser la fermeture de l’ancien », note Nicolas Goldberg, analyste au cabinet Colombus Consulting. De 63 gigawatts aujourd’hui, la capacité nucléaire pourrait demain descendre autour de 40-45 GW. Ce socle, EDF aimerait le conserver. « L’électricité ne représente qu’un quart de l’énergie consommée en France, note Xavier Ursat. On pourrait demain passer à 30 ou 40 %. Notre pays vise la neutralité carbone en 2050 et, pour décarboner, il n’y a pas d’alternative, il faut électrifier. » Pour électrifier, il y a les énergies renouvelables. Mais en raison de leur intermittence et des limites actuelles du stockage électrique, elles ne sont qu’une partie de la solution. L’autre étant bien sûr le nucléaire. Auditionné à l’Assemblée nationale en juin, Jean-Bernard Lévy avait comparé le lien qu’entretient EDF avec son énergie favorite à « un cycliste, qui pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler ».
Renationaliser le nucléaire ?
En novembre dernier, Nicolas Hulot avait posé la question dans le Financial Times : « L’architecture d’EDF est-elle la bonne pour répondre aux défis du XXIe siècle ? » L’ex-ministre indiquait qu’« une réflexion » était en cours. Une réflexion pour scinder EDF en deux, avec d’un côté le nucléaire et de l’autre les renouvelables, les réseaux (RTE) et la distribution (Enedis). En 2016, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, affirmait devant l’Assemblée nationale que « le statut d’objet coté du nucléaire français (n’était) pas satisfaisant ». Une solution, disait-il, serait de sanctuariser les activités nucléaires, « rompre le lien entre les activités dans le domaine du nucléaire en France et le reste du groupe ».
L’an dernier, la banque UBS a travaillé sur ce scénario. D’après elle, une scission aurait l’avantage de faciliter la vie d’EDF, qui n’aurait plus à arbitrer entre investissements nucléaires et renouvelables. Les actifs éoliens et solaires en seraient alors valorisés. L’Agence des participations de l’Etat a choisi une banque conseil (JP Morgan) pour réfléchir à ces nouveaux contours. Face aux risques de démantèlement, les syndicats sont vent debout. Une logique de scission serait « au détriment des enjeux de la transition énergétique, des obligations de service public qui incombent à EDF ou des grands projets industriels structurants qu’EDF doit assumer », disent dans un tract les fédérations CGT, CFE-CGC, CFDT et FO. « Le nucléaire d’EDF seul, dans l’optique de l’extension et du renouvellement du parc, est une équation difficile », estime Pierre Georges, analyste à Standard & Poor’s. Il y a deux ans, les énergéticiens allemands E.ON et RWE avaient tenté l’expérience en scindant leurs groupes entre activités nucléaires/fossiles et renouvelables. Depuis, ils ont fait machine arrière. Et opté pour une solution plus classique mais moins risquée : l’échange d’actifs avec d’un côté la production chez RWE et de l’autre les infrastructures de transports et distribution chez E.ON.
Enquête réalisée les 16 et 17 octobre par Internet auprès d’un échantillon de 987 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
https://www.challenges.fr/entreprise/energie/nucleaire-entre-hulot-et-le-maire-qui-a-raison_622101


28/10/18Nucléaire et énergie : le document du gouvernement qui affole les écolos
Le Journal du Dimanche publie la note gouvernementale au sujet de la politique énergétique en France, préparée en vue de la feuille de route qui sera dévoilée au mois de novembre. Dans ce document, le gouvernement envisage de décider entre 2021 et 2025 s'il lancera la construction d'une "série" de réacteurs EPR.
Quel sera l’avenir du secteur de l’énergie en France? Vaste question. Le gouvernement devait y répondre mardi. Depuis plus de quinze jours, dans les ministères, on expliquait que la fameuse programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) serait dévoilée à cette date. Le gouvernement travaillait sur les annonces et réfléchissait à un grand discours du président de la République, à priori à Paris. Mais l’Élysée se gardait de bien de confirmer officiellement quoi que ce soit à la presse. Et pour cause. En début de semaine, mardi dernier, le gouvernement explique que les annonces n’auront finalement pas lieu avant mi-novembre. 
Trois jours plus tard, vendredi, un document de travail du gouvernement fuite. Le passage sur le nucléaire inquiète les ONG et certains députés. "Cette fuite est un moyen de savoir ce que les acteurs pensent de ce scénario, ce n’est pas forcément le scénario final, estime Célia Gautier, spécialiste de la question à la Fondation pour la Nature et l’Homme. Mais si le président confirmait cette ligne, et notamment l’absence de réacteurs nucléaires dans cette PPE, il agirait de manière irresponsable. Ce serait nous enfermer dans un modèle énergétique coûteux et passéiste ; une façon de dire adieu au nouveau monde."
Le JDD publie l'intégralité de ce document de travail : 
Nucléaire et énergie : le document de travail du gouvernement by JournalduDimanche on Scribdhttps://www.lejdd.fr/Politique/nucleaire-et-energie-le-document-du-gouvernement-qui-affole-les-ecolos-3788870

27/10/18Le véritable enjeu de la PPE
Ne nous leurrons pas. L’enjeu de la prochaine Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), repoussée courant novembre pour fixer les feuilles de route énergétiques de la France pour 2019-2023 et 2024-2028, n’est pas le nombre de centrales nucléaires à fermer ni la part des énergies renouvelables dans le mix électrique.
S’il ne faut pas les freiner, l’éolien et le solaire sont bien lancés. Et François de Rugy, le ministre de la Transition écologique et solidaire, promet que l’objectif de 40 % de renouvelables d’ici à 2030 sera tenu. Il a aussi confirmé que la « réduction de la dépendance au nucléaire » est toujours à l’agenda.
Certes, les technologies émergentes, comme l’éolien flottant et l’hydrolien, ont encore besoin d’un gros coup de pouce et devraient figurer en bonne place dans la PPE. Mais l’électricité ne représente que 23 % de l’énergie consommée et est déjà massivement décarbonée en France. L’enjeu aujourd’hui est d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Or, hormis pour le charbon, aucun des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’énergie, le transport, le bâtiment et l’agriculture, de la stratégie nationale bas carbone ne seront atteints en 2023.
La mobilité électrique ne fera pas tout. Passer le « fonds chaleur » de 215 millions à 300 millions d’euros en 2019 dans la loi de finances est signe que le chaud et le froid renouvelables sont prioritaires. C’est dans ce secteur que le retard vis-à-vis de l’objectif (21 % au lieu de 33 %) est le plus fort. Mais pour respecter l’engagement de baisse de la consommation finale d’énergie, il faudrait accentuer les efforts d’amélioration de l’efficacité énergétique. Il faut aussi accélérer sur l’usage de carburants alternatifs moins carbonés, comme le gaz et l’hydrogène – vert, si possible… Le véritable enjeu de la prochaine PPE est là.

26/10/18JEAN-MARC JANCOVICI (1/2) : “LES SLOGANS SIMPLISTES NUISENT À LA COMPRÉHENSION DES DOSSIERS SCIENTIFIQUES !”
Après l’édition 2018 du One Planet Summit, l’EnerGeek a rencontréJean-Marc Jancovici, le co-fondateur de Carbone 4. Dans la première partie de notre entretien, il nous explique pourquoi, sans le nucléaire, nous aurons du mal à respecter l’Accord de Paris…
- Dans votre interview au journal Les Echos du 30 septembre 2018, vous expliquez qu’”il ne suffit pas de dire “make our planet great again” pour que les problèmes soient réglés”… Pensez-vous cependant comme François de Rugy et Pascal Canfin, qu’économie et écologie peuvent marcher dans la main en changeant les techniques et les comportements ?
Oui mais pas à n’importe quelles conditions, ni sans contreparties. En réalité mettre l’écologie dans l’économie, cela revient à supprimer des degrés de liberté de façon délibérée en ce qui concerne les activités productives. Les contraintes environnementales vont de toute façon finir par impacter nos activités productives, c’est inexorable, puisque notre planète dispose de dotations initiales données une fois pour toutes en ce qui concerne les ressources à transformer (métaux, minerais non métalliques, sols, etc) et l’énergie pour les transformer (pétrole, charbon, et gaz pour l’essentiel).
Jusqu’à maintenant notre activité économique repose sur des indicateurs qui ne tiennent pas compte de la diminution des stocks naturels de matières premières, pourtant indispensables à l’activité en question. Par exemple, pour que le PIB relatif aux objets en métal devienne nul, il suffit que nous n’ayons plus de minerai fer à extraire de terre, ou de métal à recycler. Dans cette situation on peut dire que je suis dépendant d’une ressource, qui n’existe pas dans la convention comptable, ou plus exactement qui n’apparaît dans l’économie qu’à partir du moment où des hommes sont intervenus pour l’extraire de l’environnement ou la transformer. Tant que la ressource se trouve dans l’environnement, elle est considérée gratuite par convention dans l’économie classique. Quand elle apparaît, son prix n’est que la somme des revenus humains qu’il a fallu pour l’extraire de l’environnement (salaires et rentes), mais ca ne correspond pas au prix de reconstitution de la ressource elle-même. Pour résumer, on peut dire que nous faisons actuellement de l’optimisation sans grosse contrainte, et l’environnement va petit à petit nous forcer à faire ce que les ingénieurs connaissent par coeur, à savoir de l’optimisation sous forte contrainte.
Ce qu’affirment François de Rugy et Pascal Canfin peut être vrai si on ne prend pas “économie” comme “croissance”. Ce qui sera difficile, c’est de rendre “politiquement acceptable” le mariage de l’environnement et de l’économie, parce que cela signifie l’arrêt de la croissance en volume. Comme toute activité productive nécessite de la matière, la croissance perpétuelle supposerait des flux de matière perpétuellement croissants (l’OCDE vient de le rappeler dans une publication récente). Avec des flux de matière décroissants, le PIB ne pourra pas être maintenu à son niveau actuel, car même les services sont fortement demandeurs de flux physiques sous-jacents. (The Shift Project a par exemple montré, dans une étude récente, que le numérique était déjà à l’origine de 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, et ces émissions sont en croissance de 10% par an !).
Ainsi, l’ensemble des objets que nous fabriquons est constitué par les 92 éléments répertoriés dans le tableau de Mendeleïev. Or nous disposons d’un certain stock donné de ces atomes, avec de plus ou moins grandes quantités en réserve (il y en a plus pour le fer ou le silicium que pour l’or ou l’indium). Depuis la création de notre planète, le stock de cuivre n’a pas été augmenté (il n’y a pas de processus faisant rapidement apparaître des mines de cuivre au cours du temps après formation de la planète !), tout comme le stock de tout métal par exemple. Pour tous ces éléments non renouvelables, les réserves résiduelles disponibles sur notre planète deviendront à un moment insuffisantes pour alimenter la croissance, et alors la contraction commencera… Dans la préface française du rapport « THE LIMITS TO GROWTH », j’explique pour résumer que l’histoire de l’humanité a longtemps consisté à transgresser des limites ; aujourd’hui nous ne pourrons pas le faire avec celles – physiques – de l’environnement !
- Dans son interview au Monde du 10 septembre 2018, le nouveau ministre de Rugy évoque un mix électrique à 50% EnR et 50% nucléaire dans la prochaine Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), que pensez-vous de cette déclaration ?
D’abord, nous pouvons préciser que le gaz n’est pas vraiment un sujet pour le mix électrique, puisqu’on l’utilise très peu pour produire de l’électricité. Cette ressource est majoritairement utilisée par le secteur du bâtiment, ou dans une moindre mesure par l’industrie.
Cette déclaration de François de Rugy atteste d’une mauvaise appréhension des priorités du gouvernement. Après avoir déclaré l’importance de décarboner l’économie, commencer par se focaliser sur la baisse du nucléaire, qui n’aura strictement aucun impact sur nos émissions, ne correspond à rien de logique. Si la première déclaration de François de Rugy avait été « je vais m’occuper des transports », ou « de la rénovation des bâtiments », ça aurait clairement montré qu’Emmanuel Macron avait compris que la question climatique était ailleurs que dans le nucléaire. Le fait que le président laisse dire au nouveau ministre de l’environnement, dans sa première interview au Monde, « je vais commencer par m’occuper du nucléaire », même s’il précise qu’il souhaite pacifier le débat, illustre que rien n’a changé dans la mauvaise gestion des priorités. La démission de Nicolas Hulot n’y aura rien changé : le nucléaire reste le passage obligé de tout discours environnemental du gouvernement, et la place qu’il occupe dans les esprits et les débats annihile tout débat environnemental sérieux…
Attaquer sur le nucléaire est donc avant tout une erreur stratégique et tactique, car cela signifie que l’on va continuer à regarder ailleurs que là où sont les vrais problèmes. Il n’y a qu’à voir, la loi mobilités vient de passer de 130 à 30 articles, mais personne chez les écologistes ou ailleurs ne proteste… Par ailleurs, les ONG comme WWF entretiennent volontairement la confusion des genres. Ainsi, alors que l’organisation est en pleine campagne pour lever des fonds afin de protéger la biodiversité, elle publie un rapport non sur l’inquiétante disparition des espèces, mais pour démolir le nucléaire, alors que ce dernier n’a qu’un impact parfaitement marginal sur les espèces vivantes !
Cette obsession autour du nucléaire vient peut-être de ce que ni François de Rugy, ni le président, ne disposent des leviers d’action pour agir sur les autres déterminants majeurs du système énergétique qui concerne la France, à savoir l’ouverture des mines de charbon en Chine ou en Indonésie, l’exploitation des gisements de gaz russes et le développement de l’activité des foreurs de shale oil aux États-Unis… Car c’est là que sont les grands facteurs déterminants de notre système énergétique depuis que nous sommes entrés dans une civilisation thermo-industrielle, où les machines produisent à notre place. Face à ce constat, le chef de la cinquième république française a finalement assez peu de possibilités d’agir à court terme.
- Avec l’Accord de Paris et l’exemplarité du nouveau champion de la Terre et du climat, Emmanuel Macron, peut-on tout de même croire que nous sommes sur une bonne trajectoire ?
Malheureusement, comme la plupart des pays qui ont adopté l’Accord de Paris, nous ne faisons pas les efforts qui correspondent à ces déclarations. Que fait-on pour lutter réellement contre nos émissions ? Pas grand-chose, et d’ailleurs elles ont augmenté en France en 2017. Quand on regarde les postes d’émission et les ordres de grandeur pour estimer ce qu’il faudrait faire, on ne peut pas dire qu’on tienne compte de l’Accord de Paris. On ne s’occupe sérieusement ni des transports, ni du bâtiment par exemple. En Allemagne c’est pareil, les constructeurs automobiles sont vent debout contre la réduction des émissions, les industriels sont vent debout sur la baisse des quotas à distribuer, les électriciens sont vent debout contre la baisse du charbon… L’Allemagne ne peut absolument pas être citée en exemple : ils vont certes dépenser 500 milliards d’euros dans les énergies renouvelables, mais cela n’aura quasiment rien changé à leur trajectoire sur les émissions de CO2.
En France, nous finançons essentiellement des investissements « de transition » qui ne correspondent pas à la question climatique. D’après un récent rapport de la Cour des comptes, à fin 2017 120 milliards d’euros ont été engagés dans l’énergie solaire et les éoliennes (sans compter les 25 milliards promis pour l’offshore à l’été 2018), sans modifier la part non fossile de la production d’électricité française, qui est à 90% depuis 1987. Question : à quoi ont servi les dépenses dans ces énergies renouvelables électriques intermittentes, si ce n’est à préparer une transition énergétique à l’allemande, c’est-à-dire pour faire moins de nucléaire, alors que ce dernier ne contribue pas aux émissions ? La plus grande confusion règne sur les objectifs, et elle est entretenue par une partie du monde politique qui met dans un même sac les énergies fossiles et le nucléaire. Au point que récemment encore, un sondage indiquait qu’environ deux tiers des Français pensent que le nucléaire est un contributeur significatif aux émissions de gaz à effet de serre, alors que c’est évidemment inexact. Ce qui est sûr, c’est que les slogans simplistes nuisent à la compréhension correcte des dossiers scientifiques !
Retrouvez la suite de l’interview de Jean-Marc Jancovici à paraître la semaine prochaine…
https://lenergeek.com/2018/10/26/jean-marc-jancovici-nucleaire-climat-environnement-accord-paris/

26/10/18Le gouvernement n’écarte pas de nouveaux EPR, mais sous condition
Le gouvernement demande qu’un "programme industriel" soit mis au point pour garantir que ces futurs EPR auront un coût acceptable.
Le gouvernement laisse la porte ouverte à la construction d’une série de nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR en France à l’avenir, mais il veut, avant de se prononcer, avoir la garantie que les coûts seront maîtrisés.
Dans un document de travail, le gouvernement envisage de décider seulement entre 2021 et 2025 de lancer la construction d’"une nouvelle série" de réacteurs EPR. Mais il prévient que pour cela, la filière nucléaire devra mettre au point avant mi-2021 un "programme industriel" qui garantisse que ces futurs EPR auront un coût acceptable.
EDF, qui travaille depuis plusieurs années sur des EPR simplifiés, moins chers et moins longs à construire, demande de longue date que l’État lance le processus pour déployer de nouveaux réacteurs afin de remplacer une partie des 58 réacteurs du parc français qui vont progressivement devoir fermer, atteints par la limite d’âge.
Flamanville scruté
Durant l’été, le journal Les Échos avait dévoilé un rapport commandé par les ministères de l’Énergie et de l’Économie et rédigé par deux acteurs historiques du nucléaire, qui recommandait de lancer la construction de six EPR, avec un premier chantier dès 2025.
Mais plusieurs membres du gouvernement avaient à l’époque temporisé, à l’image du ministre de l’Économie Bruno Le Maire. "La sagesse recommande déjà d’attendre que l’EPR de Flamanville soit achevé avant de prendre des décisions", avait-il affirmé. À la Transition écologique et solidaire, François de Rugy a estimé lui aussi qu’"il faudrait déjà qu’EDF fasse la démonstration que l’EPR fonctionne, ce qui n’est pas encore le cas".
Energies renouvelables
Le document de travail évoque aussi des projets de recherche pour mettre au point des petits réacteurs ("small modular reactor"), ou pour étudier la prolongation de la durée de vie du parc existant, mais ne mentionne aucune fermeture de réacteur.
En matière d’énergies renouvelables, il fixe des objectifs précis et ambitieux en termes de réduction des coûts du solaire, qu’il veut voir associé à des dispositifs de stockage d’électricité. En revanche, sur l’éolien en mer flottant, il n’évoque pas d’appels d’offres commerciaux à court terme, contrairement aux attentes de la filière.
https://www.sudouest.fr/2018/10/26/le-gouvernement-n-ecarte-pas-de-nouveaux-epr-mais-sous-condition-5514532-6149.php


19/10/18 : Électricité éolienne : opacité de l'évolution des coûts
Pour favoriser le déploiement des centrales éoliennes terrestres, le gouvernement fixe les tarifs auxquels EDF[1] doit acheter toute l’électricité éolienne produite. En 2006, le décret avait mis la barre à 82€ / Mwh, garantis pendant 15 ans[2]. Les suivants ont réduit ce prix d’environ 10 € / Mwh pour les nouvelles centrales, tout en allongeant la période de garantie à 20 ans.
Mais en 2017, la Commission de régulation de l’électricité (CRE) a constaté un prix moyen d’achat de 88,1€ / Mwh. Un niveau mettant en évidence que le prix affiché à la signature des contrats constitue un plancher. Chaque année, il est réévalué en fonction d’un indice complexe, qui augmente le prix de l’électricité éolienne, et donc les taxes sur l’énergie payées par les consommateurs.
Dans son rapport de mars 2018, Le soutien aux énergies renouvelables, la Cour des comptes a mis en lumière "Un volume global des charges de soutien à venir mal anticipé" et sa première recommandation a été de "Publier le calcul des coûts de production et des prix, actuels et prévisionnels, de l’ensemble du mix énergétique programmé dans la PPE." En chiffrant le niveau des tarifs non plus sur la première année mais sur les 20 ans de la durée des contrats, cette note veut contribuer à informer et à répondre à la demande de la Cour des comptes.
[1] Et ses concurrents à partir de 2017
[2] Le prix moyen en France des productions classiques (hydraulique, nucléaire, gaz, fuel, charbon) est de 45 euros.
Mode d’indexation
Pour l’éolien terrestre[1], le tarif annuel garanti auquel le producteur vend l’électricité de ses éoliennes dépend de trois paramètres[2] :

Paramètres
Nom
Le plan gouvernemental dont dépendent ses éoliennes
(ex. 2006, 82 €/Mwh)
Tarif de référence (Tr)
La date d’acceptation du projet par le gouvernement
(ex. 2007)
Tarif de base (Tb)
L’année de production
 (ex. 2017)
Tarif courant (Tc)
  • Le tarif de référence Tr est fixé par décret par le gouvernement (ex. 82 € / Mwh)
  • Le tarif de base Tb est calculé en multipliant le tarif de référence par le coefficient K, fonction de l'évolution des salaires        Tb = K*Tr
K = 0,5 × (ICHTrev-TS₁ / ICHTrev-TS₀) + 0,5 ×(FM0ABE0000₁ / FM0ABE0000₀)
- ICHTRev-TS : coût horarire du travail révisé, tous salariés, publié par l'INSEE
- FM0ABE0000 : prix de production de l'industrie française pour le marché français, publié par l'INSEE 
- indice 0 correspond à la date du tarif de référence
- indice 1 correspond  à la date d'acceptation du projet 
  • Le tarif de l’année, ou tarif courant Tc, est calculé en multipliant le tarif de base par le coefficient L. fonction des coûts de production industriel             Tc = L*Tb     
L = 0,4 + 0,4×(ICHTrev-TS₂ / ICHTrev-TS₁) + 0,2×(FM0ABE000₂ / FM0ABE0000₁)
-  indice 1 correspond à la date d'acceptation du projet
-  indice 2 correspond  à la date de production  
Ces deux coefficients sont fonction du coût de la main-d’œuvre dans les industries électriques et mécaniques, et des prix de production de l’industrie française pour le marché français. Les formules de calcul de ces deux indices sont publiques mais leurs valeurs passées ne sont pas publiées, et les projections faites sur l’avenir non plus. Compte tenu des indicateurs retenus, ils progresseront presque toujours plus vite que l’inflation (Le détail des formules est disponible dans le document Contrat d’achat d’électricité).
A titre d’exemple, l’évolution de l’indice FM0ABE0000 sur dix ans montre la croissance de l’indice dont dépend le prix de l’électricité éolienne terrestre.

Pour les nouveaux contrats souscrits à partir de 2018 par appels d’offres et non plus à prix garantis, une nouvelle formule pour le facteur L a été mise au point :
L= 0,7 + 0,15×(ICHTrev-TS₂ / ICHTrev-TS₁) + 0,15×(FM0ABE000₂ / FM0ABE0000₁)

Application à un cas concret :
plan éolien de 2006, contrat signé en 2007, production de l’année 2017
Tarif du plan 2006
Tarif à la signature du contrat 2007
Tarif
2017

K=1,027
L=1,117
82 € / Mwh
84,22 € / Mwh
94,09 € / Mwh
Plus généralement, le diagramme ci-dessous montre l’évolution sur 20 ans du prix de production des centrales éoliennes existantes. Deux hypothèses sont illustrées, selon que l’indexation conduit à une augmentation du prix d’achat par EDF de 1 ou 2 % par an. En comparaison la courbe grise représente l’évolution en fonction d’une baisse de 1% par an du prix pour les nouvelles centrales, conformément à des promesses des responsables politiques.
  • En gris : le prix de vente de la production des anciennes éoliennes augmente de 2% par an à partir du tarif de référence de 82 euros ;
    En orange : le prix de vente de la production des anciennes éoliennes augmente de 1% par an à partir du tarif de référence de 82 euros ;
    En bleu : le prix de vente de la production des nouvelles centrales éoliennes baisse de 1% par an à partir de 82 euros.
Au total, dans 20 ans et avec ces hypothèses, la production des centrales attribuées à 82 euros en 2016 serait de 100 ou 120 € (en euros constants 2016), soit 65 à 84% plus coûteuse que celle des nouvelles éoliennes.
Conclusion
Les tarifs de l’électricité éolienne[3] sont indexés partiellement sur l'évolution des salaires alors que les investissements et leurs amortissments constituent le facteur essentiel de la formation des coûts de production. Et les conséquences de l'indexation ne sont ni mesurées ni publiées.
En voulant contourner les lois du marché sur une longue période, nous nous sommes, en France, enfermés dans une mécanique infernale. En Allemagne, à partir de la mise en production, les prix sont désormais fermes et définitifs (pas d'indexation sur l'inflation) sur la période de 20 ans. Au Royaume-Uni, plus aucun tarif n’est garanti aux producteurs depuis 2015. En supposant qu’en France, des règles d’indexation aussi complexes aient été indispensables il y a 12 ans pour permettre le développement de cette technologie, le minimum de transpartence serait que les véritables prix d'achat soient publiés de façon détaillée par la Commission de régulation de l'énergie. Les subventions aux énergies renouvelables sont actuellement de 5 milliards par an, et vont passer à 8 milliards en 2024. Des montants considérables, comparables au budget de la justice ou à celui de la recherche publique, qui justifient une exigence de tranparence vis-à-vis des décideurs politiques, des consommateurs et des contribuables.
[1] Des modes d’indexation similaires sont en place pour l’éolien marin, le solaire ou la méthanisation.
[2] Une nouvelle méthode de soutien par « complément de prix » a été mise en place en 2017. Les méthodes d’indexation étant similaires, nous traitons du système de prix garantis de 2006-2016, le principal en production actuellement.
[3] Le problème est le même pour les tarifs de l’électricité produite par les éoliennes marines, les centrales photovoltaïques et les méthaniseurs.
http://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/electricite-eolienne-opacite-de-levolution-des-couts?fbclid=IwAR3JhUnGsnsmESdArc9P2dfvFmaqG1HNphgf0TTpGiayzrjwfIR07QlUl08
16/10/18Le GIEC persiste et signe : le nucléaire est l’avenir de l’humanité
Le nucléaire fait partie de la solution pour limiter le réchauffement climatique. Il l’avait déjà écrit dans son précédent rapport présenté le 27 septembre 2014.
Le Groupement international d’experts sur le climat (le GIEC est une émanation de l’Organisation des Nations unies) confirme dans son nouveau rapport du 6 octobre 2018 (le fameux « résumé pour les décideurs », le seul document qui soit réellement lu) que le nucléaire fait partie de la solution pour limiter le réchauffement climatique. Il l’avait déjà écrit dans son précédent rapport présenté le 27 septembre 2014.
Plusieurs scénarios de ce rapport imposent que la part du nucléaire augmente de +59 % à +106 % dès 2030 (comparé à 2010), et ensuite de +98 % à +501 % en 2050.
Le message essentiel est que, à moins d’un miracle affectant le monde entier dès les années 2020, l’objectif de limitation à 1,5°C entériné par les accords de Paris sur le climat (la COP 21) est tout simplement hors d’atteinte.
Le GIEC reconnait lui-même que son travail n’a été qu’un exercice amusant (pour ceux qui aiment rire jaune au moins), et qu’il vaut mieux d’ores et déjà penser à une autre limite d’élévation de température d’ici la fin du siècle, soit plutôt 2°C.
Tout le reste n’est que baratin.
MULTIPLIER LE NUCLÉAIRE PAR SIX DANS LE MONDE !
Dans ce nouveau rapport, tous les scénarios qui permettent de respecter la COP 21 prévoient une augmentation substantielle du nucléaire dans le monde, et même jusqu’à une multiplication par… six !
Ces développements sont bien sûr à décliner selon les pays. La France, en particulier, pourrait montrer la voie pour déployer l’énergie nucléaire dans le monde !
La politique française visant à diminuer la part de l’énergie nucléaire dans le mix électrique (en fermant la centrale de Fessenheim et en visant 50 % de nucléaire) est donc contraire… aux objectifs affichés sur le climat lors de la conférence de Paris en décembre 2015, y compris par le gouvernement français.
Une sage politique électronucléaire pourrait décider de construire un parc de surgénérateurs de quatrième génération dimensionné à la production de plutonium de notre parc de réacteurs actuels, comme prévu à l’origine. L’utilisation du combustible en cycle fermé en découlerait naturellement pour un parc nucléaire en extension dans le monde qui produirait moins de déchets radioactifs.
LE SALUT DE L’HUMANITÉ PASSE PAR LA MAÎTRISE D’UNE ÉNERGIE ABONDANTE
Espérons que l’humanité ne comprendra pas trop tard que le salut de son existence civilisée ne passe que par l’accès à une énergie la plus abondante et la moins chère possible.
C’est la priorité des priorités, qu’elle qu’en soit la source.
Grâce à l’énergie nucléaire quasi-inépuisable à l’échelle humaine (actuellement 10 000 ans de réserves connues pour les surgénérateurs), l’approvisionnement en chaleur, en eau douce et en électricité sera garanti, de même que les aménagements agricole, industriel et résidentiel de la planète.
DÉVELOPPER LA RECHERCHE ET LE DÉVELOPPEMENT DANS LE NUCLÉAIRE
Si le parc nucléaire actuel est prolongé jusqu’à 50 ans ou… 80 ans (comme c’est actuellement envisagé aux États-Unis) sans construire régulièrement de nouveaux réacteurs (en France ou à l’étranger), le réveil sera douloureux pour les Français. Les responsables politiques s’apercevront alors que les compétences nationales dans la construction nucléaire auront disparu.
C’est le sens du rapport de Yannick d’Escatha et Laurent Collet-Billon qui préconise la construction de six nouveaux EPR.
Aujourd’hui, la réduction des investissements dans les études de développement du nucléaire en France, par exemple dans le démonstrateur ASTRID qui prépare la future Génération IV des réacteurs à neutrons rapides (RNR), est inquiétante. Moins de recherche entraîne un vivier de personnel compétent en diminution.
Au moment de la décision prise, pour des raisons purement politiques, d’arrêter Superphénix, la France était la référence en matière de RNR. Cet arrêt a eu, évidemment, un effet catastrophique sur les équipes.
Cependant, le fonctionnement et les expériences faites sur le prototype Phénix maintinrent une compétence en la matière jusqu’à l’arrêt de ce réacteur en 2010, après 40 ans de bons et loyaux services.
Pour que cette extraordinaire compétence ne soit pas entièrement passée par pertes et profits, le projet ASTRID a été développé dans le cadre du programme international Génération 4 avec un budget d’environ 600 millions d’euros.
Il semble que l’arrêt du programme soit envisagé, ce qui signerait le renoncement à maîtriser une technologie qui sera fondamentale au cours de ce siècle.
Pendant ce temps, la Russie, l’Inde, et la Chine ont des programmes dynamiques de construction de RNR.
Le démonstrateur ASTRID aurait été presque complètement réalisé en France avec 5 milliards d’euros.
Les éoliennes géantes et les panneaux photovoltaïques bénéficient actuellement d’un financement annuel de plus de 5 milliards d’euros alors qu’ils sont pratiquement entièrement importés.
LA COUR DES COMPTES S’ALARME !
La Cour des Comptes a montré en mai 2018 que les dizaines de milliards d’euros prélevés sur la facture énergétique des Français pour soutenir les énergies renouvelables n’avaient aucune influence sur les émissions de CO2 de notre pays, et qu’elles n’encouragent pas la recherche.
Penser qu’il suffirait de consacrer une seule année de cette gabegie financière dans les énergies renouvelables pour permettre à notre pays de développer une technologie cruciale pour notre future production d’énergie en construisant ASTRID laisse pantois.
Espérons que ce stupéfiant projet abandon sera lui-même abandonné.
Dans le cas contraire, cette triste démission de notre pays dans le nucléaire contribuera à une rétrogradation du statut scientifique et industriel de notre pays, à une perte d’indépendance, à des risques sur la sûreté, et à la perte d’outils dans la lutte contre le changement climatique, alors que le GIEC lui-même reconnaît que l’expansion du nucléaire fait partie des solutions pour l’avenir de l’humanité.


13/10/18Où en est le marché français de l’électricité en France ?
D’après le cabinet d’études Eurostat qui compare les prix de l’électricité en Europe depuis dix ans, les prix de l’électricité en France sont plus élevés que dans quinze autres pays de l’UE, notamment les pays de l’est où le coût de la vie est plus faible. Force est de constater que la France n’offre plus de prix hyper-attractifs pour son électricité, non pas en raison de la perte d’attractivité du nucléaire, mais en raison des aides au renouvelable. Comment le marché de l’électricité français a-t’il évolué depuis les années 90?
Le prix de l’électricité en France
Selon Eurostat, dans quinze pays de l’UE, les consommateurs paient leurs kWh moins chers qu’en France. Mais ces résultats sont à nuancer, car il s’agit essentiellement de pays d’Europe de l’Est où le coût de la vie est beaucoup plus bas que chez nous. De plus, ces seize pays représentent une population de 140 millions, contre 520 millions dans l’UE et 300 millions en Europe.
En 2016, les prix de l’électricité en France étaient toujours de 16 à 17% moins élevés que la moyenne européenne. Ce chiffre était de 31% en 2010, ce qui représente une augmentation de 21% en six ans. Certes la situation se dégrade, mais la France n’est pas encore dans la moyenne haute. Cette hausse est attribuable aux taxes, qui représentent le poste de dépense le plus important sur une facture d’électricité: elles sont actuellement de 35%. L’augmentation des taxes est principalement due à la multiplication des aides au renouvelable.
L’ouverture des marchés de l’énergie en Europe
Depuis 1946, la société nationale EDF gérait l’électricité en France, en situation de monopole. Durant les années 1990, les institutions européennes ont décidé de libéraliser le marché de l’énergie afin d’ouvrir la production et la fourniture d’électricité à des entreprises privées. L’objectif était surtout de fournir aux consommateurs une énergie bon marché. Dès le 1er juillet 2017, les marchés de l’électricité et du gaz en Europe ont officiellement été ouverts à la concurrence. Mais il a fallu aux français plusieurs années avant d’en prendre connaissance.
S’il existe plusieurs moyens de production d’électricité en France, le nucléaire règne en maître avec 75% de la production, suivi de l’hydraulique avec 15%. Quand aux autres moyens de production d’électricité – solaire, éolien, biomasse – c’est à dire l’électricité verte, ils se partagent les 10% restants. EDF est toujours propriétaire de 80% du parc de production, mais d’autres producteurs se développement.
Du côté des gestionnaires de réseau, le système français est composé de deux parties, à savoir le réseau de transport d’électricité et le réseau de distribution d’électricité. C’est le Réseau de Transport d’Électricité (RTE), qui s’occupe du transport à travers les lignes hautes tension tandis qu’Électricité Réseau Distribution de France (ERDF) est responsable de la distribution d’électricité via les lignes moyennes et basses tensions. Ces deux entités sont des filiales à 100% d’EDF, bien qu’indépendantes dans leur financement et leur gouvernance.
Pour finir, les fournisseurs s’occupent de vendre l’électricité au consommateur final. Aujourd’hui la fourniture d’électricité est ouverte à la concurrence et une trentaine de sociétés opèrent sur le territoire français: il s‘agit d’opérateurs historiques comme EDF et Engie, de filiales d’électriciens européens comme Vattenfall (Suède), E-on (Allemagne), Iberdrola (Espagne) ou encore Enel (Italie), ou encore de sociétés indépendantes qui ne dépendent d’aucun groupe énergétique. On pense notamment à Direct Energie, UtilityWise (pour les professionnels uniquement) ou encore Lampiris.
https://www.lesnewsdunet.com/lesactus/ou-en-est-le-marche-francais-de-lelectricite-en-france.html

12/10/18Si, le nucléaire doit contribuer à sauver le climat !
Lettre ouverte aux signataires de la dernière tribune anti-nucléaire des MM Laponche et Dessus publiée par Alternatives économiques. En espérant sans trop y croire qu'elle sera vraiment la dernière.
Lecteur assidu, et abonné, de la revue Alternatives économiques, revue de grande qualité lorsqu'elle ne traite pas d'énergie, j'ai pris connaissance de la tribune "Non, le nucléaire ne sauvera pas le climat" à laquelle vous vous êtes associés. Comme certains d'entre vous, j'en suis atterré. Car le jour même où je découvrais le texte de MM. Laponche et Dessus, le GIEC publiait un rapport aboutissant à des conclusions sensiblement différentes, pour ne pas dire parfaitement opposées. J'ai longtemps hésité entre les affirmations de votre tribune , soutenues par un panel des plus brillants économistes du lobby antinucléaire français et les démonstrations des experts internationaux du GIEC, sans doute moins brillants, plus besogneux, mais sachant de quoi ils parlent. J'ai finalement opté pour la deuxième option, permettez moi de vous expliquer pourquoi.
L'affirmation centrale de MM. Laponche et Dessus tient en peu de mots: "cette filière n’a aucune chance d’apporter une solution à la hauteur des enjeux climatiques au niveau mondial dans les délais nécessaires (d’ici 2030 ou 2040)". Pourtant, le GIEC, dans son rapport , a étudié quatre scénarii pour limiter le réchauffement à 1,5 °c et son analyse est claire: "Dans la production d'électricité, les modèles retiennent une part du nucléaire et des hydrocarbures avec captation de carbone croissante dans la plupart des scénarii."
En fait, les arguments apportés par MM. Laponche et Dessus ne sont pas nouveaux. Ces messieurs, sont de grands spécialistes du recyclage des matières anti-nucléaires. Passons sur les plus usagées tels les risques d'accident, la prolifération et les déchets. Nul ne met en doute qu'ils soient des préoccupations majeures. Mais doit-on renoncer ou se donner les moyens de maîtriser? Quarante ans d'expérience et de débats ont montré qu'il existait des solutions: la maîtrise publique, les accords internationaux, les nouvelles technologies de production et la recherche.
L'argument un peu plus à la mode avancé par nos deux auteurs est que la contribution du nucléaire à la limitation des émissions de gaz à effet de serre serait marginale puisqu'elle ne permettrait d’éviter que 2,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ! Petite supercherie qui pourrait tromper un lecteur peu attentif. Rapporter la contribution du nucléaire à l'ensemble des émissions n'a pas de sens. Car le nucléaire ne contribue qu'à limiter les émissions dues à la production d'électricité. Il n'a pas vocation à se substituer au kérosène des avions ni à réduire le méthane des pets de vaches. C'est pourtant ce que voudraient nous faire croire ces messieurs. Sans les quelque 2500TWh d'électricité nucléaire, les émissions annuelles de CO2 du parc électrique mondial pourraient être supérieures de 1.5 à 2,5 milliards de tonnes. Ce qui n'est pas marginal, quand "tout dixième de degré compte" comme l'a déclaré Roland Séférian, co-auteur du rapport du GIEC. Et si MM. Laponche et Dessus qualifient le nucléaire de "marginal", que devraient-ils dire de l'éolien et du solaire qui pèsent deux fois moins dans la production mondiale d'électricité!
En fait, MM. Laponche et Dessus tirent leur argumentation d'un rapport publié par WISE en 2015 "L'option nucléaire contre le changement climatique" . Ils en reprennent mot pour mot les principaux arguments. Mot pour mot? Pas tout-à-fait. MM. Laponche et Dessus concluent leur contribution d'un péremptoire "Non, le nucléaire ne sauvera pas le climat!" Le rapport qu'ils plagient , lui, présente une conclusion plus nuancée: "Le nucléaire, si ses risques parvenaient à être maîtrisés et si ses plus faibles émissions de carbone que les énergies fossiles lui permettent d’avoir une certaine efficacité, ne peut cependant pas suffire à lui seul à faire face au changement climatique et doit, s’il est employé, être combiné à d’autres options."
Conclusion tout à fait sage. Personne n'a jamais dit qu'à lui seul le nucléaire résoudrait le changement climatique. Mais prétendre qu'il ne peut y contribuer en rien est , au mieux, un aveuglement ridicule, au pire une malveillance coupable.
Malveillance illustrée à grand renfort de perspectives cauchemardesques: "Il faudrait ... pour ...atteindre des chiffres de l’ordre de 10% des émissions évitées, démarrer un nouveau réacteur chaque semaine". Lequel d'entre nous ne se sentirait pas interpellé par une telle perspective? Peut-on imaginer pire ?
Oui.
Oui, car atteindre ces mêmes 10% des émissions évitées avec de l'énergie éolienne supposerait de démarrer une nouvelle éolienne tous les quarts d'heure!!! Et encore, en priant pour que le foisonnement compense l' intermittence, sinon il faudrait encore ajouter deux à trois centrales à cycle combiné au gaz chaque semaine, compromettant définitivement l'objectif initial. Est-ce préférable? Tout cela n'est pas sérieux.
L'approche des experts du GIEC est à la fois rationnelle et pragmatique: réduire les émissions de gaz à effet de serre pour rester en deçà des 1.5 °de réchauffement en passera par tous les moyens à notre disposition et le nucléaire est de ceux là. Le nucléaire n'est pas un mal nécessaire, pas plus que la prostitution ou les oeuvres de Bernard Laponche. C'est une filière industrielle qui, comme toute autre , présente des risques et produit des déchets. Il s'agit de les maîtriser plutôt que de renoncer à ses bénéfices
Les dernières convulsions de MM. Laponche et Dessus sont très loin des défis planétaires qu'ils prétendent relever. MM. Laponche et Dessus se moquent bien du changement climatique. Leur objectif est tout autre: en finir avec le nucléaire en France! Et ce, quelque soit l'argumentation. Il y a vingt ans , c'était les déchets, il y a huit ans Fukushima, aujourd'hui le climat. C'est une phobie qu'ils ont contracté très tôt et qui paralyse leur rationalité depuis un demi-siècle. Car on ne peut s'empêcher de remarquer que bien que partant de considérations mondiales, ils atterrissent très vite sur des récriminations bien franco-franchouillardes qui occupent plus de la moitié de leur tribune. EDF, Areva, l'ASN, toutes les vieilles haines ressortent.
Bien sûr, EDF est en difficulté pour maîtriser ses chantiers. Est-ce la faute de la technologie nucléaire ou d'une perte de savoir faire consécutive aux politiques commandées par le marché devenu roi? Bien sûr Areva a failli. Est-ce la faute de la technologie nucléaire ou des errances de Madame Lauvergeon? Les analyses de MM. Laponche et Dessus sont décidément bien courtes. Quoiqu'ils en disent, le nucléaire n'est pas en déshérence et la France n'est pas isolée dans ses choix nucléaires . C'est faire preuve d'une singulière ignorance de la situation mondiale. A moins que cela ne relève de la méthode Coué. Près de 60 réacteurs sont en construction dans une quinzaine de pays. Et d'autres Etats y viendront qui ne demanderont pas leur avis à MM. Laponche et Dessus. D'autres que nous, les chinois, les russes, maîtrisent parfaitement le développement nucléaire. Et ce sont eux qui satisferont la demande mondiale. Le risque d'accident ou de prolifération au niveau mondial ne sera nullement diminué, mais grâce à la persévérance de MM. Laponche et Dessus, la France aura enfin perdu sa dernière filière industrielle d'excellence, après la sidérurgie, l'aluminium, l'électronique, l'électromécanique et le ferroviaire.
Alors, à part fermer le nucléaire en France, que nous proposent-ils pour répondre à l'urgence climatique réaffirmée par le GIEC? Un tripode "Sobriété, efficacité, renouvelables". En commençant par sobriété. Et ce glissement sémantique n'est pas anodin. Il y a peu encore, on insistait sur l'efficacité, c'est à dire "consommer moins pour une même satisfaction ". Saine démarche, mais pas si simple. MM. Laponche et Dessus à l'instar de leurs griefs au nucléaire, ignorent presque tout des coûts, des délais et des filières industrielles et de service à mettre en place dans ce but. Aussi se rabattent-ils sur "sobriété".
Mais dans sobriété, il ne reste que "consommer moins". Comment MM. Laponche et Dessus comptent-ils y parvenir? Dans les pays riches on l'imagine assez bien. De sobriété à restriction , il n'y a qu'un pas. Et deux jusqu'à prohibition. Ce sera sans doute moins brutal que dans l'Amérique des années vingt. Cela se fera par l'impôt. Et ce seront toujours les plus défavorisés qui trinqueront.
Mais dans les pays en développement? Il faut bien le mépris du riche pour proposer "la sobriété " à une moitié de l'humanité ou deux milliards d'êtres humains n'ont même pas accès à une énergie moderne pour les besoins alimentaires les plus simples. Et deux millions d'entre eux en meurent chaque année rappelle régulièrement la Banque Mondiale.
Que peut-on économiser là où il n'y a rien? Même si les pays développés réussissaient à réduire significativement leur consommation d'énergie, un développement équitable nécessiterait une forte augmentation de la consommation , notamment d'électricité, dans le reste du monde. Ce serait au mieux un jeu à somme nulle. MM. Laponche et Dessus ne semblent pas très sensibles au sort de ces populations si loin de la Hague et de Bure qui restent leur petite obsession.
A moins que leur solution ne soit le troisième pied de leur tripode: les énergie renouvelables. Mais qui investira pour couvrir l'Afrique d'éoliennes dans le seul but de satisfaire des besoins insolvables? Certainement pas les groupes privés qui dominent le secteur. Car si l'énergie éolienne s'est développée au cours de ces dernières années, c'est surtout en raison de profits qu'elle génère , souvent alimentés par des subventions publiques. Ce qui explique que l'Afrique ne représente pas 1% de la capacité installée mondiale quand les pays du nord en concentrent près de 50%. Allons nous, comme le proposent MM. Laponche et Dessus, continuer à couvrir l'Europe d'éoliennes pour entrer dans "la modernité énergétique"? Car naturellement , MM. Laponche et Dessus ne doutent pas de la modernité de leur propositions et du passéisme de celles de leurs contradicteurs. Allégation éculée car tant de fois assénée... Comme il existe des points Godwin pour l'utilisation abusive du qualificatif de "nazi", ne faudrait-il pas créer des points Laponche pour usage excessif de l'argument de "modernité"?
Il faut raison garder. Personne ne souhaite parsemer le monde de centrales nucléaires, mais il est tout aussi extravagant de vouloir le couvrir d'éoliennes. Naguère, l'aveuglement conduisait à se battre contre des moulins à vent. Aujourd'hui, il consiste à se battre pour. A chacun sa modernité.
https://blogs.mediapart.fr/jean-doutefort/blog/121018/si-le-nucleaire-doit-contribuer-sauver-le-climat-0

09/10/18Les pays européens qui ont réduit leurs émissions combinent nucléaire et hydroélectricité
Alors que l’intensité carbone moyenne du secteur électrique est toujours supérieure à 400 g CO2/KWh dans les pays de l’OCDE, quatre pays européens seulement ont réussi à décarboner leur électricité sous les 100 g de CO2/kWh : la Norvège, qui possède une capacité hydro-électrique exceptionnelle, et trois pays qui combinent aujourd’hui nucléaire et renouvelables : la Suède (40 % nucléaire, 50 % hydro), la Suisse (40 % de nucléaire, 60 % hydro) et la France (73 % nucléaire, 17 % hydraulique).
Un haut pourcentage d’énergies solaires et éoliennes dans le mix électrique ne garantit pas aujourd’hui un haut niveau de décarbonation, comme le montrent les résultats du Danemark, du Portugal, ou de l’Allemagne.

http://www.sfen.org/rgn/pays-europeens-reduit-emissions-combinent-nucleaire-hydroelectricite?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo&_lrsc=84ad9745-93ac-4b86-9854-0c6541da3a68

08/10/18Engie s’inquiète du pari « tout électrique » du gouvernement
Le groupe d’énergie a jugé, lundi, que l’Etat doit soutenir plus fortement la création d’une filière de production de gaz renouvelable dans sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
« Le débat est entièrement confisqué par les pro et les anti-nucléaire. » A quelques semaines de la publication par le gouvernement de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 2019-2028), le directeur général adjoint d’Engie s’est fait, lundi 8 octobre, l’écho des inquiétudes de la filière gazière. Didier Holleaux estime en effet qu’en l’état actuel, la feuille de route de l’énergie pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028 fait la part trop belle à l’électricité et minimise le rôle du gaz, notamment renouvelable. Il juge même qu’elle risque de retenir des options « néfastes et irréalistes » pour le futur mix énergétique du pays.
Lire aussi : Le report de la baisse du nucléaire inquiète le secteur des énergies renouvelables
Dans le cadre de sa stratégie « bas carbone », la France envisage de parvenir à zéro émissions de CO2 en 2050 dans le secteur de l’énergie, et la PPE est un outil essentiel pour suivre cette trajectoire. Ce texte fixera notamment l’horizon où la part d’électricité d’origine nucléaire tombera à 50 %, probablement entre 2030 et 2035, et non plus en 2025 comme le prévoyait la loi de transition énergétique de 2015.
Mais pour les dirigeants d’Engie et de ses filiales GRT Gaz (transport) et GRDF (distribution), les scénarios qui circulent sont « tout électrique », « tout nucléaire », ou à « très forte proportion de nucléaire ».
Affirmer le principe de complémentarité
Pour Engie, cette programmation doit affirmer le principe de complémentarité des énergies faisant une place à l’éolien flottant et au gaz vert produit par méthanisation (déchets agricoles) ou à partir des surplus d’électricité (« power to gas »). « On peut atteindre l’objectif de 10 % de gaz renouvelable injecté dans le réseau dès 2028 [contre 0,5 %] », estime M. Holleaux. La ressource est là, qu’elle soit agricole ou forestière. Mais pour la valoriser, il faudrait « un engagement clair des pouvoirs publics » à travers des tarifs de rachat ou d’appels d’offres dédiés au gaz vert.
Lire aussi : Les territoires ruraux cultivent les renouvelables
La France est très en retard sur l’Allemagne, qui a développé une vraie filière avec des cultures dédiées au biogaz, mais aussi sur l’Italie et le Royaume-Uni. Trois pays qui assurent à eux seuls 80 % de la production européenne.
M. Holleaux estime que l’objectif de 10 % en 2028 peut être atteint à un coût raisonnable pour la collectivité, qui a déjà puissamment soutenu l’éolien puis le solaire photovoltaïque : 1,5 milliard d’euros d’aides publiques par an, le prix du MWh tombant de 96 euros aujourd’hui à 60 euros dans dix ans.
Lors du débat public sur la PPE, au printemps, le biogaz a été plébiscité parce qu’il est propre, générateur d’emplois locaux et intégré à l’économie circulaire. Son ingénierie et ses technologies sont très bien maîtrisées en France et ne risquent pas d’être captées par la Chine, comme cela a été le cas de la filière photovoltaïque il y a une dizaine d’années.
« Décarboner avant d’électrifier »
Pour les dirigeants d’Engie, le gouvernement se trompe de priorités. Il faut « décarboner avant d’électrifier », souligne M. Holleaux.
L’exemple du chauffage électrique, plus développé en France qu’ailleurs, est à ses yeux très parlant. C’est lui qui, lors des pointes de consommation d’hiver, pompe le plus d’électricité et fait courir un risque de black out sur le réseau. Les éoliennes et les panneaux solaires sont alors peu productifs, et EDF doit mobiliser des centrales thermiques ou importer du courant d’Allemagne, où tournent alors des centrales au charbon et au lignite très émettrices de gaz carbonique.
Lire aussi : En Allemagne, la laborieuse sortie du charbon
Engie reproche encore à la PPE de ne pas mettre suffisamment l’accent sur l’efficacité énergétique ou le développement de réseaux de froid et de chaleur, deux secteurs dont le groupe est un leader mondial. Il estime que les pouvoirs publics l’ont « insuffisamment associé à l’élaboration de la PPE ». Et juge, selon M. Holleaux, qu’il ne reçoit encore que des « réponses standards ».
Une fois rendue publique, la programmation énergétique sera soumise au Parlement, ne serait-ce que pour revoir le calendrier de baisse du nucléaire. La filière a encore quelques mois pour défendre sa position.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/10/08/engie-s-inquiete-du-pari-tout-electrique-du-gouvernement_5366426_3234.html

03/10/18L’arnaque des offres d’électricité verte
Chaque opérateur propose désormais des offres « vertes », censées vous permettre de ne consommer que de l’électricité d’origine renouvelable. Que cachent réellement ces propositions aux apparences écolos ?
Cest devenu systématique : chaque fournisseur de courant propose à ses clients au moins une « offre verte », leur permettant de se fournir « uniquement en électricité d’origine renouvelable ».
EDF vient de s’y mettre, avec un peu de retard, alors que Engie (ex-GDF – Suez) et Direct Énergie, les deux principaux concurrents de l’opérateur historique, s’étaient déjà lancés dans l’aventure depuis plusieurs mois.
De plus petites entreprises se sont, pour leur part, entièrement construites sur cette promesse. Dans la liste de ces fournisseurs d’électricité verte, on trouve même Total Spring, filiale du géant pétrolier, que l’on a connu moins pressé de mener la transition énergétique… Alors, comment expliquer un tel engouement ?
D’abord, assurément, parce que la demande est là. Dans un marché ouvert à la concurrence depuis désormais dix ans, plus de vingt fournisseurs proposent leurs services aux particuliers. Ils doivent donc rivaliser d’imagination pour séduire le chaland.
Or, une partie importante de la population adhère à l’idée d’encourager la transition énergétique.
En l’occurrence, elle le fait d’autant plus facilement que les prix du « vert » ne sont pas forcément plus élevés que les autres. Il n’y aurait donc plus qu’à attendre que chaque abonné·e souscrive à une offre de ce type pour pouvoir déclarer achevée la transition énergétique ?!
LE NUCLÉAIRE VERT…
On comprend en se posant cette question que les choses sont plus compliquées qu’il n’y paraît. Notamment parce que le mix électrique français est ce qu’il est : environ 72,3 % de nucléaire, 12 % d’hydraulique, 6,6 % de gaz, 3,9 % d’éolien, etc. (1) Est-ce que les « offres vertes » feront évoluer ce mix vers plus de renouvelable ?
Rien ne le certifie. Pire : il n’est pas impossible qu’en y souscrivant, votre argent finance… l’industrie nucléaire !
Toute électricité produite est injectée sur le réseau général. Ainsi, quelle que soit l’offre à laquelle vous avez souscrit et le fournisseur que vous avez choisi, votre habitation sera alimentée avec de l’électricité « grise », faite du mix électrique global décrit plus haut. La promesse repose donc sur le système des Garanties d’origine, comme l’explique Total Spring sur son site internet : « Les fournisseurs d’électricité verte achètent ces Garanties d’origine à hauteur de la consommation de leurs clients, garantissant ainsi que pour tout kWh consommé, l’équivalent en électricité verte est injecté dans le réseau. » Si Total Spring vend pour 1000 kWh d’électricité d’origine renouvelable à ses clients « écolos », il doit, en face, pouvoir aligner des certificats de Garanties d’origine équivalent à ces 1000 kWh.
À qui les achète-t-il ? À n’importe quel producteur d’énergie renouvelable : un particulier, une entreprise, une collectivité qui fait fonctionner des panneaux solaires, des éoliennes, un barrage hydroélectrique…
Mais, et c’est le noeud du problème, il n’est pas obligé de lui acheter son électricité renouvelable, décorrélée des garanties d’origine qui vont avec…
Concrètement, voilà ce que cela peut donner : pour livrer l’énergie à ses clients ayant souscrit à son offre verte, un fournisseur peut acheter les kWh dont il a besoin à EDF via le système de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) et, parallèlement, acheter les Garanties d’origine à un producteur d’électricité verte. Il vend ainsi de l’électricité nucléaire estampillée « renouvelable ».
QUELQUES DIZAINES DE CENTIMES
Or, des garanties d’origine, l’Europe n’en manque pas. Le marché est notamment inondé des certificats norvégiens, issus de la production hydroélectrique du pays scandinave. Certains fournisseurs jouent donc, en plus du côté « vert », sur le côté « local » de leur offre. Total, pour garder le même exemple, promet par exemple « une électricité verte d’origine française ».
Mais là encore, il y a de la marge : l’électricité dite verte ( couplée aux Garanties d’origine) représenterait environ 5 % des volumes totaux vendus en France, alors que le renouvelable représente environ 17 % de la production du pays (2). Loi de l’offre et de la demande oblige, les garanties d’origine se négocient pour une bouchée de pain, parfois par des grossistes revendant ensuite au détail : quelques dizaines de centimes par Mwh, selon un professionnel du secteur, alors que la quantité d’électricité correspondante se monnaie pour sa part plus de 40 euros (42 euros en passant par l’Arenh) – le cours de l’électricité étant révisé chaque demi-heure.
Le prix du label vert est ainsi anecdotique pour les fournisseurs d’électricité qui en font à peu de frais un argument commercial.
De même, les producteurs bénéficient ainsi, éventuellement, d’un maigre complément de revenu, très insuffisant pour développer de nouveaux moyens de production d’énergies renouvelables.
Aucun mécanisme, d’ailleurs, ne les oblige à réinvestir l’argent de leurs garanties d’origine dans le développement de nouveaux moyens de production d’énergie verte.

https://izlandbipbip.com/non-classe/larnaque-des-offres-delectricite-verte/

03/10/18Le marché « libéralisé » de l’électricité en Europe : bien réglementé et subventionné
Sur un vrai marché libéral, personne n’investirait dans une éolienne ou un panneau solaire : ils produisent soit tous en même temps, et leur prix est bradé, soit ils n’ont rien à vendre.
Voici ce que l’on trouve dans « La Chronique hebdomadaire de l’Union française des électriciens » du 30 septembre 2018 :
« Les mécanismes de capacité sont des instruments permettant de valoriser la disponibilité des capacités de production et d’effacement afin de garantir que la sécurité d’approvisionnement puisse être assurée pour les consommateurs quels que soient les aléas. L’enjeu est de taille : dans un contexte de transition énergétique, les règles de marché doivent faciliter l’intégration des énergies renouvelables, permettre au consommateur d’être plus impliqué dans la maîtrise de sa consommation, et garantir que la sécurité d’approvisionnement soit assurée au meilleur coût pour les citoyens. »
QU’EST-CE QUE CELA SIGNIFIE POUR LE CONSOMMATEUR ?
Les ENR, énergies intermittentes, aléatoires et subventionnées, c’est-à-dire l’éolien et le solaire, ne permettent pas d’assurer la sécurité d’approvisionnement. Il n’y a plus guère que Negawatt et le Syndicat des énergies renouvelables qui soutiennent le contraire. Il faut donc un réseau de centrales électriques pilotables à la demande en parallèle avec les ENR.
Mais si on installe de plus en plus d’ENR, ces centrales « en secours » (en réalité, comme la capacité équivalente de l’éolien est de 25 %, celle du solaire 11 %, c’est ce « secours » qui structure véritablement le réseau électrique) produisent de moins en moins, et de façon hachée, ce qui nuit à leur rendement, à leur longévité, et fait exploser leur coût au mWh puisque les frais fixes sont moins couverts. Plus personne ne veut donc investir dans ces centrales.
L’EXEMPLE DE L’ÉLECTRICITÉ EN BELGIQUE
C’est ce qui se passe en Belgique. Electrabel, le producteur nucléaire belge, appartient à ENGIE, dont le business model est de vendre du gaz. Il est évidemment favorable aux ENR, puisque elles nécessitent des centrales au gaz pour suivre les fluctuations rapides du soleil et du vent.
ENGIE essaye de vendre son nucléaire à EDF, qui n’en veut pas : EDF a déjà assez à se dépatouiller du même problème en France. Cette situation est dangereuse pour la sécurité car elle décourage tous les secteurs des services attachés au nucléaire pour investir et progresser. Electrabel a annoncé récemment le report de plusieurs mois du redémarrage des réacteurs Tihange 2 et 3, initialement prévu pour cet automne.
« La ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem, accuse l’exploitant de mauvaise gestion. Elle espère pouvoir acheter l’électricité manquante en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas, ce qui pose des problèmes techniques non résolus à ce stade ». (Le Monde du 30 septembre)
La Commission européenne veut « laisser faire le marché ». Une thèse « libérale » : c’est à se tordre de rire, vu les milliards d’argent public engloutis dans la « transition » !
Les électriciens, eux, ont bien entendu une autre solution : via un « marché de capacités » les producteurs intermittents « achèteront » des capacités (virtuelles, sous formes d’action de réduction de la pointe, ou réelles) aux producteurs des centrales classiques, ce qui revient à les subventionner elles aussi. On aura ainsi un « marché de capacité » qui va vivre sa vie, et à terme, même, être déconnecté du monde physique.
Installer des ENR intermittentes non pilotables en plus des centrales pilotables est un surinvestissement, quel que soit le raisonnement tordu par lequel on les justifie. Cela a deux conséquences : un coût supplémentaire, et un prix de marché qui s’effondre sous la pression de la surproduction. Il faut bien que quelqu’un paye la différence.
« LIBÉRALISER »… EN SUBVENTIONNANT !
Prétendre libéraliser le marché de l’électricité en le subventionnant à tout va… L’Union européenne va créer finalement 3 « marchés » qui n’ont de marché que le nom, puisqu’ils sont crées ab nihilo par la réglementation : un marché de quotas de CO2 pour les centrales fossiles, un marché subventionné pour les ENR indépendant des besoins, et un marché de capacité pour corriger les effets pervers des deux premiers.
Sur un vrai marché libéral, personne n’investirait dans une éolienne ou un panneau solaire : ils produisent soit tous en même temps, et leur prix est bradé, soit ils n’ont rien à vendre.
Et comme de toute façon, pour assurer l’approvisionnement, il faut leur joindre un réseau obligé de centrales pilotables, pour que ces ENR participent à une quelconque création de richesse, leur coût complet devrait être inférieur au coût marginal des centrales pilotables.
Dans le cas du nucléaire, dont les coûts sont majoritairement fixes et indépendants du CO2, le coût marginal est très faible. Par nature, éolien et solaire ne peuvent donc être rentables sans subvention et obligation d’achat.
On espère qu’il ne faudra pas aller jusqu’au black out pour que le public, les media et le monde politique sortent de leur monde fantasmé.
https://www.contrepoints.org/2018/10/03/326716-le-marche-liberalise-electricite-en-europe-bien-reglemente-et-subventionne

02/10/18Le scénario négaWatt : des hypothèses difficilement envisageables (Tribune)
Extrait :
Tribune de Bertrand Cassoret, Maître de conférences à l’Université d’Artois, auteur du livre « Transition énergétique, ces vérités qui dérangent ! », éditions Deboeck supérieur, 2018.
Parmi les scénarios de transition énergétique, négaWatt est sans doute le plus connu, élaboré par l’association du même nom. Il concerne la totalité de l’énergie consommée en France, et pas seulement l’électricité.
Alors que les énergies renouvelables ne représentaient en 2017 que 10,5% de nos besoins, elles en couvriraient la quasi-totalité en 2050. La mise en œuvre de ce scénario permettrait donc de se passer à la fois des énergies fossiles et nucléaire.
Les hypothèses du scénario, récemment publiées par l’association, permettent de mieux se rendre compte du niveau de difficulté d’un tel challenge.
Ce scénario supposerait des efforts considérables dans les énergies renouvelables, en particulier l’éolien et le photovoltaïque qui connaitraient une croissance spectaculaire.
L’éolien devrait fournir 247 TWh en 2050 contre 24 TWh en 2017, dix fois plus donc ! Cela supposerait environ 20 000 éoliennes terrestres et 4 000 éoliennes maritimes, contre environ 7 000 terrestres et aucune en mer actuellement.
La puissance totale du parc installée devrait atteindre 77 GW contre 13 GW en 2017. La durée de vie de ces machines étant inférieure à 25 ans, il faudrait dans le futur tripler le rythme actuel d’installation (1.2 GW par an en moyenne ces 5 dernières années) rien que pour maintenir les 77 GW de puissance installée....

https://www.lemondedelenergie.com/negawatt-tribune-hypotheses/2018/10/02/

28/09/18Marché de l'électricité : seuls trois fournisseurs proposent une électricité "vraiment verte", selon Greenpeace 😏😏
L'ONG a passé au peigne fin les offres de 19 fournisseurs d'électricité en France. Dans ce classement, les fournisseurs historiques se trouvent en bas du classement.
Greenpeace publie vendredi 28 septembre un guide de l'électricité verte. L'ONG a passé au peigne fin les offres de 19 fournisseurs, pour savoir lesquels proposaient une électricité "vraiment verte", c'est-à-dire produite par des technologies renouvelables. Seuls trois fournisseurs d'électricité répondent aux critères établis par Greenpeace. Il s'agit d'Énergie d'ici, d'Enercoop et d'Ilek.
Ces trois prestataires proposent d’ores et déjà une électricité à plus de 95% renouvelable et soutiennent les petits producteurs d’électricité renouvelable. Énergie d'ici et Ilek peuvent même se prévaloir d'un approvisionnement à 100% de renouvelables, d'origine solaire, éolienne ou hydraulique. Mais ils sont un peu plus chers que leurs concurrents plus "classiques".

Dans le bas du classement, six fournisseurs sont qualifiés comme étant "très mauvais". Parmi eux figurent notamment les historiques, tels qu'EDF ou Engie qui "polluent la planète en investissant dans des énergies sales et dangereuses" (charbon, gaz de schiste, nucléaire), selon Greenpeace. Les renouvelables ne représentent par exemple que 10% de l'électricité produite par EDF en Europe.
Avec ce classement, Greenpeace France souhaite "mieux guider" les consommateurs dans leur choix de fournisseur d’électricité afin de leur "permettre de réduire leur empreinte écologique".
"Tous les fournisseurs d’électricité ne se valent pas. L'offre verte, c'est le vernis." Alix Mazounie, Greenpeace France à franceinfo
En 2018, 29 fournisseurs se partagent le marché de l'électricité en France. La plupart proposent des lots présentés comme des "offres vertes", souligne l'association. En 10 ans, ces offres se sont multipliées, promettant aux consommateurs de participer à la défense de l'environnement.
"Beaucoup d’entre eux trompent les consommateurs et consommatrices", explique Alix Mazounie. Selon la chargée de campagne Énergie à Greenpeace France, "il faut regarder la politique de l'entreprise. Il y a les fournisseurs vraiment verts qui vont réellement acheter ou produire de l'électricité d'origine renouvelable. À l'inverse, il y a les fournisseurs vraiment pas verts, qui vont acheter des certificats verts. Mais en réalité l'argent du consommateur va permettre de financer, produire, investir dans des énergies fossiles ou nucléaires qui sont extrêmement toxiques pour l'environnement".
Selon la règlementation, un fournisseur d’offres vertes peut se contenter d’acheter de l’électricité produite dans une centrale à charbon ou nucléaire, du moment qu’il achète aussi un certificat vert attestant qu’une quantité équivalente d’électricité renouvelable a bien été injectée sur le réseau d’électricité.

27/09/18Le gouvernement viserait huit fermetures de réacteurs, sans se presser
A un mois du verdict, des fuites font état d'un projet de programmation pluriannuel de l'énergie encore très favorable à l'atome. Seuls huit réacteurs seraient arrêtés dans le sillage de Fessenheim… et pas sous ce quinquennat.
A un mois des arbitrages définitifs sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) qui doit déterminer à quel rythme la France doit se diriger vers le 50/50 d'électricité nucléaire et renouvelable, la trajectoire du gouvernement se précise. Et elle risque de ne satisfaire qu'à moitié les partisans d'une accélération de la transition énergétique qui souhaitent voir fermer une vingtaine de réacteurs dans les dix ou quinze ans, après l'arrêt des deux tranches de la centrale de Fessenheim (Moselle) prévu fin 2019. Selon Montelnews, l'exécutif se dirige vers la fermeture de huit réacteurs nucléaires d'ici 2028, sur les 58 aujourd'hui exploités par EDF. «La fermeture de huit réacteurs est la position prônée par Bercy et soit elle a déjà été arbitrée, soit elle est en cours d'arbitrage», a indiqué une source bien informée au site spécialisé dans l’énergie.
Ce chiffre cadre avec les estimations de l'un des acteurs du débat sur la PPE interrogé récemment par Libération : «après le départ de Nicolas Hulot et à la veille des élections européennes, traditionnellement plus favorables aux écologistes que les autres scrutins, l'exécutif doit absolument afficher un objectif de réduction du nucléaire pour ne pas tomber dans la caricature de l'Etat nucléaire, mais ils ne feront rien qui aille à l'encontre des intérêts économiques immédiats d'EDF, dont l'équilibre financier est très fragile». La même source pariait ainsi sur «le sacrifice de quelques réacteurs, moins d'une dizaine, parmi les plus anciens du parc». En tête de liste des huit tranches à fermer, on trouverait ainsi les réacteurs de la centrale de Bugey (Ain) tous entrés en service entre 1978 et 1979 et ceux de Dampierre (Loiret), de Gravelines (Nord) ou du Tricastin (Drôme), qui datent de 1980-1981.
Moindre mal pour EDF
Huit réacteurs de 900 MW en moins, ce serait vraiment un moindre mal pour l'exploitant EDF. L'électricien, qui veut prolonger la durée de vie de ses centrales nucléaires de quarante à cinquante ans, espérait en effet n'arrêter aucun réacteur supplémentaire avant 2030. Mais selon notre source, EDF obtiendrait en contrepartie «le feu vert à une paire de nouveaux réacteurs EPR, si celui de Flamanville arrive vraiment à rentrer en service en 2020» après avoir réglé ses nouveaux problèmes de soudures. Le gouvernement afficherait ainsi son soutien à l'EPR dont les déboires industriels et financiers inquiètent les clients actuels (le Royaume-Uni) et potentiels d'EDF (l'Inde). Cette trajectoire pour la PPE qui sera présentée fin octobre reste donc bien éloignée de ce que souhaitent les partisans de la fin de l'atome. Pour le WWF, «il faudrait déjà programmer la fermeture de vingt-trois réacteurs d'ici 2030 pour sauver EDF de l'impasse financière et se rapprocher de l'objectif de 50% de nucléaire» voulu par la loi sur la transition énergétique de 2015. Mais cet objectif a déjà été reporté de 2025 à 2035 par le gouvernement.
Et les antinucléaires, qui s'inquiètent du retard pris par la France dans le développement des renouvelables (selon RTE, l'hydraulique, l'éolien et le solaire ne représentaient que 18,4% de l'électricité consommée en 2017), risquent de l'avoir d'autant plus mauvaise qu'aucun réacteur ne serait fermé sous ce quinquennat, en dehors de ceux de Fessenheim. La PPE couvre en effet les périodes 2019-2023 et 2024-2028 et c'est ce deuxième horizon qui serait prudemment visé par le gouvernement, qui ne sera plus là pour en être comptable. Dans un entretien accordé le 15 juillet à Libération, le secrétaire d'Etat à la Transition ecologique, Sébastien Lecornu, se félicitait ainsi d'appartenir au «premier gouvernement qui aura réellement engagé, en actes, la transition énergétique», en ayant «fermé la centrale nucléaire de Fessenheim, éteint quatre centrales à charbon et réalisé une programmation de la fermeture des réacteurs pour atteindre le 50% de nucléaire» durant le quinquennat. Rien de plus.
Ligne pronucléaire
Cette ligne très pronucléaire, visant à protéger avant tout les intérêts d'EDF et d'une filière qui emploie 220 000 personnes en France, semble l'avoir emporté au sein du gouvernement, ce qui explique en grande partie le départ de Nicolas Hulot, lui qui avait prévenu «si je m’en vais, il va y avoir trois EPR de plus dans les prochaines années», selon des confidences recueillies par Libération. Mardi sur BFMTV, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a donné le ton en déclarant : «ce que je souhaite, c’est que nous continuions à nous appuyer sur une filière nucléaire qui a des compétences, qui est créatrice d'emplois, qui nous garantit une énergie décarbonée à bas coût». Avant d'ajouter «Je ne vous dis pas qu’aucune autre fermeture n’est possible, je vous dis simplement que, sur le long terme, nous devons garder une filière compétitive.» Des propos bien plus tranchés que ceux du nouveau ministre de la Transition écologique, François de Rugy, qui expliquait le 11 septembre au Monde que pour lui, l'énergie nucléaire n'était pas «spontanément une énergie d'avenir», tout en promettant «d’arriver à un équilibre entre 50% de nucléaire et 50% d’énergies renouvelables» à l’horizon 2035.
Même s'il avait la volonté d'accélérer le calendrier de fermetures des réacteurs, Rugy risque de ne pas peser bien lourd face au camp de l'atome incarné par le Premier ministre Edouard Philippe (qui fut directeur des affaires publiques d'Areva entre 2007 et 2010), et le patron de Bercy Bruno Le Maire. D'autant qu'au final, c'est le président de la République qui devrait trancher. Et Emmanuel Macron ne semble pas pressé d'engager la transition vers moins de nucléaire : dans une interview accordée au media vidéo Brut dans le cadre du One Planet Summit à New York, le «Champion de la Terre» Emmanuel Macron ne dit pas un mot sur l’objectif de réduction de l’atome à 50% du mix électrique et pratiquement rien sur le développement des renouvelables. Ça sent décidément le maintien de l’option tout nucléaire «pour le climat»… et surtout dans l'intérêt immédiat d'EDF.
https://www.liberation.fr/france/2018/09/27/le-gouvernement-viserait-huit-fermetures-de-reacteurs-sans-se-presser_1681587

27/09/18Electricité renouvelable : quelles sont les régions les plus dynamiques ? 😢
Cet été, le comparateur en ligne Selectra a analysé les profils des différentes régions de France en matière d’utilisation et d’installation d’électricité renouvelable. Cinq territoires se dégagent particulièrement en tête de ce classement.
En se basant sur les données officielles publiées par RTE, l'Ademe et l'Observatoire des Énergies Renouvelables (Observ'ER), le site Selectra a effectué un classement des territoires les plus exemplaires en matière de transition énergétique. Quatre critères ont été pris en compte : la quantité d'énergie renouvelable produite, la couverture de la consommation globale, la puissance installée depuis 2008 et le potentiel exploité. Il se dégage de ce classement le portrait d'un pays qui s'appuie sur ses sources historiques (l'énergie hydraulique) et se diversifie progressivement en fonction des spécificités de chaque territoire. Voici, par ordre croissant, les cinq régions qui forment le peloton de tête.
5. Nouvelle Aquitaine
Avec 211 points sur les 400 possibles, la région Nouvelle Aquitaine devance de justesse les Hauts-de-France, mais très largement les autres concurrents. Si elle reste à la traîne dans certains domaines comme la couverture de la consommation globale (seulement 18%, moins que la Corse, 7e du classement), elle constitue un exemple parfait de diversification des sources de production. Avec plus 3 033 MW de puissance installée en 10 ans, la Nouvelle Aquitaine est une des régions les plus actives de France. Enfin, au cœur d'un mix énergétique très équilibré (36% d'hydraulique, 31% de solaire, 15% d'éolien et 18% de biomasse), le photovoltaïque tient une place prépondérante car, depuis 2008, les deux tiers de la puissance installée viennent de ce secteur.
4. Sud Provence-Alpes-Côte-d'Azur
Autre région en pointe dans le domaine du solaire (1 105 MW sur les 1 349 MW de puissance installée depuis 2008), Sud Paca fait surtout forte impression grâce à un rendement optimal. Avec 10 340 GWh produits en 2017, elle couvre déjà un quart de la consommation globale de ses habitants. Un résultat d'autant plus intéressant qu'elle n'exploite actuellement que 4% du gisement potentiel total du territoire à l'horizon 2050. Ambitieuse, la région est, par la même occasion, bien avancée au niveau du plan de marche édicté dans son Schéma Régional Climat Air Énergie (SRCAE). Sud Paca exploite déjà la totalité de son potentiel hydraulique (3 200 MW) et espère atteindre 9% sur le solaire à l'horizon 2020.
3. Occitanie
Soleil et vent : les Occitans ont bien compris de quelle source naturelle ils pouvaient tirer profit. Près de 40% de la production d'électricité renouvelable du territoire provient des secteurs éoliens et photovoltaïques. Cette année, l'Occitanie a même réussi à placer 25 projets parmi les 103 retenus dans le quatrième appel d'offres lancé par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), ce qui en fait la région de France la mieux représentée. Et si elle n'est que la 3e productrice d'électricité verte en 2017 (13 676 GWh), l'Occitanie possède la meilleure couverture de la consommation puisque les énergies renouvelables fournissent 36% des besoins des habitants.
2. Grand Est
Parmi toutes les régions analysées, le Grand Est reste celle qui s'engage le plus dans le développement des nouvelles sources de production d'électricité renouvelable. Avec 3 080 MW de puissance installée depuis 2008, elle fait mieux que toutes les autres, notamment dans le domaine de l'éolien (2 491 MW) où seuls les Hauts-de-France, territoire particulièrement impliqué sur ces technologies, fait mieux (2 725 MW). Quand les régions du sud optent pour le soleil, l'Est choisit le vent, alors même que son gisement potentiel en la matière (16 000 MW) demeure moins important que celui de l'Occitanie (22 400 MW) ou de la Bretagne (29 500 MW). De quoi se positionner comme une des régions les plus avancées dans la réalisation de son SCRAE 2020 (75% des objectifs accomplis).
1. Auvergne-Rhône-Alpes
Avec ses nombreux barrages installés dès les années 1950, Auvergne-Rhône-Alpes demeure la première région française pour l'exploitation des énergies hydrauliques. Le tableau de son mix énergétique, largement servi par cette ressource (89%), en constitue une illustration parfaite. Cet ancrage historique explique en partie son statut de leader du classement (23 352 GWh de production d'électricité renouvelable, soit 20 fois plus que l'Île-de-France), mais ne suffit pas uniquement à rendre compte du dynamisme de la région. Avec 4% de part dans la production, le photovoltaïque et l'éolien ne sont pas en reste. La région exploite également particulièrement bien son gisement potentiel (15%, toutes sources d'énergie confondues) et couvre d'ores et déjà 35% de la consommation globale.
https://www.latribune.fr/entreprises-finance/la-tribune-de-l-energie-avec-enedis/electricite-renouvelable-quelles-sont-les-regions-les-plus-dynamiques-791987.html
26/09/18
Électricité verte : comment choisir et comment se passe la transition ?
La plupart des fournisseurs proposent des offres d'électricité verte. Qu'est-ce que cela recouvre précisément ? Est-ce plus avantageux et comment souscrire à une telle offre ?
Depuis l'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence pour les particuliers, le premier juillet 2007, de nombreux concurrents se sont positionnés face à EDF. Il existe aujourd'hui près d'une trentaine de fournisseurs d'électricité différents, dont la plupart proposent des offres « vertes », censées provenir des énergies renouvelables, comme (hydraulique, éolien, géothermie, solaire ou biomasse). Certains fournisseurs se sont même spécialisés dans ce type d'offres et promettent une électricité 100 % verte (ekWateur, Ilek, Planète Oui, Enercoop, Greenyellow...). D'autres proposent un mix énergétique avec par exemple 50 % d'électricité issue des énergies renouvelables.
Pourquoi souscrire une offre d’électricité verte ?
En réalité, souscrire un contrat vert ne signifie pas que vous serez alimentés directement par une électricité renouvelable car tous les types de sources énergétiques sont injectés sur le même réseau. En revanche, un fournisseur qui vous garantit une électricité verte doit s'engager à acheter autant de kilowattheures (kWh) en électricité renouvelable que ce que vous consommez. Choisir une offre d'électricité verte, via un comparateur d’électricité par exemple, contribue donc à favoriser le développement de ce type d'énergie. Mais attention : ce n'est pas forcément synonyme d'écologie ni d'économie. Pour se fournir en électricité renouvelable, certains fournisseurs vont par exemple s'approvisionner au-delà des frontières. Vérifiez bien les informations sur le site. En 2017, 18,4 % de la consommation totale d'électricité en France était issue d'électricité verte.
Comment passer à un contrat d’électricité verte ?
D'après le dernier rapport de la Commission de régulation de l'énergie (au premier mars 2018), les prix s'échelonnent entre 420 et 551 euros par an pour un client parisien en option « Base », consommant 2.400 kWh. Les offres vertes ne sont pas forcement plus chères, tout dépend de votre consommation et de votre habitat. Un comparateur de prix permet une simulation rapide et propose la meilleure offre adaptée à vos besoins. Une fois votre choix arrêté, contactez votre nouveau fournisseur d'électricité pour établir un contrat et convenir d'une date de transfert afin de garantir la continuité du service. Celui-ci s'occupera de la résiliation de votre précédente offre. Notez que toutes les offres d'électricité destinées aux particuliers sont sans engagement et résiliables à n'importe quel moment sans frais.

Quels sont les 5 types d'énergies renouvelables ? L'énergie solaire peut être thermique ou photovoltaïque. L'eau transporte de l'énergie, quand elle coule en rivières, quand elle circule dans l'océan ou quand elle s'agite à la surface de la mer. L'atmosphère est une machine thermique géante dans laquelle des éoliennes peuvent puiser. Enfin, sous nos pieds, la chaleur de notre planète est à portée de forage. Voici le tour d'horizon de ce qu'il est convenu d'appeler les énergies renouvelables.
https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/energie-renouvelable-electricite-verte-choisir-passe-transition-9763/

16/09/18 
: Climat : l’obscurantisme est en marche
La preuve que la relativité générale d’Einstein (de 1915) est une calembredaine est que, en 1933, trente physiciens allemands déclarèrent leur mépris pour cette élucubration. Einstein leur répondit qu’une erreur relevée par un seul d’entre eux suffisait… Les 700 scientifiques cités, entre autres, par Libération seraient-ils, comme les scientifiques allemands en 1933, sortis du domaine de leurs compétences pour témoigner de leur parfait conditionnement par les médias soumis ? De fait, aucun physicien n’a jamais prouvé un rôle particulier du gaz carbonique (CO2) dans le climat. Certains ont cherché ce rôle mais il n’a pas été trouvé, pas plus que l’erreur dans la théorie de la relativité générale. Des physiciens comme Allmendinger, Holmes et beaucoup d’autres ont montré que le CO2 ne joue aucun rôle dans le climat.
Alors, d’où vient cette élucubration « Le CO2 augmente à cause des actions humaines et nous risquons de voir la planète surchauffer, il est temps d’agir ! » ? Pourquoi toutes ces marches, ces manifestations ? Pourquoi ces actions voulues par nos responsables ?
Le prix Nobel Svante August Arrhenius a émis l’hypothèse de l’effet de serre du CO2 en 1896. Il n’a jamais pu faire de mesures dans l’atmosphère. Cette théorie oubliée a été exhumée par l’ONU en 1986 pour créer une nouvelle terreur après celle que nous entretenions envers le monde soviétique… et le truc marche ! L’homme doit vivre dans la terreur, il doit craindre le danger et tenter de s’en protéger, et ceci comme tout être vivant.
Depuis toujours, la terreur est exploitée par les puissants – sorciers, religions, tyrans… – qui ont l’intelligence de nous contrôler et de s’enrichir grâce à cette terreur. Les indulgences du Moyen Âge sont un exemple bien connu. Combien de basiliques Saint-Pierre pourrait-on construire à Rome avec la fortune de ceux qui s’enrichissent grâce aux « énergies renouvelables » ?
Le seul grand pays qui produisait son énergie électrique proprement était la France ! J’étais convaincu que jamais elle n’abandonnerait son nucléaire, qu’elle serait fière de son ingéniosité et de la prévoyance du général de Gaulle. Las ! Le couple centrales au gaz-éoliennes, où les centrales au gaz doivent fournir 60 à 80 % de la production d’électricité, couple promu par des « écolos » comme Nicolas Hulot, entraîne une explosion de la pollution comme on observe dans le pays le plus pollué d’Europe, l’Allemagne. Allemagne qui persiste et signe. Il est vrai que Siemens s’enrichit… et Siemens n’est pas la seule entreprise à bien se remplir les poches.
Le conditionnement « terreur – processions », comme au Moyen Âge, est efficace. Vrai qu’on ne parle plus de « processions » mais bien de « marches », vrai, aussi, que le résultat sera atteint, il n’y a pas de limite à la naïveté humaine ni à la convoitise de certains riches.
http://www.bvoltaire.fr/climat-lobscurantisme-est-en-marche/


14/09/18
Nucléaire : laissez faire le marché !
Une réponse à Libération, qui reprend une étude commanditée par le lobby antinucléaire.
Le nouveau ministre de la Transition Écologique et Solidaire, François de Rugy, a tenté de dédramatiser le débat sur le nucléaire en déclarant au Monde qu’il faut sortir de la guerre de religion. L’appel n’a pas été entendu par Libération car, deux jours plus tard, il a publié un article poursuivant cette guerre idéologique.
Comme trop souvent dans le domaine de l’énergie, on avance des études pour faire valoir un seul point de vue. La ficelle est particulièrement grosse dans ce cas.
D’abord, il faut répéter, puisque trop de naïfs croient encore que les études sont objectives : elles ne sont réalisées que parce que certains les financent. Et s’ils le font, c’est parce qu’ils y trouvent un intérêt. Une étude n’est pas une vérité absolue, mais le crédo du sponsor. La loi de Brandolini(ou le principe d’asymétrie du baratin) s’applique ici aussi : la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer. D’autant plus que les études se basent sur des hypothèses et des méthodes que seuls ceux qui les ont réalisées peuvent connaître dans tous les détails.
Qui va avoir le temps, l’énergie et l’argent pour analyser ces arcanes ? Les journalistes de Libération ? Personne ne peut se permettre d’investir dans la réfutation des études : on ne ferait plus que cela. J’ai été, durant toute ma vie professionnelle, confronté à cette bien triste réalité. En l’occurrence, dans ce cas, c’est encore plus grotesque car ce rapport du World Nuclear Industry Status Report, qualifié d’« objectif et indépendant », est édité par Mycle Schneider, fondateur de WISE, une agence d’information et d’études sur l’énergie basée à Paris, proche du mouvement antinucléaire. On ne peut pas dire qu’il soit neutre et donc probablement pas du tout objectif.
ÉTUDE BIAISÉE ET MÉDIATISATION DE COMPLAISANCE
Une des conclusions-clé de l’étude est que l’atome bat en retraite. Par contre, l’étude reconnaît en même temps que la production d’électricité nucléaire a progressé cette dernière année. Le tableau à la page 28 du rapport le montre clairement : il y a une augmentation de la production depuis 2011 et non pas une diminution. C’est une autre ficelle : utiliser des pourcentages au lieu des valeurs absolues.
L’article de Libération révèle également l’ignorance du journaliste en matière d’énergie, puisqu’il confond la puissance d’une installation avec la génération électrique. « Les six réacteurs mis en service, écrit-il, n’ont fourni que 7 Gigawatts (GW) aux réseaux électriques, quand les seules énergies renouvelables apportaient 157 GW supplémentaires ». Monsieur Féraud devrait savoir que la puissance installée se mesure en GW et l’électricité fournie en GWh.
Ce n’est pas uniquement une question d’unités. C’est une question de fond ! Parce que les centrales nucléaires fonctionnent presque à 90% du temps, tandis que les énergies intermittentes — comme leur nom l’indique — ne fonctionnent qu’une petite partie du temps. Les données d’Eurostat indiquent que l’éolien ne tourne en équivalent pleine charge en moyenne pour toute l’Union que 23 % du temps. Pour le solaire, on tombe à 11 % ; on appelle cela le facteur de charge ou facteur d’utilisation. La comparaison entre nucléaire et énergies renouvelables ne veut absolument rien dire si vous parlez de GW.
LE LOBBY ANTI-NUCLÉAIRE SE CACHE LES YEUX
L’analyse de la puissance installée (p. 33 du rapport) illustre qu’elle connaît aussi une croissance depuis 2011. Donc une évolution positive, contrairement à ce que laisse transpirer l’ensemble de cet article. Il est d’ailleurs regrettable qu’il compare le taux de croissance d’aujourd’hui avec celui du boom du nucléaire des années 1970.
Le parc étant aujourd’hui ample, il n’y a pas besoin de répéter les taux de croissance de cette époque durant laquelle la technologie arrivait à maturité. Aujourd’hui dans l’Union européenne, le nucléaire reste bien vivant par des renouvellements et non suite à de nouvelles constructions. Il se dit encore que Nicolas Hulot aurait quitté le gouvernement, notamment, parce qu’il ne voulait pas être confronté au rapport récent de l’étude qu’il avait lui-même commandée, rapport qui prévoit la construction de six EPR en France.
Au 1er janvier 2018, quelque 448 réacteurs étaient opérationnels dans le monde. C’est dix de plus que l’année précédente. Il est vrai que la part du nucléaire dans le mix énergétique mondial stagne. Mais cela est surtout dû à la croissance énorme de la génération électrique à partir du charbon et, soyons de bon compte, dans une moindre mesure, de la croissance des sources d’électricité bas carbone. Au niveau mondial, la principale énergie primaire pour la génération électrique est le charbon avec 38 %. Vient ensuite le gaz naturel (23%), devant l’hydroélectricité (16%) dont l’article ne mentionne même pas le mot tellement cette énergie renouvelable la plus propre et la plus compétitive est honnie par les anti-tout. Le nucléaire devance les énergies renouvelables intermittentes avec respectivement 10 et 8%.
LES ÉNERGIES INTERMITTENTES, CE N’EST PAS LA LOI DU MARCHÉ
Arrêtons-nous sur cette phrase : « aujourd’hui, plus personne ne met d’argent dans l’atome sans soutien de l’État, la loi du marché dit que le nucléaire est mort et la France est en train de devenir une exception en Europe et dans le monde ». Non ! Aujourd’hui dans le monde, l’énergie atomique se développe sans subsides.
L’entreprise nationale russe Rosatom possède une complète maîtrise de la filière et a également développé une stratégie commerciale agressive autant qu’originale. Elle vend la technologie, le montage et le démarrage ainsi que le traitement de toute la filière de l’uranium, depuis sa fourniture jusqu’à son retraitement en Russie. Cerise sur le gâteau : elle offre également le financement de l’investissement moyennant un taux d’intérêt concurrentiel. Rosatom construit actuellement une cinquantaine de réacteurs nucléaires de par le monde, comme en Turquie ou au Bangladesh.
Mais ce n’est pas tellement cela qui a mis un sérieux frein au développement du nucléaire. C’est surtout le risque encouru par les investisseurs. La génération électrique à partir de l’uranium est celle qui produit l’électricité la moins chère. En Belgique, les coûts actualisés (LCOE) des nouvelles centrales donne 63 €/MWh pour un réacteur de 3e génération. Pour l’éolien et le photovoltaïque ? Entre 94 et 192 €/MWh. Ce n’est guère discutable, comme le confirment les analyses LCOE de l’Agence Internationale de l’Énergie. Cette même agence prévoit qu’en 2040, la part de l’énergie nucléaire (puissance installée) augmentera de 46 %.
LA FACTURE DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE
La litanie actuelle est que le prix des énergies renouvelables chute. Cela dépend de quoi on parle, mais ceux qui aiment jaser sur l’énergie et qui n’en connaissent pas l’abc ne s’embarrassent pas de rigueur. Ce qui chute, c’est le prix d’achat des panneaux photovoltaïques. Fortement, c’est vrai, parce qu’ils sont fabriqués en Chine. Par contre, le prix de l’électricité ne cesse d’augmenter en Europe au rythme moyen de 3,5% par an. Dans un récent article, je démontre que c’est à cause de l’intermittence de cette production « verte » que le prix monte : il y a une corrélation entre le prix de l’électricité fournie aux ménages et le pourcentage d’électricité d’origine solaire et éolienne. La faute inexorable et inévitable provient du fait que l’électricité est évanescente et qu’elle doit être utilisée illico lorsqu’elle est produite et, qu’à l’inverse, elle doit instantanément être produite lorsqu’on en a besoin.
Oui, le nucléaire est bon marché en tenant compte de tout. Mais il faut pour cela une totale visibilité sur une trentaine d’années car l’investissement dans cette filière est énorme par rapport à toutes les autres solutions. Or, avec les manipulations constantes sur la politique énergétique, la production obligatoire et subventionnée des énergies renouvelables et les atermoiements politiques au sujet de cette filière, les industriels ne disposent pas de la confiance nécessaire pour investir. De sorte qu’en Europe, qui était à l’avant-garde de la filière nucléaire, seul EDF possède encore la technologie pour construire de telles centrales. La filière est passée dans les mains russes et chinoises. Les Français devraient peut-être comprendre que ce n’est pas parce que l’EPR ne fonctionne pas (encore) que le nucléaire est mort.
LA RECHERCHE RENFORCERA LE NUCLÉAIRE
Bien entendu, comme dans toutes les bouches des anti-nucléaires, il ne peut manquer l’expression « énergie du passé ». C’est une rengaine idiote. Le nucléaire est au début son évolution : la puissance de l’atome n’a été exploitée que par une filière : celle de l’uranium. Il y en a d’autres qui peuvent être développées et, n’en déplaise aux opposants, la recherche sur le nucléaire est toujours en cours dans les laboratoires de pointe. Par exemple, pas plus tard que cette semaine, le gouvernement belge a décidé de financer la recherche du projet Myrrha. Aux USA, tant les administrations Obama et Trump ont financé et financent encore la recherche sur les Small Modular Reactors (SMR – Petits réacteurs modulaires). L’avantage de cette filière est que, notamment, grâce à la modularité et à la construction en atelier, le temps et le coût de construction en chantier est énormément réduit de même que le besoin en béton, qui représente environ 1/3 du coût d’une centrale. Le nucléaire est une énergie d’avenir contrairement au simplisme des anti-nucléaires.
De sorte que ce sont les pays où il n’y a pas de politique énergétique politiquement correcte et où le gouvernement – peut-être autoritaire – assure la visibilité sur le moyen terme qui sont aujourd’hui ceux qui investissent dans l’électronucléaire. La Chine et la Russie, qui ont gardé l’enthousiasme pour cette filière, supplantent aujourd’hui l’Union européenne en matière de technologie nucléaire.
En conclusion, le titre de l’article devrait être exactement l’inverse : si on avait laissé faire le marché on n’en serait pas là. Au lieu de cela, les gouvernements ont manipulé de fond en comble le marché de l’énergie en obligeant la production de l’énergie électrique la plus chère et en lui donnant même la priorité de dispatching sur le réseau. On a tué le marché de l’électricité puisque la production de renouvelable doit être subventionnée. Les centrales thermiques qui ne fonctionnent plus autant doivent aussi être subventionnées (c’est ce qu’on appelle le marché de capacité). On doit, si non subventionner, du moins garantir le prix de vente de la centrale nucléaire de Hinkley Point que EDF construit – avec des Chinois ! – au Royaume-Uni.
Je terminerai par une anecdote : un directeur de la Direction Générale de l’Énergie de la Commission européenne m’a dit lors de l’adoption du Protocole de Kyoto « le jour où ils s’apercevront qu’il n’y a pas d’autres solutions que le nucléaire pour réduire les émissions de CO2 ils diront qu’il n’y a pas de changement climatique ».
Cet article de Libération démontre encore une fois la détestation sans limite du nucléaire. Cette énergie qui permet à la France d’être presque le meilleur élève de l’UE en matière d’émissions de CO2. Derrière la Suède, où il n’y a pas pratiquement pas d’éoliennes et de panneaux solaires, mais bien du nucléaire, en dépit du référendum de mars 1980 jamais appliqué.
Le dernier ouvrage de Samuele Furfari est une œuvre de 1200 pages en deux volumes : « The changing world of energy and the geopolitical challenges« .
Voir furfari.wordpress.com
https://www.contrepoints.org/2018/09/14/325030-nucleaire-laissez-faire-le-marche?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=f6317febf6-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-f6317febf6-113970649&mc_cid=f6317febf6&mc_eid=7562c94020

11/09/18Electricité : Un coup de chaud souffle le froid
En se fiant aux statistiques des années précédentes, l’été 2018 devait être un grand cru et la production électrique atteindre des records. Contre toute attente, c’est l’inverse qui s’est produit. Les prix de production ont pris l’ascenseur pour remonter à des niveaux rarement atteints depuis plus d’une décennie à plus de € 9ct le kWh.
La très forte vague de chaleur n’est pas allée avec le dos de la cuillère et a fait dérailler l’ensemble du mix énergétique européen en passant par le solaire, le charbon, l’éolien et le nucléaire. Ce coup de chaud a jeté un froid.
Tous les types de production touchés
L’anticyclone, qui a campé sur l’ensemble de l’Europe, a réussi à paralyser les éoliennes de la Mer du Nord. Ainsi, l’Angleterre a ainsi eu droit à 11 jours consécutifs d’un flegme très british. Sur l’île, ce coup de mou a logiquement propulsé les prix à la hausse.
Du côté du solaire, sa performance dépend de l’ensoleillement et non pas de la chaleur. Au-delà de 25 degrés de température ambiante, le rendement des panneaux diminue. Ainsi dès 35 degrés (80 degrés au niveau des cellules) le rendement diminue de 30%. La balle est dans le camp des fabricants qui planchent déjà sur une parade à ce phénomène.
L’eau trop chaude des cours d’eau a limité la production d’électricité de certaines centrales nucléaires. Le précieux liquide, nécessaire à refroidir les réacteurs, ne joua plus son rôle.
Du côté du charbon thermique électrique, la forte hausse de la demande chinoise et indienne a poussé les prix de la tonne vers de nouveaux sommets. Les deux pays asiatiques, également frappées par une vague de chaleur, ont fait massivement appel au charbon pour faire tourner les installations d’air conditionné.
Hausse de la demande estivale
Alors que nous pensions que les tarifs estivaux pouvaient tendre vers zéro grâce à une surproduction bienvenue, le réchauffement climatique jette un coup de froid sur l’ensemble du mix de production mais il apporte un vent d’air frais pour les producteurs qui voient les prix augmenter.
Du côté de la demande, une tendance émerge. Notre planète devient invivable sans l’utilisation de gourmands systèmes de refroidissement. Historiquement, si c’est en hiver que les besoins sont les plus élevés (chauffage), l’été n’aura bientôt plus rien à lui envier.
En effet, durant les mois chauds, l’utilisation, de plus en plus massive de la climatisation, pourrait faire basculer cette tendance. Détail piquant, les véhicules électriques n’ont pas encore intégré cette équation.
Nous pensions voir la lumière au bout du tunnel, ce n’est peut être qu’un autre train qui arrive ou une colonne de voitures électriques. C’est selon.
Evolution prix du charbon été 2018
Source: trading view

10/09/18François de Rugy : « Il faut sortir de la guerre de religion sur le nucléaire »😡
Dans un entretien au « Monde », le ministre de l’écologie rejette les conservatismes et la radicalité, « les deux faces de l’impuissance ».
Vous avez accepté de succéder à Nicolas Hulot, ministre populaire et reconnu pour son engagement écologique. Comment comptez-vous réussir là où lui-même dit avoir échoué ?
Je suis conscient que ce n’est pas un ministère facile. Il recouvre des champs très variés avec de gros dossiers comme les transports, l’énergie ou la mer. Il me semble important qu’il ait gardé le même périmètre pour avoir tous ces leviers d’action. Nous sommes confrontés à de nombreuses transformations difficiles à conduire, parce qu’il y a des résistances, des oppositions, des conservatismes, des lobbys. Il peut y avoir le sentiment, et c’était le cas je crois pour mon prédécesseur, d’être seul contre tous.
Le président et le premier ministre m’ont demandé d’assumer cette responsabilité, alors qu’ils savaient que je n’y étais pas candidat. C’est un ministère de mission, j’ai près de quatre années utiles devant moi. Ma conviction, c’est qu’on peut obtenir des résultats avec de la détermination, avec de la méthode. L’écologie est, pour moi, l’engagement d’une vie.
Considérez-vous que Nicolas Hulot a manqué de patience et que vous réussirez, vous, en vous donnant le temps de mener à bien ces transformations ?
Dès le début, Nicolas Hulot a envisagé que ce serait pour un temps court. Je lui avais dit à plusieurs reprises de s’inscrire dans la durée. Il a fait un autre choix. Mais il a un bilan. Il a fait adopter un plan climat dans lequel est inscrite, par exemple, la fermeture accélérée des centrales à charbon. Il a mis en œuvre avec le ministère de l’économie et des finances – la preuve que l’on peut travailler avec lui – la prime à la conversion, qui permet d’inciter les ménages, particulièrement ceux aux revenus modestes, à acquérir des véhicules plus propres, neufs ou d’occasion. On va probablement atteindre en un an ce qui était prévu en deux ans et demi, c’est un très grand succès.
Il a engagé un plan national pour la biodiversité, il a fortement contribué à l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il a ancré l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim, alors qu’on avait beaucoup tergiversé lors du précédent quinquennat. Il a fait voter l’interdiction de toute nouvelle recherche et exploitation d’hydrocarbures sur le territoire français.
Où sont les résistances et les conservatismes que vous mentionnez ?
Il y a des gens qui ne veulent pas changer, qui défendent leurs intérêts, le statu quo. On parle de lobbys, mais l’expression est un peu réductrice, je préfère parler d’intérêts. Cette inertie peut être culturelle, économique, sociale, politique. Vous avez des élus qui freinent et sont parfois plus conservateurs que les citoyens. 70 % des Français souhaitent que l’écologie soit plus une priorité, et 90 % d’entre eux pensent qu’elle ne l’est pas assez aujourd’hui.
Je comprends tout à fait que l’on puisse dire que le changement écologique est beaucoup trop lent, mais je ne suis pas partisan du « noir c’est noir ». Je crois qu’il est plus motivant de montrer des choses qui marchent. Je préfère m’appuyer sur l’écologie positive plutôt que de promettre du sang et des larmes, discours qui finit par être démotivant pour les citoyens.
Que pensez-vous des marches pour le climat organisées samedi 8 septembre ?
Je salue ces mobilisations citoyennes. Plus que jamais, nous avons besoin que chacune et chacun se mobilisent pour le climat, à tous les niveaux : citoyens, associations, entreprises, élus locaux et nationaux. En tant que ministre, j’appuierai toutes les initiatives pour prendre les mesures fortes qui permettent d’atteindre les objectifs internationaux de lutte contre les dérèglements climatiques.
En démissionnant du gouvernement, Nicolas Hulot a affirmé qu’il avait un désaccord sur l’imminence et l’irréversibilité de la crise écologique. Partagez-vous ce sentiment ?
Il reste beaucoup à faire. Il y a des sujets lourds sur lesquels il va falloir trancher. L’énergie en fait partie, pas seulement la production, mais aussi la consommation, les transports, etc. Il y a des Français à convaincre, parce que la transformation écologique implique des changements profonds, par exemple pour les salariés quand une centrale à charbon ferme ou pour les automobilistes quand le prix de l’essence augmente.
Je m’inscris dans le projet de transformation pour lequel j’ai été élu député en 2017. Si la transformation se fait dans tous les secteurs sauf l’écologie, évidemment, cela sera sans moi. Mais si je ne travaille qu’avec des gens convaincus au préalable, je ne vais pas travailler avec grand monde. Le président de la République et le premier ministre ne viennent pas du mouvement écologiste. Est-ce que cela nous empêche de travailler ensemble pour faire avancer la transition ? Absolument pas.
Quelles ont été vos exigences avant d’accepter ce poste ?
J’ai demandé au président de la République si on se situait bien dans cette priorité de transformation écologique. J’ai toujours avec moi le programme électoral avec lequel j’ai mené campagne pendant des mois. Et dans celui-ci, on dit notamment qu’on donnera la priorité à la rénovation des bâtiments existants, aux transports du quotidien plutôt qu’aux investissements dans des infrastructures nouvelles. La transformation que cela exige, il faudra l’inclure dans la loi d’orientation des mobilités. Et au Parlement, je peux vous l’assurer, cela ne passera pas comme ça, facilement et sans débats !
Le programme présidentiel est-il votre feuille de route pour ce ministère ?
On ne va pas passer notre temps à cocher des cases ou à rayer des lignes. L’orientation, c’est la transformation écologiste. Je ne fais pas de la politique pour gérer l’existant. Je sais où se logent les conservatismes, je ne vais pas les affronter tête baissée, ce n’est pas ma méthode. Ma méthode, c’est le dialogue. Je préfère que les lobbys agissent à visage découvert. On peut tenir compte de leurs contraintes, mais sans dévier de l’objectif de changement.
Sur le glyphosate, par exemple, j’entends ce que disent les agriculteurs. Mais j’ai dit clairement : notre choix, c’est d’en sortir en trois ans en aidant les agriculteurs à le faire, car nous ne devons pas les mettre dans une impasse. Des études prouvent les effets sur la santé, la pollution durable des sols, donc on va en sortir.
Pourquoi, dans ce cas, ne pas avoir soutenu l’idée d’inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate dans les trois ans ?
J’étais au perchoir, je ne pouvais pas intervenir. Je l’ai dit à l’époque, je ne le renie absolument pas, cela aurait pu être dans la loi. Mais la formule retenue de la sortie négociée en trois ans me convient, elle se traduit de manière très concrète : le renouvellement des autorisations de mise sur le marché de produits contenant du glyphosate sera accordé pour une durée n’excédant pas trois ans.
Le nucléaire est-il encore une « énergie d’avenir », comme le disait Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle ?
Spontanément, ma réponse est non. Mais il faut sortir de la guerre de religion. L’important est de savoir quelles sont les données économiques dans le domaine du nucléaire et dans le domaine des énergies renouvelables. De savoir aussi quelles sont les données en matière de sûreté. Le risque nucléaire n’est pas un petit risque qu’on peut balayer d’un revers de la main.
Nicolas Hulot avait annoncé que l’objectif de 2025 ne serait pas respecté. Edouard Philippe a évoqué la date de 2035 comme nouvel objectif. Est-ce aussi votre position ?
Ce n’était plus possible de respecter l’objectif de 2025 [inscrit dans la loi de transition énergétique votée en 2015], sauf à augmenter les émissions de gaz à effet de serre françaises en maintenant, voire en ouvrant, des centrales à énergie fossile. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui sera présentée fin octobre devra trouver le chemin pour arriver à cet équilibre entre 50 % de nucléaire et 50 % d’énergies renouvelables dans le meilleur calendrier.
Pour atteindre cet objectif, doit-on faire figurer dans la PPE une liste de réacteurs à stopper et un calendrier de fermeture ?
On ne peut pas toujours renvoyer les choix à plus tard. On dira les choses de façon assez précise, avec des étapes, en gardant en tête qu’on peut obtenir des améliorations technologiques, comme sur le stockage d’énergie, par exemple, ce qui augmenterait encore la compétitivité des énergies renouvelables. Quoi qu’il en soit, il faudra arrêter d’autres réacteurs que Fessenheim, qui a été l’objet de ma première réunion de travail ici avec des élus de la région, le directeur de la centrale, le coordinateur du projet et le secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu.
EDF demande que l’Etat s’engage rapidement sur la construction d’un nouvel EPR en France. Y êtes-vous favorable ?
Il faudrait déjà qu’EDF fasse la démonstration que l’EPR fonctionne, ce qui n’est pas encore le cas. Personne n’est capable de garantir sa date de mise en service. Il faudrait également démontrer que l’EPR est compétitif au niveau des coûts.
M. Hulot avait dit qu’il fallait réfléchir à l’« architecture » d’EDF. Etes-vous de cet avis ?
J’ai quelques idées sur la question. On en reparlera avec le président de la République, avec le premier ministre, avec les principaux concernés. Je ne suis pas pour le changement par principe, mais je pense que le statu quo n’est pas dans l’intérêt de l’Etat et de l’entreprise. Il faut vraiment tout regarder, pas seulement le sujet de la transition énergétique, mais aussi l’endettement de l’entreprise, et cela peut en effet inspirer des évolutions.
Estimez-vous que le projet minier de la Montagne d’or, en Guyane, doive être revu ?
Le projet devra être revu de fond en comble et nous serons amenés à trancher rapidement. Mais nous serons respectueux des procédures et des élus locaux. La Commission nationale du débat public vient de rendre un rapport, des données objectives doivent être prises en compte : des éléments de biodiversité, des éléments de pollution, des éléments énergétiques, économiques et financiers.
Etes-vous satisfait des prévisions de budget 2019 de votre ministère ?
C’est le ministre de l’action et des comptes publics qui présentera les différents budgets, mais cela a déjà été dit, mon budget sera en hausse. C’est un engagement concret. L’énergie et les transports, cela demande des investissements. Mais je ne veux pas non plus qu’on diffuse l’idée que l’écologie, c’est toujours plus de dépenses.
J’ai lu des appels d’économistes expliquant qu’il fallait mobiliser des centaines de milliards. Si c’est cela, on n’y arrivera pas, car on connaît les équations budgétaires. Lorsque je dis que l’écologie et l’économie marchent la main dans la main, c’est dans tous les sens du terme, y compris que l’écologie permet de faire des économies.
La France a-t-elle un rôle à jouer dans l’Union européenne pour convaincre ses partenaires d’engager leur transition énergétique ?
S’il y a bien un domaine dans lequel il est important d’approfondir la construction européenne, c’est l’écologie, et notamment l’énergie, ce qui ne veut pas dire mener une politique depuis Bruxelles, appliquée partout sans distinction. Le mix énergétique global de l’Europe n’est pas si mauvais comparé au reste du monde, mais il cache de fortes disparités nationales. On a tout intérêt à se coordonner, par rapport à nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre mais aussi en termes économiques.
Accepteriez-vous de recevoir Thierry Coste, le lobbyiste des chasseurs ?
Je ne l’ai jamais rencontré. J’écouterai les positions de chacun, y compris celles des chasseurs au travers de leur fédération bien sûr. C’est ma méthode : dialoguer, rechercher des solutions partagées et à la fin trancher, sur la chasse comme sur les autres sujets.
Serez-vous aussi un ministre des coups de gueule, comme Nicolas Hulot l’a parfois été ?
Si tous ceux qui ont salué son départ avaient autant donné de la voix quand il avait besoin d’être soutenu, cela aurait facilité des choses. Il faut tout le temps rechercher des soutiens. Il y a tellement de gens qui adorent quand le ministre de l’écologie est isolé, qui adorent quand les écologistes sont très radicaux, marginaux et minoritaires. Le conservatisme et la radicalité sont les deux faces de la même médaille, celle de l’impuissance et de l’inaction. Ce que je veux, c’est une écologie qui agit.

10/09/18“LES PRIX FRANÇAIS DE L’ÉLECTRICITÉ SONT DE 16 À 17% MOINS ÉLEVÉS QUE LA MOYENNE EUROPÉENNE” (TRIBUNE)
Plusieurs médias ont fait état en août 2018 “d’une première étude d’Eurostat ” indiquant que le prix de l’électricité pour les ménages français était plus élevé que dans quinze pays de l’Union Européenne. La France serait-selle désormais “dans la moyenne haute” des prix de l’électricité européenne, notre nucléaire a-t-il perdu sa capacité à produire à prix bas ? Une tribune de Lionel Taccoen, directeur de la Lettre “Géopolitique de l’Electricité”.
Les données citées relèvent du tableau des prix de l’électricité “nrg_pc_204” d’Eurostat qui fournit le prix du kWh observé moyen par pays chaque semestre, par catégorie de consommateurs, toutes taxes comprises et hors taxes. Ces données sont transmises par les Etats membres. Le tableau permet des comparaisons des prix et de leurs évolutions. Il ne s’agit donc pas “d’une première étude d’Eurostat”, mais de relevés semestriels publiés depuis plus de dix ans, le dernier étant celui du second semestre 2017. Il est heureux que BFM et Le Figaro se soient aperçus de leur existence et qu’ils en fassent désormais profiter les Français.
Le prix français de l’électricité “dans la moyenne haute” ?
Il est exact que la plus grande partie des familles de seize pays de l’UE, et non quinze, payent leurs kWh moins chers qu’en France. Ce n’est pas nouveau. Il s’agit pour la plupart des pays de l’Est européen additionnés de la Grèce. Les factures d’électricité sont liées au niveau de vie plus bas que chez nous. Des émeutes suivies de la chute du gouvernement ont suffi en Bulgarie pour rappeler que le courant doit rester bon marché. En dehors de ces pays, les familles de quelques nations paient moins ou à peu près comme en France. Eliminons Malte et le Luxembourg à la population trop faible pour être significatifs. Restent les Pays Bas et la Finlande. Les premiers disposent de gaz local à bas prix utilisé pour produire du courant. Le nucléaire chez le second fournit près du tiers des besoins.
Le plus important n’est pas là : les seize pays où les familles payent moins cher qu’en France représentent moins de 140 millions d’habitants sur les 510 millions de l’U.E. 300 millions d’Européens payent plus cher que les Français. Eurostat confirme : les prix français sont de 16 à 17% moins élevés que la moyenne européenne. Notre pays n’est pas « dans la moyenne haute de l’Europe », mais sa situation se dégrade.
En 2010, Eurostat indique que les prix français de l’électricité étaient 31% moins élevés que la moyenne de l’UE. Que s’est-il passé ? On se reportera à notre Lettre d’octobre 2017 intitulée “La politique française de l’électricité… » : (Sur www.geopolitique-electricite.com ). En deux mots : hors inflation, les prix français ont cru de 21% de 2010 à 2016. On peut distinguer quatre postes dans les factures d’électricité : les taxes, le coût de l’acheminement (transport et distribution), la production et les frais de commercialisation. Prenons les données de la Commission de Régulation de l’Electricité. Hors inflation, les coûts de production et de commercialisation sont restés à peu près constants, voire ont un peu baissé pour la production. Ils représentaient en 2017 respectivement 29% et 6% du total. Par contre les taxes ont bondi et sont désormais le poste le plus important avec 35%. Le coût de l’acheminement a également augmenté et représente 30%. L’augmentation des taxes vient surtout des aides aux renouvelables qui ont littéralement explosé. Pour l’acheminement, les renouvelables sont également en cause. Comme l’écrit RTE (le réseau de transport), presque le tiers de ses investissements sont aujourd’hui consacrés à l’adaptation du réseau « à la transition énergétique » donc principalement à l’arrivée des renouvelables intermittents (solaire et éolien).
La France perd progressivement ses prix de l’électricité attractifs dus au nucléaire. La raison n’est pas une perte de compétitivité de ce dernier, mais l’augmentation des aides aux renouvelables intermittents.
Le prix allemand de l’électricité
Le même tableau d’Eurostat annonce que l’Allemagne est depuis le second semestre 2017 le pays de l’Union Européenne où le kWh pour les gros bataillons des ménages est le plus cher : 30,48 centimes d’euros (le double du prix français) contre 30,10 centimes au Danemark, son grand rival dans le domaine. Le Danemark a un avantage sur l’Allemagne qui a finit par jouer. Pour éviter les coupures dues aux renouvelables intermittents, l’Allemagne entretient à grand frais un parc de centrales à combustibles fossiles hypertrophié. Le think tank Agora Energie wende, inspirateur de la transition énergétique allemande a rassuré début janvier 2018 en affirmant que le pays éviterait les délestages grâce à ces centrales classiques maintenues en état. Le petit Danemark voisin évite ces dépenses en partie en utilisant les centrales classiques de ses voisins pour compenser les sautes de vent de ses éoliennes.
Comment l’Allemagne avec de tels coûts peut-elle exporter du courant et garder une industrie compétitive ?
Comme dit Sherlock Holmes : « Elémentaire, mon cher Watson ». Le coût des renouvelables est payé Outre Rhin par une taxe spécifique non payée à l’étranger. Les industries allemandes dont les coûts de production pourraient être gênés par cette taxe sont dégrevées pour un montant annuel supérieur à 2 milliards d’euros/an. Ces entreprises, comme l’étranger reçoivent l’électricité allemande au prix donné par la combustion du lignite allemand et du charbon local ou américain, tous aussi bon marché que polluants.
Allemagne, Danemark, et Australie du Sud, ont pour les Etats avancés les prix du courant les plus élevés au monde. La part des renouvelables intermittents (solaire et éolien) y est aussi la plus haute. Comme dit le média financier Forbes “Pourquoi les renouvelables si bon marché donnent-elles de l’électricité si chère ?”

https://lenergeek.com/2018/09/10/prix-electricite-france-allemagne-lionel-taccoen/

05/09/18 : Plaidoyer pour un nucléaire propre
Pour les deux auteurs, on ne parviendra pas à lutter contre le réchauffement climatique en se privant de l'énergie nucléaire.
L'été chaud que nous venons de vivre souligne l'urgence d'une réflexion et d'une action concernant notre mode de vie et, singulièrement, notre façon de produire de l'énergie. C'est à cette réflexion, centrée sur la France, que contribuent savamment Dominique Louis et Jean Louis Ricaud dans "2050, la France sans carbone". Ingénieurs de formation, les auteurs abordent le problème énergétique de façon à la fois synthétique et détaillée. Ils commencent par un recensement des besoins. Malgré des efforts d'économie et une certaine réduction de la consommation énergétique liée à la désindustrialisation, le besoin d'ici le milieu du siècle va continuer à croître, du fait en particulier de la généralisation du numérique, généralisation qui réclame de plus en plus d'électricité. Partant de ce constat, les auteurs explorent de façon systématique les différents moyens de produire de l'électricité.
La réponse ? Le nucléaire
Cheminant de l'utilisation de la biomasse au photovoltaïque en passant par la combustion du charbon et du gaz et par la consolidation du nucléaire, les auteurs arrivent à trois conclusions. La première est que le réchauffement climatique exige l'abandon rapide du charbon et ne permet de recourir - parmi les énergies fossiles - qu'au gaz, sous forme de centrales d'appoint pour les périodes de pointe ; la deuxième est que les énergies renouvelables, que ce soit l'éolien, le solaire ou l'hydraulique, pour utiles qu'elles soient, ne peuvent répondre entièrement au problème ; la troisième est que la France doit donc conforter son parc nucléaire et notamment sauvegarder les savoir-faire dans ce secteur. Ecrit sur un ton didactique dont le but est manifestement de convaincre sans polémiquer, le livre atteint plutôt cet objectif, même s'il est clair qu'il n'échappera pas à la vindicte des adversaires de l'atome.
"2050, la France sans carbone" de Dominique Louis et Jean Louis Ricaud , Editions Fayard, 252 pages, 18 euros
https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/plaidoyer-pour-un-nucleaire-propre_2033279.html


03/09/18 : 50 % de nucléaire sans coupures d’électricité, c’est possible ?

Après le départ de Nicolas Hulot du gouvernement Macron, nombre d’articles sont revenus sur le bilan du ministre démissionnaire. Parmi les dossiers difficiles qu’il aura eus à aborder, figure la question de la baisse du nucléaire à atteindre à l’horizon 2025-2035. Cet objectif figure dans la loi de transition énergétique votée en 2015. Mais fin 2017, Nicolas Hulot admettait qu’il serait « difficile » d’atteindre un tel objectif pour 2025.
La prise en compte de cette difficulté intervenait après la publication par RTE, le service public qui gère le réseau de transport d’électricité en France, de plusieurs scénariosimaginant cette transition énergétique dans l’Hexagone ; l’un des principaux objectifs étant donc de faire baisser la part du nucléaire à 50 % d’ici 2035 (elle est aujourd’hui de 75 % environ) dans le mix électrique français – en fermant des centrales nucléaires et en développant les énergies renouvelables.
Pourquoi cet objectif de 50 % ? On ne peut pas ici invoquer l’Accord de Paris sur le climat puisque la production d’électricité nucléaire émet très peu de gaz à effet de serre. Inscrit dans la loi de transition énergétique de 2015, cet objectif était l’un des soixante engagements du candidat Hollande à la présidentielle de 2012. Après la catastrophe de Fukushima, qui a frappé le Japon en 2011, la dépendance de la France vis-à-vis du nucléaire et les questions de sûreté (des centrales vieillissantes au stockage des déchets) liées à cette exploitation s’étaient posées avec une acuité renouvelée.
À l’heure où la relance de la construction des centrales nucléaires revient dans l’actualité, il est intéressant de reprendre ces différentes hypothèses proposées par RTE.
Quatre scénarios pour 2035
Baptisés Ampère, Hertz, Volt et Watt, ces scénarios concernent donc l’année 2035 (un autre, appelé Ohm, s’intéressait spécifiquement à l’année 2025). Ces quatre hypothèses prévoient essentiellement de remplacer une partie du parc nucléaire par des éoliennes et des panneaux solaires. Deux des quatre scénarios prévoient une stabilité de la consommation d’électricité française, deux autres une baisse de 9 % environ. Certains se permettent une hausse de la production d’électricité d’origine fossile émettrice de CO2, d’autres envisagent une baisse.
L’électricité se stockant difficilement, on doit adapter en permanence la production à la consommation grâce à des moyens pilotables : la puissance des centrales nucléaires, fossiles et hydrauliques est ainsi ajustée de façon continue selon les besoins des utilisateurs.
Remplacer ces sources d’énergie par des moyens dont la production dépend du vent et du soleil constitue un réel challenge et nécessite de les multiplier. RTE considère en effet pouvoir compter la plupart du temps sur 10 % de la puissance éolienne installée. Il faut donc installer 10 éoliennes pour espérer avoir en permanence au moins la puissance d’une seule.
Tripler le rythme d’installation des éoliennes
Ampère est le plus commenté des scénarios, notamment parce qu’il aboutit à une baisse des émissions de CO2 sans baisse de la consommation électrique des ménages français ; il prévoit une production d’électricité à 46 % nucléaire, 50 % renouvelable et 4 % fossile.
Dans cette hypothèse, la production d’électricité augmenterait de 20 % malgré une stagnation de la consommation. Car l’objectif vise 50 % de la production d’origine nucléaire, et non 50 % de la consommation. En augmentant les exportations, la production nucléaire représenterait encore 61 % de la consommation française mais moins de 50 % de la production
Certains voient dans ce dispositif l’influence du lobby nucléaire qui aurait trouvé là un moyen de fermer le moins possible de réacteurs. Mais l’irrégularité de la production éolienne et solaire nécessitant de multiplier les moyens de production pour en avoir toujours un minimum quand il y a peu de vent/soleil, il y aurait aussi des moments où cette production serait trop importante et devrait donc être exportée. L’augmentation de 213 TWh de la production renouvelable ne permettrait ainsi qu’une baisse de 90 TWh de la production nucléaire.
La puissance totale installée, qui désigne le nombre de dispositifs de production d’électricité, augmenterait de 62 % (passant de 129 GW à 209 GW) ! Il faudrait donc augmenter considérablement les moyens de production pour une même consommation. Les éoliennes et panneaux solaires ajoutés viendraient essentiellement rejoindre, et non remplacer, les autres moyens de production. Il faudrait ainsi tripler le rythme d’installation des éoliennes et doubler celui du photovoltaïque. RTE souligne qu’il s’agit là d’une « trajectoire ambitieuse », nécessitant « un changement de dimension par rapport à l’état actuel ».
La consommation d’électricité annuelle stagnerait malgré la croissance de la population, une croissance économique de 2 % par an et plus de 15 millions de véhicules électriques à recharger. Le principal argument invoqué est l’amélioration de l’efficacité énergétique, c’est-à-dire l’usage de technologies moins consommatrices. Pourtant la consommation française stagne depuis 2008 mais ne baisse pas, alors que la croissance économique a été bien inférieure à 2 % et que le véhicule électrique s’est très peu développé. Il est d’ailleurs souhaitable, pour diminuer les émissions de CO2 et autres polluants, de remplacer des consommations d’énergie sous forme de pétrole et de gaz par des consommations d’électricité.
RTE considère également dans ce scénario 700 000 rénovations de logements par an qui seraient mieux isolés. En 2012, l’État français avait fixé l’objectif de rénover 500 000 logements chaque année, cet objectif a été repris en 2015 et récemment en novembre 2017. Mais il n’a jamais été atteint : on rénove moins de 400 000 logements chaque année, et à un niveau généralement bien insuffisant.
La pointe de consommation, c’est-à-dire la consommation maximale à un moment donné lorsque de nombreux appareils électriques fonctionnent, devrait diminuer car la production éolienne et solaire ne serait pas forcément présente au bon moment. RTE donne l’exemple d’un jour d’hiver peu venté où la puissance consommée par la France s’élèverait à 84GW : il serait alors nécessaire d’importer 9 GW d’électricité produite à l’étranger. On suppose donc que nos voisins seraient en mesure d’exporter… or il y a de fortes chances que la production éolienne et solaire soit également faible chez eux.
Des risques de défaillances
Dans le scénario Ampère, RTE souligne que les épisodes de températures très faibles, entraînant une pointe de consommation, s’accompagnent souvent d’une production éolienne réduite. Malgré cela, RTE précise que « l’équilibre offre-demande durant les situations de consommation forte repose nécessairement sur une contribution de l’éolien », que la probabilité de défaillance peut atteindre 30 % pour des puissances appelées supérieures à 94 GW et de 60 % pour une consommation supérieure à 101 GW. Or la pointe de l’année 2017 a été de 94 GW et la pointe historique française à 102 GW ne date que de 2012.
RTE confirme d’ailleurs qu’il y aura des coupures d’électricité et que « le système électrique français n’est plus en situation de « passer » une vague de froid comme celle de février 2012 sans appel aux leviers exceptionnels voire au délestage. » On peut également lire qu’« en 2035, sur les 1000 cas simulés, 44 % présentent au moins une heure de défaillance et 5 % contiennent plus de 10h de défaillance ».
La question des émissions de CO2
Le scénario Volt est celui qui utilise le moins le gaz, et permet donc de diminuer davantage les émissions de CO2. Mais il suppose une consommation d’électricité annuelle en baisse de 9 % et, surtout, il maintient la part du nucléaire dans la production à un niveau plus élevé de 56 %. On le comprend, le risque de défaillance du réseau électrique est ici plus faible.
Le scénario Hertz prévoit moins de production nucléaire, mais davantage de production s’appuyant sur le gaz, d’où des émissions de CO2 proches du niveau actuel et un risque de défaillance plus élevé.
Le scénario Watt aboutit à seulement 11 % de nucléaire, supposant une baisse importante de la consommation (-15 %) et un doublement de la production fossile, donc une nette hausse des émissions de CO2 (+45 %). Il nécessite les effacements de consommation les plus importants (on rémunère de gros consommateurs industriels pour qu’ils décalent leur consommation), ce qui n’empêche pas un risque de défaillance très élevé – de 85 % – lors de pics de consommation à seulement 89 GW.
En résumé, pour remplacer une partie des centrales nucléaires ou fossiles par des moyens éoliens et solaires, il faudrait accepter davantage d’effacements de consommation et parfois des coupures, augmenter considérablement la puissance totale installée et les lignes de transport, réduire la consommation annuelle et les pointes, et que nos voisins puissent nous acheter de l’électricité lorsque nous en produisons trop et nous en vendre lorsque nous en manquons. En comparant les scénarios, on constate que plus on diminue la part du nucléaire, plus on émet de CO2 et plus le risque de coupure est élevé.
Bertrand Cassoret a fait paraître, en mars 2018, « Transition énergétique, ces vérités qui dérangent »aux éditions Deboeck.
http://theconversation.com/50-de-nucleaire-sans-coupures-delectricite-cest-possible-98212

28/08/18Electricité renouvelable : quelles sont les régions les plus vertes de France ? 😠😡😏
https://selectra.info/energie/actualites/expert/electricite-renouvelable-regions-plus-vertes-france

22/08/18Energie: ce que pèse l'éolien face au nucléaire
Les Français doutent de la capacité des éoliennes à supplanter l'énergie nucléaire. Capacité de production, coût, fiabilité: que disent réellement les chiffres sur l'énergie éolienne?
Les éoliennes sont toujours aussi contestées en France. L’auteur-illustrateur Philippe Dumas a publié cet été un pamphlet contre ce qu'il dépeint comme des "envahisseuses de béton". Interrogé sur le même sujet, Xavier Bertrand n'avait pas eu de mots assez durs sur notre antenne, le 14 août dernier. À la tête de la région la plus dotée en éoliennes, les Hauts-de-France, l’élu ne croit pas du tout à l'intérêt de l’énergie éolienne:
"Laissez-nous développer le solaire et la méthanisation, vos kilowatts en énergie renouvelable, on vous les propose, mais autrement."
Pour ses détracteurs, les longues tiges coiffées de pales ne sont pas une alternative viable au nucléaire. Trop chère, trop soumise à la météo, l’énergie éolienne ne justifierait pas de sacrifier les paysages hexagonaux. Mais que disent réellement les chiffres?
Quelle capacité de production?
L’éolien représente la quatrième source d’énergie en France, dernière l’hydraulique et la combustion d’énergie fossile. En termes de production instantanée, les 1.655 parcs éoliens peuvent au maximum délivrer 13.559 mégawatts, contre 63.130 pour les 58 réacteurs nucléaires encore en marche. Individuellement, une éolienne ne peut emmagasiner que 1,6 à 3 mégawatts d’électricité. Pour remplacer totalement le nucléaire, il faudrait donc en théorie 26.300 tiges de métal.
Néanmoins, les progrès techniques permettent de rendre les éoliennes toujours plus puissantes. A ce titre, la Fédération de l’énergie éolienne (FEE) estime qu'à l'avenir 18.000 unités seraient suffisantes à l’horizon 2050 pour arriver à 100% 
d’énergie renouvelable.
De gros écarts de production d'une journée à l'autre
La production journalière d’énergie éolienne est très variable. Le jour le plus venteux de 2017, le 31 décembre, les pales ont fourni au total 467.982 mégawatts d’électricité, contre 17.328 le jour le plus calme, le 26 octobre. Soit à peine un peu plus que leur capacité instantanée maximale évoquée juste avant. Selon les chiffres de l'Ademe, les éoliennes tournent à plein régime seulement 2.400 heures par an, soit 27% du temps.
Quel coût de production?
Grâce aux avancées technologiques, l’éolien coûte désormais aussi peu cher que le nucléaire. Les éoliennes de nouvelle génération nécessitent maintenant entre 57 et 79 euros par mégawattheure, toujours d'après les estimations de l’Ademe, contre 63 euros pour le nucléaire, dont le coût de production est en hausse selon la Cour des comptes. Globalement, l'éolien est de plus en plus rentable 
comparé au photovoltaïque.
Reportage en ligne
https://www.bfmtv.com/planete/infographie-energie-ce-que-pese-l-eolien-face-au-nucleaire-1506403.html

21/08/18Nicolas Hulot, idéologue anti-nucléaire
Un vent de fronde
S’est levé ce matin
Je crois qu’il gronde
Contre l’éo-li-en.
Je dois, tout d’abord, solliciter l’indulgence des lecteurs pour ce mauvais pastiche d’un couplet des frondeurs du XVIIe siècle. Mais le pardon peut-être accordé, je vais passer aux choses sérieuses et parler de M. Hulot
Nicolas Hulot, ministre de la Transition énergétique, n’est pas un ingénieur ; c’est un idéologue.
Or, il n’est jamais bon de laisser l’idéologie s’installer là où les problèmes sont purement techniques.
La technologie n’est pas l’endroit où règne la passion, mais celui où prévalent autant qu’il est possible le raisonnement et l’objectivité.
C’est que la question d’une transition énergétique ne laisse pas d’être ambiguë.
Comme un tabouret boiteux qui repose sur deux pieds porteurs et un troisième trop court, elle repose sur trois pattes, disons trois constats.
Deux sont rationnels et le troisième émotionnel.
Les constats rationnels sont ceux que chacun peut faire par simple bon sens.
Ce sont l’épuisement inéluctable, quoique lointain, des ressources et les pollutions qui sont générées. Donc foin de charbon, du pétrole et du gaz, surtout celui qui se cache dans les schistes.
Le troisième pied, le boiteux, concerne le nucléaire, celui qui fait peur.
Le nucléaire fait peur à cause des déchets dont on ne sait que faire, du caractère incontrôlable des accidents qui peuvent survenir et surtout de son péché originel indélébile qui a pour nom Hiroshima et Nagasaki.
Les tenants du concept de transition énergétique ont deux armes dans leur carquois : le solaire et l’éolien, ces chevaliers blancs de la production d’énergie du futur.
Que ces deux sources soient intermittentes et aléatoires, que leur potentiel soit notoirement insuffisant pour satisfaire les besoins d’une humanité de plus en plus nombreuse et de plus en plus gourmande en confort est superbement ignoré par leurs promoteurs (dont justement M. Hulot).
M. Hulot veut donc des éoliennes, point, trait, barre.
Cette attitude est puérile et irresponsable, mais elle est en phase avec une opinion populaire saisie viscéralement par la peur.
Car, pour tout dire, il faut bien voir que le peuple a plus que peur ; il a la trouille, la sainte trouille verte qui a pris la place de la peur bleue de jadis.
En bon démagogue, M. Hulot en profite pour pousser son landau. Il va donc doubler le nombre des éoliennes, na !
Entendons-nous bien.
Il ne faudrait pas déduire de ces quelques lignes que je sois un idolâtre inconditionnel de l’énergie nucléaire.
Je n’en range pas les inconvénients dans le tiroir où cohabitent mépris et oubli, mais je constate lucidement une évidence : c’est le seul, vraiment le seul, moyen d’assurer, pour l’avenir proche, mais aussi lointain, les volumes d’énergie qui permettront à l’humanité de survivre et aux populations aujourd’hui défavorisées (c’est-à-dire sous-équipées) de sortir la tête hors de l’eau.
Ce n’est pas moi qui le dis, mais une voix incontestablement compétente, celle de Sir Fred Hoyle, prix Nobel de physique, anobli par la reine d’Angleterre pour ses éminentes contributions scientifiques
Comme toutes les inventions humaines, les technologies nucléaires sont imparfaites et devront faire des progrès, peut-être remettre en cause leurs filières actuelles, la taille des unités de production, que sais-je encore ?
Mais, au lieu d’attendre naïvement que le vent se lève, les hommes politiques (même si ce sont des femmes) devraient aujourd’hui investir dans la sécurité nucléaire et, parallèlement dans la maîtrise de la peur, cette mauvaise conseillère, qu’il ne faudrait pas confondre avec la prudence.
Or, M. Hulot n’est pas parti pour regarder les réalités en face. Il se refuse de les voir ; il a peur.
La guerre énergétique, comme toutes les guerres, ne sera pas gagnée par des généraux qui ont peur.
M. Hulot va donc perdre la sienne qui, hélas, est également la nôtre.
Paul Turbier
http://www.libertepolitique.com/Actualite/Coup-de-projecteur/Nicolas-Hulot-ideologue-anti-nucleaire

03/08/18La transition énergétique face au principe de réalité
LE CERCLE/POINT DE VUE - La transition énergétique, telle qu'elle est envisagée aujourd'hui, est impossible à mettre en oeuvre au regard des moyens techniques dont nous disposons.
La lutte contre le réchauffement climatique n'est plus seulement une priorité, mais une urgence. Les eaux montent, les coraux disparaissent, les grandes tempêtes se lèvent. On applaudit les nations vertueuses, comme le Portugal ou la Norvège, en citant leurs performances dans les énergies alternatives. On nous parle aussi de réseaux intelligents, censés gérer les intermittences des énergies renouvelables et nous amener à un monde post-fossile et post-nucléaire.
Pourquoi, alors, le Japon, hôte du protocole de Kyoto, et l'Allemagne, pionnière de la réflexion environnementale, se tournent-ils vers le charbon comme substitut de l'énergie nucléaire ? Pourquoi les Etats-Unis relancent-ils la production de ce combustible ? Pourquoi la France repousse-t-elle son objectif de 50 % d'énergie électrique en renouvelable ? Nos dirigeants manquent-ils de discernement ?
La réponse est non. Ces atermoiements sont le fruit d'un principe incontournable, auquel le gouvernement allemand lui-même a finalement dû se résigner : le principe de réalité. Les énergies alternatives, telles qu'investies en ce moment, ne permettent pas de se substituer aux énergies fossiles et nucléaires : c'est mathématiquement impossible !
Faux-semblantsComment expliquer, alors, que le Portugal parvienne à produire plus d'énergie verte qu'il n'en consomme ? En réalité, ce record ne porte que sur sa filière d'énergie électrique (soit à peine 13 % de sa consommation), dont la part belle du renouvelable reste l'hydraulique, en bénéficiant d'un facteur de charge éolien maximal dans un pays essentiellement côtier, et sans possibilité de stockage du surplus.
Et la Norvège et ses 50 % d'énergies alternatives ? Elles proviennent essentiellement de l'hydroélectricité, dans un pays de fjords, de lacs et de montagnes dont la superficie est comparable à la nôtre, mais avec une population douze fois moindre.
"Il faudrait planter intégralement tout le littoral métropolitain d'éoliennes."
Ces deux exemples sont des faux-semblants. Car si l'on applique les calculs les plus simples pour la France, on aboutit pour notre consommation électrique actuelle (570 TWh) à la construction de 50.000 kilomètres carrés de parc éolien, ou de 5.000 kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques. Le double en prenant en compte la consommation énergétique totale en vue de l'arrêt des énergies fossiles.
Autrement dit, il faudrait planter intégralement tout le littoral métropolitain d'éoliennes sur une largeur de plusieurs dizaines de kilomètres, ainsi que la totalité des sommets montagneux. Ou alors recouvrir jusqu'au moindre brin d'herbe plusieurs départements. A titre de comparaison, la totalité du parc nucléaire français occupe environ 60 kilomètres carrés seulement.
Tout cela semble absurde et c'est bien la preuve que la transition énergétique, telle qu'elle est envisagée, est impossible avec les techniques actuelles. Faut-il pour autant renoncer aux énergies alternatives ? Certainement pas ! Ce choix ne représente pas un avenir durable.
Capter l'énergie naturelle
La virginité relative des énergies douces, la vision trop lointaine de la saturation des sites, la spécialisation des experts et la concurrence des acteurs scientifiques et économiques conduisent à un manque total de synergie sur les lieux même de production du renouvelable à grande échelle.
Or, c'est justement sur la récolte simultanée de ces énergies qu'il faut travailler. Ainsi les rendements augmentent, les intermittences sont lissées, les coûts baissent ainsi que les emprises nécessaires. Car l'énergie brute est bien là et en abondance. Le rayonnement solaire sur terre représente dix mille fois les besoins énergétiques humains ! Il crée de la biomasse et de la chaleur. La chaleur génère le vent, les nuages, la pluie. L'énergie ne se perd pas, elle se diversifie.
Il faut donc apprendre à capter l'énergie naturelle. La transition énergétique ne peut aboutir que par une multidisciplinarité à longue échéance. Cela implique une constante volonté politique en ce sens. Il est urgent de casser les silos, d'écouter les idées transverses et de soutenir les approches « synergétiques » !
https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0302009399680-la-transition-energetique-face-au-principe-de-realite-2196145.php

31/07/18
La vague de chaleur conduit les gouvernements (même anti) à revenir au nucléaire
Cet article a d'abord été publié en anglais sur le site Forbes le 26 juillet.
Pour faire face à une vague de chaleur record qui a augmenté partout dans le monde la demande en électricité pour alimenter les climatiseurs, même les gouvernements connus pour leur politique défavorable à l’énergie nucléaire se tournent vers cette énergie.
Pour répondre à une demande d'électricité croissante, le gouvernement sud-coréen a annoncé la semaine dernière qu'il ferait passer le nombre de réacteurs nucléaires en exploitation de 14 à 19, relançant même deux réacteurs qui devaient être fermés cet été pour maintenance.
De son côté, l’Allemagne compte fortement sur ses centrales nucléaires restantes et ses centrales au charbon, y compris en pleine journée lorsque la production photovoltaïque est maximale. La raison ? L’absence de vent.
En juin, à Taiwan, le gouvernement, qui prévoit d’arrêter le nucléaire d’ici 2025, avait dû redémarrer un réacteur nucléaire fermé pour répondre à la demande. L'année dernière, l’île connaissait un blackout sans précédent, privant d’électricité sept millions de foyers.
Au Japon, en prévision des pics de demande estivaux, le gouvernement a accéléré le redémarrage des réacteurs nucléaires fermés après Fukushima. Depuis mars, la capacité nucléaire japonaise a presque doublé.
Le recours de ces gouvernements au nucléaire montre les limites des énergies renouvelables et des politiques d’économies d’énergie
Après l’accident de Fukushima en 2011, le Japon a fermé ses centrales nucléaires et investi massivement dans les économies d’énergie et l’efficacité énergétique. Les limites de ces efforts ont été ressenties fin juillet, les ventes de climatiseurs étant jusqu’à 70 % plus élevées que l'année dernière.
La Californie a dépensé des milliards dans des programmes d’économies d’énergie et d’efficacité énergétique mais s'est retrouvée la semaine dernière contrainte de demander aux résidents de réduire leur consommation d'énergie pendant la canicule. « Prévoyez un endroit où aller si vous n’avez plus d’électricité » a ainsi prévenu un expert de l’équivalent américain de Météo France.
Depuis mars, la capacité nucléaire japonaise a presque doublé.
L'énergie solaire de la Californie a d’ailleurs été d'une utilité limitée. Le San Diego Union-Tribune rappelle ainsi que « la production solaire s’arrête au moment où les consommateurs d'énergie rentrent du travail, allument leurs climatiseurs et utilisent des appareils qui consomment beaucoup d'énergie, tels que les machines à laver ou des sèches linge. »
A ce problème s’ajoute le fait que les panneaux solaires produisent moins d'électricité lors les vagues de chaleur. Les experts rappellent ainsi que « selon les normes de fabrication, une température de 25°C est la température température optimale de fonctionnement des panneaux solaires. C'est à cette température que les cellules solaires sont capables d'absorber la lumière du soleil avec une efficacité maximale. »
Dans les climats chauds, explique le Times, « des températures estivales de 50 ° C, combinées à l'accumulation de poussière, peuvent réduire de plus de moitié l'efficacité d'un panneau photovoltaïque ».
Dans ce contexte, les prix de gros de l'électricité en Californie ont augmenté à un tel niveau qu’ils dépassent parfois les 1000 $ par mégawattheure, soit 30 fois plus que le prix moyen constaté un an plus tôt.
A LIRE AUSSI
Construire de nouvelles centrales nucléaires pour lutter contre le changement climatique
En Corée du Sud, les médias ont critiqué le gouvernement, l’accusant d’avoir sous-estimé la demande d'électricité afin de justifier ses politiques antinucléaires. « De tels échecs dans la prévision de la demande en électricité suggèrent que le gouvernement a arbitrairement abaissé ses estimations de demande pour soutenir sa logique de fermeture des centrales nucléaires », a ainsi écrit un journal sud-coréen.
Ces situations sont d’autant plus ironiques que de nombreux gouvernements justifient leur politique antinucléaire sous prétexte de lutter contre le changement climatique alors même qu’il pourrait contribuer à la canicule.
« C'est ce que l'avenir nous réserve », a prévenu un porte-parole d’un fournisseur d’électricité de Los Angeles. « Nous anticipons de devoir faire face à des situations extrêmes ».
« La précipitation du gouvernement à éliminer le nucléaire a conduit à une augmentation de la production d’électricité à partir de centrales à charbon ou au gaz qui constituent de sérieuses menaces pour l'environnement », rappelle ainsi un journal sud-coréen.
La canicule servira-t-elle d'avertissement aux gouvernements défavorables au nucléaire ?
Taiwan pourrait devenir un premier test puisque, si la fermeture d’une centrale nucléaire y est prévue en décembre, les souvenirs de cette canicule estivale et du blackout de l'été dernier pourraient l’empêcher.
De son côté, le gouvernement californien, qui veut sortir du nucléaire, va de l'avant avec des plans pour fermer d'ici 2025 la centrale de Diablo Canyon, qui fournit 9 % de l'électricité de l'Etat.
En Californie pourtant les prix de l'électricité ont augmenté cinq fois plus viteque dans le reste des États-Unis depuis 2011, année où l'État a commencé à étendre le déploiement des énergies renouvelables et a fermé une centrale nucléaire.
Le renchérissement de l’électricité, même dans des conditions normales, est aggravé par la sortie du nucléaire. A l’avenir, il va de soi que lors d'événements extrêmes tels que les vagues de chaleur de cet été, les augmentations de prix seront particulièrement élevées.
La canicule a d’ailleurs forcé des organisations environnementales, comme l’Environmental Defense Found, qui soutient la fermeture de la centrale de Diablo Canyon, à reconnaître que « la demande en électricité ne fait qu'augmenter ».
L’organisation environnementale a ainsi déclaré que « outre le fait que les services publics doivent desservir 50 millions d'Américains de plus qu'il y a 20 ans, chacun de nous compte davantage sur l'électricité. Qu'il s'agisse de nos iPhones et ordinateurs portables ou des services cloud auxquels nous les connectons, nos vies personnelles et professionnelles dépendent entièrement de l’électricité et de la fiabilité du réseau. » Sans compter la transition accélérée vers les voitures électriques, dont la demande en électricité pourrait être multiplié par 300 entre 2016 et 2040.
http://www.sfen.org/rgn/vague-chaleur-conduit-gouvernements-anti-revenir-nucleaire
30/07/18
Pas assez d’éoliennes pour faire tourner vos ventilateurs
La canicule frappe la France, mais ce ne sont ni les éoliennes ni le photovoltaïque qui permettent d’y répondre… Explications en image.
Il fait chaud sur l’Hexagone. À la recherche d’ombre et de fraîcheur, de glace et d’eau, les Français se réfugient où ils peuvent, pestant contre la canicule.
L’électricité vient à leur secours. Invisible et précieuse, elle fournit l’énergie des ventilateurs, des frigidaires, des systèmes de refroidissement et d’air conditionné. Aux heures les plus chaudes de la journée, près de 58.000 MégaWatts sont nécessaires pour assurer la consommation des Français. Grâce au nucléaire, cet objectif est atteint.
Instantané : ce graphique montre la consommation d’électricité en France à 12h40 ce vendredi 27 juillet. Le nucléaire produit 68% de cette électricité, contre 9% pour le solaire et 1% pour l’éolien.
Il ne s’agit que d’électricité. Une part minime de toute l’énergie consommée en France, en Europe et dans le monde. La confusion, savamment entretenue par les producteurs d’énergies intermittentes, entre électricité et puissance, leur permet de sauver la face. En réalité, au sein de l’Union européenne, la demande d’électricité ne représente que 22% de la demande d’énergie.
Le soleil au zénith ? Ne comptez pas sur les panneaux solaires pour vous rafraîchir. L’absence de vent rend, lui aussi, quasi nul l’apport des éoliennes dans votre besoin de ventilation personnelle. Par chance, les centrales nucléaires fournissent de quoi alimenter les systèmes de climatisation, les réfrigérateurs et les filtres des piscines.
Le gouvernement a heureusement pris des engagements fermes pour assurer l’approvisionnement énergétique des Français suffocants : favoriser l’éolien au détriment du nucléaire. C’est bien connu : les moulins attirent le vent.
https://www.contrepoints.org/2018/07/30/321345-pas-assez-deoliennes-pour-faire-tourner-vos-ventilateurs?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=8373f9d930-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-8373f9d930-113970649&mc_cid=8373f9d930&mc_eid=7562c94020

27/07/18CANICULE : LES PICS DE CONSOMMATION ÉLECTRIQUE NE SONT PLUS RÉSERVÉS À L’HIVER EN FRANCE
Avec les fortes chaleurs qui s’abattent depuis plusieurs jours sur la France, ventilateurs et climatiseurs tournent à plein régime. Aussi, des pics de consommation électrique apparaissent désormais au cœur de l’été. Ce fut le cas le jeudi 26 juillet, et même si l’on est loin des records absolus, cette tendance est partie pour durer.
Jeudi 26 juillet, la consommation électrique française a connu un pic en raison de la canicule, qui pousse à recourir aux climatiseurs et ventilateurs, a indiqué le gestionnaire du réseau RTE. La pointe a eu lieu à 12h40 pour une valeur de 58 177 mégawatts (MW). On est plus de 3 000 MW (l’équivalent de 3 réacteurs nucléaires) au-delà de la norme des années passées en juillet. D'après les prévisions actuelles, cela devrait représenter le pic de l'été, a-t-on expliqué chez RTE.
Désormais, l’été, chaque degré de plus par rapport aux normales de saison entraîne une consommation supplémentaire de 500 MW. Actuellement, les normales saisonnières sont dépassées de 4°C. Malgré la canicule qui recouvre la moitié du pays, le record estival, qui date du 22 juin 2017 avec 59 500 MW, n'a toutefois pas été battu.
L’éolien en retrait 😊
Ces consommations ne présentent pour l’instant aucun risque pour l’approvisionnement du pays. Avec une production largement supérieure à 60 000 MW, l’Hexagone est exportatrice nette d’électricité vers ses voisins européens. À noter que dans cette situation anticyclonique, sans vent, environ 70 % de l’électricité provient du nucléaire, 10 % de l’hydraulique, 10 % du solaire, 6 % du gaz, 2 % du charbon, 1 % de la biomasse et seulement 1 % de l’éolien.
Ces pics sont très loin de ceux observés en hiver, lorsque le chauffage électrique très majoritaire en France, pousse le système électrique hexagonal dans ses derniers retranchements. Le pic de consommation absolu date de la vague de froid de 2012, où en février, la puissance appelée avait atteint 102 000 MW.
Des possibles coupures
Malgré la marge de sécurité qui existe pour la période d’été, des coupures d’électricité ne sont pas à exclure pour autant, a prévenu le gestionnaire du réseau de distribution Enedis. "Des coupures de courant peuvent se produire avec un pic entre le jeudi 26 juillet et le dimanche 29 juillet inclus", selon la société.
Les câbles souterrains sont sensibles à la surchauffe, a expliqué Enedis sur son site internet. Lorsqu'une coupure a lieu, des techniciens doivent intervenir, ce qui nécessite plusieurs heures de travail. Mais les coupures ne sont normalement pas ressenties par les clients, a précisé la société.
https://www.novethic.fr/actualite/energie/transition-energetique/isr-rse/canicule-les-pics-de-consommation-electrique-ne-sont-plus-reserves-a-l-hiver-en-france-146143.html
26/07/18
606,65 MW : un nouveau record éolien !😭😭
Avec 606,65 MW de nouvelles capacités éoliennes raccordées au 1er semestre 2018 en France, soit une hausse de plus de 23% comparé au 1er semestre 2017, un nouveau record vient d’être battu, selon France Energie Eolienne. Cela représente 48 nouveaux parcs et 263 éoliennes. La filière atteint ainsi 14 377 MW de puissance totale raccordée au 1er juillet 2018 sur tout le territoire et a fourni 6% de la consommation électrique nationale. Ce sont les Hauts-de-France et le Grand Est qui arrivent en tête des régions ayant raccordé le plus de puissance éolienne avec respectivement 168,95 et 160,2 MW. La filière devrait ainsi atteindre l’objectif fixé par PPE (programmation pluriannuelle de l’Energie) de 15 000 MW au 31 décembre 2018. « Nous demandons au gouvernement des volumes de projets ambitieux et réguliers pour l’éolien offshore afin notamment de créer des emplois locaux et de pérenniser ceux déjà créés. De nombreux investissements ont été consentis par les collectivités, les autorités portuaires et les industriels. Une meilleure visibilité sur les volumes à venir permettra de soutenir l’émergence de cette filière et de générer des retombées économiques uniques pour les territoires », déclare Olivier Perot, Président de France Energie Eolienne.
https://jdlgroupe.com/2018/07/26/60665-mw-un-nouveau-record-eolien/
19/07/18Combien pèsent les taxes sur nos factures d'électricité et de gaz ?
Les taxes sur les factures d'électricité et de gaz ne cessent d'augmenter en France. Les taxes sur l'électricité ont grimpé par exemple de 40 % entre 2012 et 2016, selon l'Observatoire de l'industrie électrique, pour atteindre plus d'un tiers du montant total des factures. La TICGN, taxe sur le gaz, devrait quant à elle exploser dans les prochaines années. Pour mieux comprendre ce que vous payez, Selectra décrypte les taxes sur vos factures d'électricité et de gaz.
Pour rappel, toute facture d'énergie est composée de :
La fourniture qui représente les coûts liés à la production et/ou l'approvisionnement, ainsi que le fonctionnement de l'entreprise et sa marge ;
L'acheminement qui sont les coûts de transport et de distribution ;
Les taxes qui sont établies par les pouvoirs publics.
Taxes sur l'électricité : 35% de votre facture en moyenne
Quelles sont les taxes sur l'électricité en 2018 ?
Il existe 3 taxes spécifiques à l'électricité en France, auxquelles s'ajoute la taxe sur la valeur ajoutée : TVA.
La contribution au service public de l'électricité : CSPE
La CSPE sert à financer 4 grands dispositifs :
Le chèque énergie, pour aider les foyers en situation de précarité énergétique
La production d'électricité dans les îles et territoires d'Outre-mer ;
Le tarif de rachat de l'électricité photovoltaïque, éolienne et biométhane, une politique de soutien aux énergies vertes ;
L'action du médiateur national de l'énergie.
La contribution tarifaire d'acheminement : CTA
La CTA permet de financer le système de retraite des travailleurs et retraités des industries de l'électricité avant qu'ils ne rejoignent le régime général en 2005.
Les taxes sur la consommation finale d'électricité : TCFE
Récoltées par les communes (TCCFE) et les départements (TDCFE), elles servent à financer les frais de fonctionnement des collectivités territoriales. Ce sont les particuliers et petits professionnels qui sont redevables (ceux dont la puissance de compteur est inférieure à 250 KVA). En 2018, selon votre lieu de résidence, la TCFE oscille entre 1,5 et 9,56 €/MWh.
Que pèse chaque taxe sur la facture d'électricité ?
La CSPE représente à elle seule un peu plus de 14% de la facture d'électricité. La CTA équivaut à 1%. La TCFE correspond au maximum à 6% de la facture TTC. A quoi il faut ajouter la TVA, qui représente environ 16% de la facture.
L'électricité est fortement taxée en Europe. Les taxes représentent 50% de la facture d'électricité de nos voisins allemands et danois. En France, elles atteignent en moyenne 35% de la facture TTC.
Taxes sur le gaz : environ 26% de la facture totale
Quelles sont les taxes sur le gaz en 2018 ?
La contribution tarifaire d'acheminement : CTA
A l'instar de celle sur l'électricité, elle sert au même financement des retraites des travailleurs et retraités des industries du gaz. Elle s'appuie sur les frais d'acheminement du gaz naturel. En fonction du fournisseur choisi, de l'origine du gaz et de la consommation, son montant varie.
La TICGN : vers une augmentation sans précédent ?
La taxe de consommation sur le gaz naturel (TICGN) est appliquée pour les consommateurs utilisant une chaudière ou une cuisinière à gaz. Si seuls les professionnels en étaient redevables lors de sa création en 1986, depuis 2014, elle est applicable aux particuliers. Cette taxe est en train d'exploser. En effet, le gouvernement a prévu un calendrier d'augmentation important entre 2014 et 2022. En 2018, elle atteint 8,45€ HTVA/MWh alors qu'en 2014, elle plafonnait seulement à 1,27€HTVA/MWh. Et ce n'est pas fini. Si l'article 266 quinquies du code des douanes subit la modification annoncée dans le PLF 2018, elle devrait augmenter de 43,7% l'an prochain et de 172,4% à horizon 2022 ! Son prix sera donc passé de 1,27€ à 16,02 € par mégawattheure entre 2014 et 2022.
La TICGN a absorbé la CTSSG et la CSPG le 1er janvier 2016.
Quid de la TVA ?Il existe deux TVA sur l'énergie, qui équivalent environ à 16% de chaque facture. La TVA réduite à 5,5 % qui s'applique à l'abonnement et à la CTA. La TVA à 20 % qui se base sur la consommation (en kWh) et les autres taxes.
Que pèse chaque taxe sur la facture de gaz ?
La CTA représente en moyenne environ 4%% de la facture, contre 11% pour la TICGN et 13,7% pour la TVA.
Les taxes sur le gaz représentent aujourd'hui un quart de la facture TTC d'un foyer chauffé au gaz naturel. Elles se décomposent en deux grandes taxes auxquelles, comme pour l'électricité, on doit ajouter la TVA. Il est conseillé aux ménages d'estimer leur besoin de consommation et de comparer les offres afin de faire baisser le prix du kWh pour faire baisser leurs factures d'électricité et de gaz.
https://selectra.info/energie/actualites/marche/combien-pesent-taxes-factures-electricite-gaz


13/07/18


11/07/18Les différents schémas de planification des réseaux électriques
Entre 2017 et 2030, près de 6 milliards d’euros par an devraient être investis dans les réseaux de transport et de distribution d’électricité selon l’Union française de l’électricité (UFE). Ces investissements sont rendus nécessaires par les « profondes mutations » du système électrique français dans le contexte de la transition énergétique.
Dans cette publication de l’Observatoire de l’industrie électrique mise en ligne le 6 juillet, l’UFE précise les conditions de la planification des réseaux (« anticipation des futurs besoins en lignes, câbles et postes ») aux niveaux régional et national.
Il est en particulier rappelé que les Schémas régionaux de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR) permettent de « planifier localement les besoins en réseaux », en répartissant entre les différents producteurs les coûts des nouvelles infrastructures nécessaires à l’équilibre du réseau.
Concrètement, les producteurs d’électricité renouvelable doivent, outre le coût du raccordement de leurs unités de production, s’acquitter d’une quote-part (au prorata de la capacité installée de leurs installations en €/MW)(1) pour financer les évolutions nécessaires des infrastructures de réseau.
Au 1er février 2018, cette quote-part variait de 0 €/MW en Alsace à 70 460 €/MW en Midi-Pyrénées, « reflétant ainsi l’hétérogénéité des investissements à réaliser pour adapter les réseaux électriques au développement des nouveaux moyens de production EnR ».
Au niveau national, c’est le Schéma décennal de développement du réseau (SDDR) qui prévoit les développements du réseau de transport sur la base de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), du Bilan prévisionnel de RTE et des S3REnR.
Sources / Notes
« Rapport entre la somme des ouvrages mutualisés et la capacité d’accueil du schéma considéré ».
Site de l’Observatoire de l’industrie électrique 

https://www.connaissancedesenergies.org/les-differents-schemas-de-planification-des-reseaux-electriques-180706?utm_source=newsletter&utm_medium=cest-mardi-un%20peu-denergie&utm_campaign=newsletter/cest-mardi-un-peu-denergie-17-juillet-2018
08/07/18
Linky: Le cheval de Troie des grands intérêts privés de l'énergie.
En installant partout le nouveau compteur "intelligent" Linky, Enedis, entreprise publique, prépare en fait le terrain aux grandes firmes privées de l'énergie en vue de maximiser leur futurs profits. Ou comment le courant porteur en ligne (CPL) du système Linky va permettre d’inverser la loi de l’offre et la demande en électricité au détriment des consommateurs, dans un marché dérégulé.
Je reproduis ici un texte dont l'auteur se présente comme un ingénieur en physique retraité d'EDF et de RTE.
La filiale d’EDF qui se nomme RTE (Réseau de Transport d’Electricité) est chargée de la gestion des réseaux et groupes de production haute et très haute tension (63 à 400 000 Volts). Sa principale mission consiste à équilibrer, en temps réel, la consommation et la production d’électricité à la fréquence de 50 Hertz.
Jusqu’au début des années 2000, à l’époque où le marché français d’électricité était régulé et de type monopolistique, c’est l’offre qui s’adaptait à la demande : les consommateurs/usagers avaient le libre choix de consommer l’électricité selon leur besoin, quelle que soit l’heure dans la journée, bien sûr dans la limite de la puissance souscrite dans leur abonnement. C’était aux groupes de production de s’adapter à cette demande.
A cette époque, la plupart de ces groupes (thermique ou hydraulique) étaient pilotables et donc leur puissance modulable (surtout les groupes hydrauliques au fonctionnement très souple et réactif). Moduler un groupe de production veut dire que l’on peut lui demander de fonctionner à puissance réduite durant un certain temps. Dans une économie de marché,cela suppose qu’il y aurait un manque à gagner pour le producteur puisque le fonctionnement de son groupe à puissance réduite fera baisser son profit. Mais, à cette époque, la grande majorité des importants groupes de production constituait un bien national : la notion de rentabilité immédiate pour chaque groupe de production n’était pas une priorité ; la priorité essentielle étant la sureté et la sécurité de l’approvisionnement de la clientèle.
Depuis la dérégulation du marché français (mais aussi européen) de l’électricité, l’appareil de production électrique se retrouve confronté à deux problématiques :
1/ Les groupes de production modulables et pilotables vont de plus en plus être exploités par des opérateurs privés (voir la catastrophe qui se prépare pour le fleuron de la production hydraulique française). Or, ces opérateurs privés ne vont plus accepter le fonctionnement de leurs groupes à puissance modulable et réduite, ce qui les empêcherait de maximiser leurs profits.
2/ La production d’énergie renouvelable (surtout éolien et solaire photovoltaïque) a fait son apparition. Or, cette production n’est actuellement ni modulable, ni pilotable pour les raisons suivantes :
- Leurs caractéristiques intrinsèques implique que, lorsqu’ils sont couplés, leur puissance produite ne dépend que de la
vitesse du vent pour l’éolien et de l’ensoleillement pour le solaire.
- Pour des raisons d’économie, les constructeurs de ces parcs de production n’ont pas jugé opportun d’équiper leurs machines de régulateurs performants, permettant à leurs groupes de participer au réglage de la fréquence et de la tension, comme le font les groupes hydrauliques et thermiques.
- Les producteurs de ces parcs exigent d’être couplés au réseau prioritairement dès qu’il y a du vent ou du soleil : concept d’énergie fatale qu’il faut accueillir au détriment des autres modes de production.
D’où un changement de paradigme nécessaire: ce sera dorénavant à la Demande (les consommateurs) de s’adapter à l’Offre (les producteurs). Et c’est là qu’intervient le compteur Linky dont le CPL G3, intégrant le protocole IPV6,
permet de prendre le contrôle/commande des appareils électriques disposant d’une puce RFID, et qui sont raccordés au réseau 50 Hertz du logement.
Il suffit ensuite d’inventer une nouvelle catégorie d’intermédiaires : les Opérateurs d’Effacement. Leur rôle consistera, à la demande du Gestionnaire du Réseau et de la production (RTE), à baisser/augmenter la consommation des usagers à leur insu ; ces Opérateurs d’Effacement seront rétribués pour ce service. Mais les consommateurs n’auront droit à rien.
Voilà la raison essentielle du déploiement des compteurs Linky et du CPL G3 : maximiser les profits de la production
privatisée de l’électricité à l’insu du consommateur qui, par l’automatisation de l’effacement/augmentation de sa
consommation, aura perdu toute souveraineté.
Les consommateurs/usagers seront bien les dindons de la farce !
https://blogs.mediapart.fr/zackary/blog/080718/linky-le-cheval-de-troie-des-grands-interets-prives-de-lenergie

06/07/18
La transition énergétique de la France, c’est apprendre à se passer des combustibles fossiles
«La fermeture des centrales nucléaires mènera chez nous pour l’essentiel à leur remplacement non pas, par de l’éolien et du solaire photovoltaïque, mais par des centrales à combustibles fossiles, comme c’est le cas maintenant au Japon»
Les contraintes géologiques sur la production des combustibles fossiles sont maintenant telles que la quantité maximale d’énergie pouvant être fournie chaque année à l’humanité par ceux-ci, pourrait décliner à partir de 2025-2030 1. Compte-tenu de l’augmentation encore rapide de la population mondiale, ce déclin serait encore plus fort par habitant de la planète. Une réflexion urgente sur les conséquences de ce déclin pour la France était donc à mener dans le cadre de la révision de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui vient de se tenir. Cela n’a pas été le cas !
La politique énergétique actuelle de la France est surréaliste
La politique énergétique actuelle de la France est surréaliste : la principale direction indiquée par le gouvernement en matière de transition énergétique est la fermeture progressive des centrales nucléaires au profit de l’éolien et du solaire photovoltaïque. C’est pourtant l’importance de ce nucléaire qui a permis à la France de réduire sa consommation de combustibles fossiles (et ses émissions de gaz carbonique) à un niveau qui est de loin le plus faible de tous les grands pays industrialisés !
Combustibles fossiles. Or la fermeture des centrales nucléaires mènera chez nous pour l’essentiel à leur remplacement non pas, par de l’éolien et du solaire photovoltaïque, mais par des centrales à combustibles fossiles, comme c’est le cas maintenant au Japon, car les électricités éoliennes et solaires, intermittentes, ont besoin de centrales pilotables de soutien pour pouvoir être utilisées. Cela faute de moyens de stockage de l’électricité suffisamment importants, pour sans doute très longtemps.
Il fallait au contraire concentrer en priorité les efforts, non pas sur le développement de l’électricité éolienne et solaire, mais sur le remplacement du pétrole, le premier qui connaîtra son déclin, par l’énergie nucléaire, et par les énergies renouvelables produisant de la chaleur (chaleur solaire, biomasse…), et non de l’électricité, dans les secteurs qui en sont les plus consommateurs, les transports et l’habitat. Il aurait ainsi été possible de commencer à se prémunir contre un déclin forcé de notre approvisionnement pétrolier dans peu d’années. Beaucoup de temps et énormément d’argent ont ainsi été gaspillés.
Le nucléaire est la plus grande chance de la France pour faire face aux défis qui s’annoncent à court terme. Il faut donc, non pas le réduire, mais au contraire presser le pas pour le développer.
Il est urgent de se ressaisir ! Le nucléaire est la plus grande chance de la France pour faire face aux défis qui s’annoncent à court terme. Il faut donc, non pas le réduire, mais au contraire presser le pas pour le développer. Il faut aussi construire rapidement les réacteurs surgénérateurs qui nous assureront des milliers d’années de ressources énergétiques.
Les électricités renouvelables sont loin d’être à la hauteur des attentes. L’éolien et le solaire photovoltaïque, sur lesquels beaucoup disent compter pour assurer la transition énergétique, même s’ils progressent rapidement en ce moment, ne pourront à l’évidence jouer qu’un rôle secondaire face à des échéances aussi proches, car il leur faudrait des taux de croissance véritablement fantastiques pour cela.
En effet, selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), leur contribution n’était encore en 2015 que de quelque 2 % de l’approvisionnement mondial en énergies primaires, contre environ 82 % pour les combustibles fossiles. Pour l’Europe à 28, il s’agissait d’environ 3 % et 72 %. Pour la France, il s’agissait d’environ 1,5 % et 46 %, la contribution relativement faible des combustibles fossiles étant due dans son cas à l’importance du nucléaire. Les chances que l’éolien et le solaire puissent compenser le déclin des combustibles fossiles aux échéances indiquées paraissent donc bien minces, particulièrement en France puisque sa production d’électricité en utilise très peu. Quant au nucléaire, sa contribution à l’approvisionnement mondial en énergie primaire était en 2015 selon l’AIE de 4,9 pour le monde, 14,9 pour l’Europe (à 28) et de 45,2 % pour la France. Le nucléaire a donc également peu de chances de pouvoir compenser ce déclin à ces échéances, sauf en ce qui concerne la France.
Des incertitudes et des désaccords existent encore sur les estimations des réserves restantes de combustibles fossiles, et sur celles de leurs vitesses de production futures
Incertitudes et désaccords. Ces analyses ne procèdent bien sûr pas d’une science exacte : des incertitudes et des désaccords existent encore sur les estimations des réserves restantes de combustibles fossiles, et sur celles de leurs vitesses de production futures. Mais il faut raisonner en probabilité : celle du déclin de l’offre possible totale d’énergie primaire fournie par les combustibles fossiles vers 2025-2030 est forte, tout comme l’est celle d’un accroissement de sa demande sous l’effet de la poussée démographique et de l’aspiration de populations très nombreuses à plus de bien-être. S’agissant de la France, la politique énergétique la plus sage qu’elle puisse suivre est donc d’anticiper leur déclin, en premier lieu celui du pétrole, plutôt que d’avoir à le subir.
Quelles sont les échéances des énergies fossiles à l’échelle mondiale ?
S’agissant du pétrole, celui des combustibles fossiles qui connaîtrait le premier son déclin, l’énergie maximale pouvant être fournie annuellement par la production de pétrole dit tout liquide (addition du pétrole conventionnel, du pétrole dit de schiste, des pétroles extra-lourds, des liquides extraits du gaz naturel et des pétroles synthétiques) déclinerait à partir de 2020, peut-être 2025, cela malgré le développement rapide du pétrole de schiste depuis 2010. Le pétrole conventionnel, qui représente les trois-quarts des quantités de pétrole tous liquides, est déjà en déclin depuis 2006.
Le gaz naturel a la même origine que le pétrole et sa production connaît les mêmes contraintes géologiques. Exploité en masse un peu plus tard que le pétrole, il devrait connaître son pic de production autour de 2030, peut-être un peu plus tard si le développement du gaz de schiste a lieu à l’échelle mondiale au lieu de rester cantonné aux Etats-Unis comme actuellement.
Le charbon est celui dont l’évolution des productions est la plus difficile à analyser. La date du pic mondial n’est pas aussi bien cernée que pour le pétrole et le gaz. Il s’agirait de 2030-2035 3. Mais cela pourrait être bien avant. En effet le pic de production de la Chine, qui fournit actuellement environ la moitié de la production mondiale, semble très proche 4.
Quelles sont les contraintes autres que géologiques ?
Les contraintes géologiques ne sont pas les seules à gouverner les productions. Il y a aussi les contraintes économiques et politiques : des prix trop élevés provoquent un déclin de la demande, des crises économiques ou politiques réduisent les productions annuelles par rapport aux possibilités permises par la géologie. Les pics de production sont alors retardés et leur hauteur est moindre, mais les quantités disponibles chaque année sont alors encore plus faibles. Un exemple est celui des chocs pétroliers de 1973 et 1979, qui ont eu pour effet de retarder la venue du pic pétrolier mondial d’au moins 10 ans, mais aussi de réduire la croissance mondiale.
Bernard Durand est géochimiste des combustibles fossiles, ex-directeur de la division Géologie-Géochimie de l’IFPEN, ex-directeur de l’ENS de Géologie
1 Durand, B., 2018. Petroleum, natural gas and coal: nature, formation mechanisms, future prospects in the energy transition . A paraître, EDP Sciences, 2018.
3 Heinberg, R. and Fridley, D., 2010 : The End of Cheap Coal. Nature 468, 367-369
4 Fridley, D. et al., 2012 . Review of China’s Low-Carbon City Initiative and Developments in the Coal Industry . Ernest Orlando Lawrence Berkeley National Laboratory.
https://www.lopinion.fr/edition/economie/transition-energetique-france-c-est-apprendre-a-se-passer-combustibles-155903


29/06/18La transition électrique va nous coûter très cher
Le débat public sur la PPE se termine. RTE a publié 5 scénarios diminuant la part du nucléaire de 75% à 50% et, pour deux d'entre eux, sans augmenter les émissions de CO2. Mais RTE ne dit pas combien il faudra payer pour les mettre en oeuvre. Nous chiffrons ce qu'ils coûteront ;en moyenne, chaque année, à chaque foyer français : entre 350 et 850 euros par an
Dès maintenant chaque foyer français paie, en moyenne (par la contribution CSPE), un surcoût sur sa facture d'électricité de 154 € par an pour financer les producteurs d'électricité éolienne et photovoltaïque. Et la poursuite du programme de réduction de la part du nucléaire dans le Mix électrique coûtera entre 350 et 850 euros supplémentaires par an et par foyer , si l'on estime le surcoût qui sera payé par la mise en œuvre d'un des scénarios proposés à cette fin par RTE. Les familles nombreuses dépensant plus d'électricité que les autres seront particulièrement touchées. Ces dépenses considérables des foyers français n'auront pas d'influence sur nos émissions de CO2 . Pratiquement tous les équipements seront importés car l'industrie française n'a pas su profiter du développement de la demande française et internationale pour créer un secteur de fabrication d'éoliennes et a vu disparaître notre petite production de cellules photovoltaïques
Quelques éléments de comparaison :
La hausse de l'APL : 60 €/an
La hausse de la CSG pour un veuf (une veuve) retraité ayant un retraite de 2000 €/Mois : 400 €/an
A qui profitent les sommes collectés par la CSPE ? Essentiellement aux adhérents du puissant lobby SER (Syndicat des Energies Renouvelables)
Alors, pourquoi ne pas garder le système actuel qui nous assure une fourniture d'électricité fiable, avec une émission de CO2 très faible (5 fois moins par MWh produit que l'Allemagne) et bon marché (deux fois moin cher pour les particuliers qu'en Allemagne)
Les points aveugles des scénarios de RTE
RTE a publié 5 scénarios supposés donner la possibilité de ramener la part du nucléaire dans le Mix français à 50% en 2035. Ces scénarios ont donné lieu à des synthèses largement diffusées. Ces synthèses présentent les Mix électriques et les émissions de CO2 de chaque scénario. Elles ne traitent toutefois pas deux points importants :
- Ces scénarios garantissent-ils qu’à tout moment la production d’électricité sera suffisante pour faire face à la demande ? Question d’autant plus légitime qu’ils substituent au nucléaire, énergie pilotable, des Energies Renouvelables Intermittentes (ENRI) comme l’éolien et le solaire photovoltaïque dont la production peut s’annuler en fonction des conditions climatiques ?
= réponse : non, ilmanquerait une puissance de l'ordre de 20 GW (20 réacteurs nucléaires) pour éviter le Black-out
- Quels seraient les surcoûts éventuels de la mise en œuvre de ces scénarios en comparaison du maintien en l’état du système électrique actuel ? L’IFRAP, par exemple, a souligné et critiqué l’absence d’évaluation économique de ces scénarios[1].
= réponse:le surcoût total (par rapport à la situation actuelle serait de 40 à 80%
L'étude complète au format pdf est accessible en cliquant sur le lien : critiques scénarios RTE
[1] http://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/electricite-cinq-scenarios-zero-evaluation-economique
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-transition-electrique-va-nous-205629

26/06/18
Bruno Le Maire défend la nécessité de l'énergie nucléaire en France
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a plaidé mardi pour un "équilibre" entre les énergies renouvelables et le nucléaire, en soulignant que ce dernier resterait "essentiel à long terme" pour la France.
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a plaidé mardi pour un "équilibre" entre les énergies renouvelables et le nucléaire, en soulignant que ce dernier resterait "essentiel à long terme" pour la France.
"N'ayez aucun doute: le nucléaire restera essentiel à long terme pour garantir la sécurité d'approvisionnement de notre pays, la compétitivité de notre pays, et l'indépendance énergétique de la nation française", a-t-il dit à l'ouverture du salon World Nuclear Exhibition (WNE) au nord de Paris.
A l'heure où la France réfléchit à son avenir énergétique, il a aussi plaidé à plusieurs reprises pour "l'équilibre" entre l'atome et les renouvelables.
"Nous sommes soucieux, avec le président de la République et le Premier ministre, de cet équilibre entre la filière nucléaire et le développement du renouvelable", a ajouté Bruno Le Maire.
Ces déclarations interviennent alors que la France souhaite à terme réduire de plus de 70% actuellement à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité. Le pays, très en retard dans ce domaine par rapport à d'autres pays, veut aussi développer les énergies renouvelables comme le solaire et l'éolien.
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement est en plein élaboration de sa programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) sur un horizon allant jusqu'en 2028.
"Cette diversification du mix français doit permettre d'accélérer dans les énergies renouvelables sans pour autant affaiblir notre filière nucléaire", a insisté M. Le Maire. "Il me paraît vain d'opposer l'énergie nucléaire et les énergies renouvelables", a-t-il ajouté.
Avant de prononcer son discours, le ministre a longuement déambulé dans le salon pour visiter les stands de champions nationaux comme EDF, Orano ou le CEA.
Ses propos font suite à des déclarations plus critiques de la part du ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, qui a récemment jugé que le nucléaire emmenait la France, et EDF, "dans une dérive".
https://www.challenges.fr/entreprise/energie/bruno-le-maire-defend-la-necessite-de-l-energie-nucleaire-en-france_596913

15/06/18 : Bienvenue dans le Meilleur des Mondes "tout électrique" !

Il n’y a pas que les auteurs de science-fiction qui explorent le futur. Actuellement, les spéculations vont bon train pour imaginer un monde neutre en carbone à l’horizon 2050. Les discussions s’annoncent stimulantes tant certains scénarios sont parfois déconnectés du réel. Convaincus que l’électricité sera bientôt totalement décarbonnée (nucléaire et renouvelable), d’aucuns imaginent même une électrification à marche forcée des usages… un monde « tout électrique » !
Cette conception simpliste de la transition énergétique qui renie les autres vecteurs énergétiques dont les gaz renouvelables et l’hydrogène, serait une erreur à bien des égards. Aujourd’hui, dans l’industrie, le gaz remplace avantageusement le charbon et le fioul pour réduire les émissions de CO2. Dans la mobilité, c’est le seul carburant alternatif (1) au diesel crédible pour lutter contre la pollution et répondre au besoin des poids-lourds, des autocars et du transport maritime.
Ironie de l’histoire, pour éviter le risque croissant de gaspillage des surplus d’électricité éolienne et solaire, les infrastructures gazières apportent une solution de stockage d’énormes quantités d’énergie sur de très longues périodes ce que les batteries ne savent pas faire. Plus que jamais, une transition énergétique responsable et solidaire repose sur la complémentarité des systèmes électrique et gazier
La vision d’une France « tout électrique » est utopique
Elle repose sur des partis-pris biaisés et des paris hasardeux. Ses partisans omettent en général de préciser comment faire face aux pointes de consommation l’hiver, quand le système gazier fournit 1,5 fois plus d’énergie que le système électrique. Faudra-t-il remplacer tous les chauffages au gaz par des pompes à chaleur air/air réputées inefficaces dès que la température extérieure se rapproche de zéro ? Doubler le parc de production électrique ? Développer d’autant les réseaux d’électricité à travers le pays ?
Faire fi du gaz sous prétexte qu’il est aujourd’hui encore majoritairement fossile serait une aberration. Stockable et immédiatement mobilisable, les vertus de cette énergie seront décuplées avec le développement des gaz renouvelables produits sur notre sol ! Une cinquantaine d’installations, essentiellement agricoles, injectent déjà du biométhane.
Selon l’ADEME (2), la France pourrait satisfaire toute sa consommation avec du gaz 100 % renouvelable en 2050. Cette nouvelle génération de gaz (3), c’est l’assurance d’un revenu complémentaire pour nos agriculteurs, de l’emploi et de l’économie circulaire dans les territoires et des importations en moins.
À supposer que cela soit techniquement possible, un approvisionnement exclusif à base d’électricité décarbonnée conduirait à un surcoût de l’ordre de 20 milliards d’€/an4 pour la collectivité. A contrario, la couverture de 30% de la consommation française de gaz en 2030 avec du gaz renouvelable suppose un soutien de l’ordre de 3 milliards d’€/an (4), essentiellement réinvesti dans l’économie locale. 3 milliards d’€, un montant inférieur à la contribution des Français en 2016 pour produire 5,5% d’électricité solaire et éolienne !
Alors pourquoi s’obstiner à promouvoir un tel scénario?
Il est vrai que, dans ce cas de figure, l’objectif de ramener à 50% la part d’électricité nucléaire dans notre pays paraît plus facile à atteindre… tout en maintenant le parc de réacteurs proche de ce qu’il est aujourd’hui.
Soyons sérieux, cette conception conservatrice de la transition énergétique ne peut justifier l’électrification de tous les usages. Soyons pragmatiques, encourageons un développement rapide des gaz renouvelables. Soyons cohérents et donnons à nos territoires les moyens de piloter un mix énergétique diversifié et intelligent.
Le Meilleur des Mondes « tout électrique » n’est pas une option. La politique énergétique de la France mérite mieux qu’un mélange de chimères et de recettes du passé.
(1) GNV (gaz naturel véhicule) bioGNV (gaz renouvelable pour véhicule) ou GNL (gaz naturel liquéfié)
(2) Étude Ademe « Un mix de gaz 100 % renouvelable en 2050 ? » (janvier 2018)
(3) Méthanisation, pyrogazéification, gazéification, méthanation, Power to gas,…
(4) Comparaison avec un mix équilibré (électricité et gaz renouvelable) en 2050 sur la base de l’étude européenne Gas For Climate (février 2018)
https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Bienvenue-Meilleur-Mondes-tout-electrique-2018-06-15-1200947594#


13/06/18
Et si on fermait toutes les centrales nucléaires demain ?
Une nouvelle vidéo et une nouvelle question posée par le youtubeur Poisson Fécond : et si on fermait toutes les centrales nucléaires demain ? Comme à son habitude, le vidéaste tente d’apporter un maximum d’informations pour répondre à la problématique en 360 secondes. Et pour commencer, deux chiffres forts : en France, tous les métropolitains vivent à moins de 200 kilomètres d’une centrale nucléaire ; 75% de l’électricité provient du nucléaire. « Sans le nucléaire, est-ce que nos campagnes se couvriraient d’éoliennes et de panneaux solaires ? Est-ce que l’électricité ne serait plus qu’un vieux souvenir ? À quoi ressemblerait notre quotidien ? Que deviendraient nos villes ?« , toutes les réponses dans la vidéo !
https://www.goodplanet.info/video/2018/06/13/72886/
10/06/18
Torpiller la filière nucléaire avec la PPE
La consultation sur la PPE posera un problème. Plus de 50% des interventions soulignent l’incohérence de la Loi sur la Transition énergétique.
Le gouvernement a ouvert jusqu’au 30 juin un débat sur la transition énergétique. « Tout le monde est d’accord pour réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% », affirme Nicolas Hulot ce lundi matin dans « Les 4 Vérités ».
La date de réalisation de cet objectif « sortira comme une évidence à la fin de cette consultation. Elle dépend de plusieurs objectifs : on doit sortir des énergies fossiles, réduire notre consommation et développer massivement les énergies renouvelables », explique le ministre de la Transition écologique et solidaire.
Il appelle les Français « à participer à ce moment de démocratie. Si cette projection sociétale n’est pas désirée par les Français, ça ne va pas marcher ».
« CE N’EST PAS EDF QUI DÉCIDE ! »
« On ne fait pas les choses brutalement. On va faire une programmation réaliste, très exigeante et bénéfique pour nos entreprises parce qu’on va aller vers une véritable indépendance énergétique de la France« , assure-t-il.
À propos de la fermeture des réacteurs nucléaires, « ce n’est pas EDF qui décide ! », assène Nicolas Hulot. « C’est le gouvernement après consultation des Français. Une consultation de plusieurs mois, c’est inédit ».
Mais pour dire cela, M le Ministre n’avait sans doute pas lu les recommandations du rapport Percebois/Grandil publié, à la demande du gouvernement, en 2012 :
Recommandation n° 2 : pour chaque décision de politique énergétique, évaluer le coût et l’effet sur les finances publiques, sur la balance commerciale, sur les émissions de CO2 et sur l’emploi (à la fois en postes et en qualifications créés), par comparaison avec une décision différente, afin de dégager des priorités.
Recommandation n° 3 : s’interdire toute fermeture administrative d’une centrale nucléaire qui n’aurait pas été décidée par l’exploitant à la suite des injonctions de l’autorité de sûreté.
Recommandation n° 8 : ne pas se fixer aujourd’hui d’objectif de part du nucléaire à quelque horizon que ce soit, mais s’abstenir de compromettre l’avenir et pour cela maintenir une perspective de long terme pour cette industrie en poursuivant le développement de la génération 4. La prolongation de la durée de vie du parc actuel nous paraît donc la solution de moindre regret (sous la condition absolue que cela soit autorisé par l’ASN). »
Il n’a sans doute pas lu non plus les rapports de nos deux plus prestigieuses sociétés savantes, l’Académie des technologies (L’avis de l’Académie des Technologies du 10 Juin 2015 sur la loi relative à la transition énergétique pour une croissance verte) et l’Académie des Sciences (Note de l’Académie des Sciences du 19 Avril 2017, signée par 25 membres de la Commission Energie dont la Secrétaire perpétuelle de l’Académie).
Et il ne lit sans doute pas les avis de la Cour des comptes qui remarque que presque tout l’effort financier de la PPE est dédié à l’électricité, qui était déjà décarbonnée, avec une efficacité nulle sur la réduction globale des émissions de CO2.
Les points de vue et cahiers d’acteurs de la consultation sur la PPE sont des dizaines à souligner, faits et chiffres à l’appui, l’incohérence de la programmation telle qu’elle est prévue. Ils demandent tous une commission d’experts indépendante pour analyser les scenarii de l’ADEME, de RTE, de Negawatt, jugés hautement fantaisistes.
INCOHÉRENCE DE LA BAISSE DU NUCLÉAIRE DANS LE MIX
Suite à une question posée sur le site de la consultation, la seule explication donnée par le « Maître d’œuvre » de la PPE sur le développement de l’éolien et du solaire est la « diversification des moyens de production, pour pallier à (sic) un éventuel problème affectant toute une filière. »
Cet argument ne tient pas ; si on craint cela, l’alternative est une filière pilotable (donc actuellement du charbon ou du gaz) et pas une filière produisant aléatoirement. De plus, nous avons vécu 40 ans sans diversification, et sans problèmes.
En réalité, la raison de l’acharnement sur le développement du solaire et de l’éolien (et donc du déclin du nucléaire) est donnée par RTE dans le « cahier d’acteur » publié sur la PPE : « Il faut développer les ENR car c’est une demande sociétale et politique forte ».
Tout est dit. En fait, cette baisse du nucléaire n’a été ni étudiée, ni mise en consultation. C’est le résultat d’un deal de dessous de table de Mme Aubry entre PS et EELV, à des fins purement électorales, et, accessoirement, pour attacher un boulet à M. Hollande.
INCOHÉRENCE À PROPOS D’EDF
Certes, ce n’est pas à EDF de décider des orientations de la France en matière d’électricité. Parce qu’elle est incontournable, stratégique, garante de sécurité, l’électricité doit être un service public, même s’il est assuré par des entreprises, privées ou pas.
Le problème, c’est que l’État impose à EDF les objectifs et les moyens. Plus EDF installera d’éoliennes et de panneaux solaires, moins ses centrales nucléaires vendront de MWh, augmentant les coûts, puisque les coûts du nucléaire sont majoritairement fixes. N’importe quelle entreprise serait sur un chemin suicidaire. Dans le cas d’EDF, on sait qui paiera : le consommateur-contribuable.
On connaît ce genre de scénario : c’est la catastrophe de la SNCF, qu’on veut rentable tout en lui imposant aussi objectifs et moyens. Celle d’EDF est pour bientôt, si l’État persévère dans sa PPE.
Mais à entendre les discours des décideurs sur le sujet, on peut se poser une autre question, encore plus gênante.
MÉPRIS DE LA PHYSIQUE OU NON COMPRÉHENSION HALLUCINANTE D’UN SUJET POURTANT SI SIMPLE ?
La Cour des Comptes et le ministre de l’Écologie ont admis que passer le nucléaire à 50% du mix en arrêtant des centrales nucléaires avant 2030 obligerait à construire des centrales à énergie fossile. Mais sans explication précise.
La question est : quels changements (de coûts, de technologies…) auront lieu entre 2018 et 2030, soit 12 ans, qui permettraient de penser que ce qui est impossible à 2020 ou 2025 serait possible en 2030 ?
Pour être opérationnels en 2030, ces éléments ou infrastructures nouveaux devraient être déjà en projets industriels, voire en construction, compte tenu des délais normaux des grands projets industriels.
La principale clé de succès est le stockage, puisque l’éolien et le solaire sont intermittents. Or, l’hydroélectricité est quasi saturée en France, les batteries ne seront jamais à la hauteur des niveaux d’énergie requis pour une semaine sans vent, le déploiement du stockage sous forme de gaz synthétique nécessite la construction d’un très grand nombre de sites industriels polluants (méthanisation, électrolyse, méthanation) dont la faisabilité technico économique n’est même pas validée en 2018.
La réponse à la question est : aucun changement n’est perceptible à l’horizon 2030.
3 INTERPRÉTATIONS DU FUTUR
Alors, qu’est ce qui fait dire aux Autorités que ce ne sera pas possible en 2025, mais possible en 2030 ?
Une première interprétation serait que l’on veut habituer progressivement l’opinion à la réalité : ce mix de 50% en arrêtant des centrales n’est pas possible, sauf à échéance très lointaine et problématique, sans installer du back up à énergie fossile remplaçant du back up nucléaire. De PPE en PPE, on reculerait ainsi l’horizon.
C’est ce que la réflexion du ministre de l’Écologie pourrait faire croire : baisser le nucléaire nécessiterait des centrales à combustibles fossiles. Mais on n’ose pas dire que ce sera la même situation en 2030. Le problème de cette interprétation est qu’on ne peut dans ce cas préparer publiquement la relève nucléaire.
Une deuxième interprétation serait qu’on attend d’avoir plus de solaire et d’éolien, les 50% étant du mix énergétique : on fait moins tourner les centrales nucléaires tout en les gardant toutes pour le back up. Ce serait l’interprétation la plus rationnelle. On peut raisonner en fourniture d’énergie annuelle moyenne. Dans ce cas, l’objectif de 50% de mix énergétique pour le nucléaire est juste subordonné à la courbe temporelle d’installation des éoliennes et des panneaux solaires compte tenu des rythmes prévus. C’est ce qui doit donner un délai de 5 à 10 ans. Mais on n’arrête dans ce cas aucune centrale nucléaire, elles restent nécessaires pour le back up.
On peut arrêter vraiment des centrales nucléaires, si on fait des progrès en lissant la pointe pour diminuer le montant total de back up de sécurité, à consommation annuelle égale. Pourquoi pas, mais il faut réaliser les progrès d’ici 2030 : quels leviers ? On retombe sur l’analyse des technologies possibles, énumérées plus haut. En outre, pour faire cela, il n’y a aucun besoin d’ENR supplémentaires.
Le problème de cette interprétation est également qu’on torpille littéralement la filière nucléaire tout en en ayant besoin. Les répercussions sont sur les coûts et surtout sur la sécurité (stop and go, possible diminution des frais de maintenance sous la pression financière, abandon de la recherche…)
Une troisième interprétation serait que certains au gouvernement et ailleurs pensent qu’on peut réellement y arriver à consommation électrique constante ou en baisse. Cela implique soit d’ignorer la nécessité d’un back up de l’intermittence, et ne raisonner qu’en moyenne annuelle sur les énergies, ou même de confondre mix en énergie et mix en capacité de production.
Compte tenu des déclarations du Ministère, des écrits de la Cour des comptes, tout ça repris dans des journaux comme le Monde, on peut parfois effectivement craindre la confusion entre mix énergétique et mix de capacité ; les chiffres cités ça et là, de 17 centrales voir 25 centrales à fermer sont visiblement issus d’une règle de trois opérée sur les capacités.
Un exemple de ce type de calculs : extrait de l’article de M Le Hir, du Monde du 10 juillet 2017 :
Un calcul simple permet de fixer les idées. Le parc atomique hexagonal, d’une puissance de 63,2 gigawatts (GW), se compose de 58 réacteurs, ou tranches. Réduire de 76,3 % (chiffre de 2015) à 50 %, soit d’environ un tiers, la part de l’électricité d’origine nucléaire suppose, à production électrique constante, de réduire d’un tiers la taille de ce parc, donc de mettre à l’arrêt une vingtaine de tranches.
Il faudrait même aller un peu au-delà. En effet, les 58 unités ne sont pas toutes de même puissance : 34 d’entre elles – les plus anciennes, mises en service entre 1977 et 1987 – sont de 900 mégawatts (MW), 20 de 1 300 MW et 4 – les plus récentes, Chooz B1 et B2 et Civaux 1 et 2 – de 1 450 MW. Les premières pèsent donc moins dans la balance. Comme il est logique de penser qu’elles seront aussi les premières visées, il faudra en « sacrifier » davantage que si le couperet tombait sur des réacteurs plus puissants.
Un autre paramètre est à prendre en compte. La loi de transition énergétique vise à la sobriété : la consommation d’énergie finale de la France devra être réduite de 50 % en 2050, et de 20 % dès 2030. Sauf à imaginer un transfert massif des besoins énergétiques vers l’électricité (avec le développement des véhicules électriques notamment), ou une montée en flèche des exportations d’électricité, la production électrique nationale est donc appelée à baisser. Ce qui, mécaniquement, fera aussi chuter le nombre de réacteurs nécessaires pour fournir la moitié du mix électrique.
L’article montre clairement que l’auteur ne comprend rien à la problématique. Il est à craindre qu’il ne soit pas le seul. Si c’est le cas au niveau des décideurs, cela fait frémir.
Le débat est donc en pleine ambiguïté.
Le rapport de la Cour des comptes, sévère à l’égard de la PPE précédente, n’est pas exempt lui-même de confusion. Et les scenarii officiels, comme ceux de RTE, sont impossibles à valider, car ils sont issus justement d’hypothèses très audacieuses sur l’évolution des consommations et des technologies, comportent des biais méthodologiques soulignés par de nombreux experts et reprennent des hypothèses (baisse des consommations) purement politiques, et démenties par d’autres acteurs comme EDF.
UNE CONSULTATION SUR LA PPE QUI SOULIGNE LES INCOHÉRENCES
La consultation sur la PPE (au demeurant bien menée, sans trop de censure, par la Commission du Débat Public) posera un problème. Plus de 50% des interventions, y compris des émanations de sociétés savantes, et, visiblement, de spécialistes (consultants, ingénieurs) soulignent l’incohérence de la Loi sur la Transition, faits et chiffres à l’appui. Les autres interventions sont publiées soit par des lobbies industriels ou idéologiques, soit par des individualités sur un registre purement émotionnel, véhiculant des idées reçues à priori, fausses, ou des contre vérités criantes. Le contraste est saisissant pour n’importe quel lecteur.
Par ailleurs, la section « questions et réponses » du site de consultation est éloquente : chaque fois qu’un « sujet qui fâche » montrant les incohérences, est posé, la question est renvoyée à un autre organisme ou demeure indéfiniment en « attente de traitement », et pour cause.
De son côté, le Président de l’ADEME vient d’affirmer qu’on ne changera rien.
Pour qui suit la consultation, l’impasse est criante. Mais les médias, prudemment, n’ont pas encore réagi. Le feront‑ils ?
Dans tous les cas, que l’État tienne compte ou pas de la consultation, les institutions en ressortiront affaiblies. Le problème est que la PPE n’y peut rien : c’est la Loi sur la transition écologique et la croissance verte qui s’est donné moyens et objectifs, sans différencier d’ailleurs, les moyens et les objectifs, et sans tenir compte des avis d’experts.
Cela rejoint d’autres sujets, comme les OGM ou le glyphosate, lorsque l’État se transforme en caisse enregistreuse des opinions publiques, au mépris de ses propres agences, institutions et sociétés savantes. Cela se paiera en crédibilité et confiance, ouvrant la porte à des aventures hasardeuses. Nous sommes bien à l’ère post‑moderne, décrite (et souvent appelée de leurs vœux) par les philosophes et sociologues du siècle dernier : la réalité n’est plus, finalement, qu’une construction sociale et culturelle.

08/06/18Le fiasco de l’Europe électrique
Par aveuglement dogmatique, l’Union européenne et tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis 20 ans ont sous-estimé les particularités du marché de l’électricité au point que, selon un ancien président d’EDF (Marcel Boiteux) : «On avait ouvert l’électricité à la concurrence pour baisser les prix et il faut aujourd’hui les élever pour permettre la concurrence».
Idéologie et dérégulation
Un savant mélange d’idéologie et de bureaucratie appuyé par le doux rêve des énergies renouvelables a conduit à un incroyable désordre. Le dogme de l’écologie libérale l’a emporté sur la raison.
La Commission européenne s’est intéressée à l’énergie au début des années 1990 après la mise en place du grand marché intérieur. Elle déclarait en 2001 que “l’ouverture totale du marché de l’énergie est un facteur clé de l’amélioration de la compétitivité de l’Europe et du bien être de ses habitants“.
Les Européens n’ont rien gagné à cette dérégulation du marché de l’électricité. Ils y ont perdu leur argent par le biais de leurs factures d’électricité et de leurs impôts.
Au contraire de ce qui était annoncé en 2001, “l’ouverture totale” a rogné la compétitivité de l’Europe et a diminué le “bien être” de ses habitants.
La logique du “marché subventionné” n’est pas celle du service public
Le marché vise d’abord à réaliser des bénéfices et ensuite, éventuellement, à fournir un service à la collectivité s’il vient conforter le “business”. Un bon moyen de garantir la rentabilité est d’organiser une pénurie, car tout ce qui est rare est cher.
Si le monopole ne conduit généralement pas à l’optimum des coûts, un marché artificiellement construit à coups de soutiens financiers et de subventions peut conduire au pire, c’est-à-dire au “black-out” (coupure générale d’électricité par effondrement du réseau).
Le bazar actuel dans le système électrique européen aboutit à des prix de marché trop bas pour permettre d’investir dans les nécessaires moyens pilotables du futur, et même à des prix de ventes négatifs !
Cette situation ubuesque résulte aussi de l’attitude de l’Allemagne qui a décidé unilatéralement en 2011 l’arrêt définitif de toutes ses centrales nucléaires en 2020, et d’accélérer sa fuite en avant dans l’aventure folle de la production d’électricité à partir de sources d’énergies renouvelables intermittentes.
C’est à cette époque que toute l’Europe a perdu ses repères.
L’électricité a deux particularités :
1) Elle correspond à un besoin vital qui rend le consommateur captif, quel que soit le prix. Qui se passerait de l’ascenseur pour monter au dixième étage ? Qui resterait dans le noir, sans internet, sans télévision et surtout sans chauffage l’hiver ?
Remarque : toutes les chaudières (bois, fuel, gaz) font appel à l’électricité pour fonctionner.
2) C’est une énergie non stockable. Sa production doit correspondre en permanence à la demande variable au fil des minutes, des semaines, et des saisons.
Cette variation de la consommation peut être atténuée par une contrainte “vertueuse” ou “vicieuse”.
L’option vertueuse consiste à pratiquer des tarifs incitant à un étalement de la consommation, comme procédait EDF avec ses tarifs heures creuses / heures pleines incluant des effacements les jours de pointe de consommation.
L’option “vicieuse” mise en œuvre aujourd’hui consiste à ne rien faire et à augmenter les tarifs pour tous afin d’absorber l’explosion des coûts de production due principalement aux énergies renouvelables éoliennes et photovoltaïques.
Une prétendue libre concurrence vivant largement de subventions publiques sur le dos des contribuables et des consommateurs s’est substituée aux prix réglementés.
Acharnement idéologique
Dans son acharnement idéologique à vouloir sauver la planète, la commission européenne a (volontairement ?) sous-estimé les conséquences de l’intermittence des productions renouvelables solaires et éoliennes qui nécessitent d’être secondées par des centrales électriques disponibles à tout moment.
En France, le parc “pilotable” est adapté à la production globale annuelle d’électricité (il est même exportateur), mais il est déjà sous adapté pour répondre à la demande de puissance lors des pointes de consommation l’hiver.
En 2022, les dernières centrales à charbon seront fermées sans mettre de nouveaux outils pilotables en service. La puissance garantie disponible de 84 gigawatts (GW) sera alors inférieure de plus de 10 GW au besoin de pointe qui varie de 94 GW en 2018 à plus de 100 GW en 2016.
Les appels à l’importation peuvent rapidement se révéler impossible. Tous les pays qui nous entourent vont devenir sous adaptés à la pointe de consommation, et notamment l’Allemagne qui prévoit d’arrêter 22 GW de nucléaire dans… 2 ans.
Plaque de cuivre et flexibilité
Ainsi, vers 2022, aucun des voisins de la France ne pourra plus la soutenir en apportant la puissance manquante à la pointe de consommation car ils assureront leurs propres besoins nationaux au même moment. Il ne sert donc à rien de renforcer les interconnexions et de parler de “plaque de cuivre” s’il n’y a rien à y faire transiter les nuits sans vent.
Dans ces conditions, la flexibilité d’un parc pilotable (conventionnel ou nucléaire) censée compenser l’intermittence du vent et du soleil est une fumisterie destinée à flouer les citoyens français (contribuables et consommateurs). Ces derniers ne pourront que constater le fiasco d’un processus délibéré qui abouti à lui faire payer plus cher un système de plus en plus fragile et moins disponible ! Mais cet argent ne sera pas perdu pour tous ceux qui auront su profiter de cette scandaleuse aubaine financière.
Les mêmes qui, en Europe et au gouvernement, ont fait le choix délirant de déréguler le marché et de donner, en même temps, la priorité aux énergies renouvelables par de gigantesques subventions s’étonnent aujourd’hui du rejet d’une certaine Europe.
N’aurait-il pas été préférable de soutenir la prolongation du parc nucléaire jusqu’à 60 ans comme aux Etats-Unis5 (dont 84 des 99 réacteurs ont obtenu cette prolongation, et une réflexion est en cours pour 80 ans…), ou en Suède ?
Pour aboutir à un tel fiasco dans le domaine de l’électricité, il faut croire qu’un idéalisme béat a tenu lieu de jugeote à la Commission européenne, car personne n’oserait imaginer que tout cela pourrait être une affaire de “gros sous” entre divers lobbies affairistes, gaziers et antinucléaires, au détriment des Européens.
https://metamag.fr/2018/06/08/le-fiasco-de-leurope-electrique/
08/06/18Le nucléaire, l’atout de la transition énergétique française ?
Le principe de la transition énergétique ne fait plus débat en France. Le nucléaire est voué à reculer au sein du mix énergétique. D’ici à 2030, sa part dans la production globale d’électricité passera de 72 à 50%. Il est par ailleurs prévu entre temps la fermeture des dernières centrales thermiques encore en service. Désormais la question est de savoir comment et à quelles conditions les énergies renouvelables pourront s’y substituer. Tels sont les véritables enjeux des discussions actuellement en cours pour la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). La question devra être tranchée fin 2018 mais il faudra garder clairs les objectifs. La transition énergétique se fera avec le nucléaire, seule réponse pour concilier les impératifs de croissance et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Sans stockage des énergies vertes, pas de réduction du nucléaire
Pour réduire la part du nucléaire à 50%, la France n‘a pas d’autre choix que de fermer certains réacteurs. En novembre 2017, le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, reconnaissait que l’objectif initialement fixé à horizon 2025 serait difficile à tenir. Or, le rythme de fermeture des centrales dépend du développement des énergies renouvelables à la fois pour des raisons de tuilage de calendrier mais aussi de ressources. « On ne va pas reculer en permanence la date d’atterrissage à 50% de nucléaire dans la production d’électricité : à cet égard, la clé c’est l’accélération du développement des énergies vertes. » rappelle Sébastien Lecornu dans une interview à La Tribune. Se désengager du nucléaire a un coût économique, social et financier non négligeable. Autant de ressources qui ne vont pas au développement des énergies vertes. Le seul soutien public à l’énergie solaire coûte chaque année 3 milliards d’euros soit la moitié de l’enveloppe destinée à l’électricité d’origine renouvelable.
Mais tout n’est pas question de budget. Il faut aussi évaluer notre capacité à faire. Et à ce jour, le bilan des énergies renouvelables est très contrasté. L’éolien terrestre a souffert jusqu’à présent d’un problème d’acceptabilité locale. L’éolien offshore est en souffrance (L’objectif de production annuel qui était de 6 000 MW en 2020 ne pourra pas être atteint puisque les premières installations ne seront mises en service qu’en 2021/2022). Le photovoltaïque qui a connu lui aussi un retard important est de nouveau soutenu par les pouvoirs publics au travers de nombreux appels d’offre. Toutefois jusqu’à présent, seuls l’éolien et le solaire ont été encouragés au détriment de la biomasse, qui représente également de nombreux avantages pour la mobilité et le chauffage.
Reste que la production issue des énergies renouvelables demeure dépendante des aléas climatiques et qu’elle ne peut être ni anticipée, ni contrôlée, ni stockée en abondance. Là aussi, on devrait voir dans les prochaines années des applications de stockage significatives grâce notamment au plan hydrogène déployé par le gouvernement. Un bilan qui laisse perplexe donc quant à l’atteinte de l’objectif des 32 % d’ENR en 2030. En 2016, les ENR, qui ne représentaient que 16% de la consommation finale d’énergie, ont conduit Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables à rappeler que « La cible de 23% en 2020 ne sera pas atteinte.»
Le nucléaire, la seule énergie décarbonée à impact neutre sur les rejets de gaz à effet de serre
La France fait partie des six pays au monde à avoir déjà atteint l’objectif de 80 % d’électricité décarbonée. Un résultat obtenu grâce au nucléaire et au développement des ENR. Mais paradoxalement, elle a accusé en 2017 une hausse de 4 % des émissions de CO2 par rapport à l’année précédente du fait d’un pic de la consommation finale énergétique de +0,9 % (+1,5 % en Europe) pour accompagner la croissance économique (+2%). Un signal fort du retour et du recours à l’énergie fossile pour la production d’électricité. En Allemagne, elle représente 40 % de la production électrique depuis la décision de l’arrêt total des réacteurs nucléaires d’ici à 2022. Avec 11,5 tonnes de CO2 par habitant contre 6,5 pour la France, notre voisin continue d’être l’un des plus gros pollueurs européens malgré son discours volontariste en matière de lutte contre le réchauffement climatique. De l’autre côté, le Royaume-Uni qui sort de sa dépendance au charbon grâce au gaz naturel et au nucléaire a baissé de 3 % ses émissions de CO2 en 2017. CQFD.
Mais avec un parc nucléaire qui contribue à hauteur de 72 % des besoins électriques du pays, le cas français est plus complexe. Faire baisser les rejets de CO2 est plus difficile, d’autant que cet objectif est concurrencé par la volonté de faire baisser la part du nucléaire dans le mix énergétique. « Le nucléaire rentre d’autant plus naturellement dans le mix énergétique qu’il produit de l’électricité » explique Brice Lalonde, par ailleurs ancien ministre de l’Environnement pour qui le nucléaire est « un atout important qu’il ne faut pas balayer d’un revers de la main. »
Aussi, le gouvernement n’a plus de temps à perdre. Il doit pleinement assumer « La priorité de l’enjeu climatique : viser la neutralité carbone de la production d’électricité à l’horizon 2050.» Comment accompagner la croissance mondiale tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre sans nucléaire ? La fermeture des quatre centrales à fioul et à charbon encore en activité est un élément de réponse à l’instar de celle de Cordemais régie par EDF (Loire-Atlantique) et fermée définitivement le 31 mars dernier en vue d’un projet de reconversion vers des activités bas-carbone.
Le nucléaire, garantie de la sécurité d’approvisionnement
La sécurité d’approvisionnement constitue un élément indispensable de la PPE. Or la garantie d’accès à une source d’énergie fiable et bon marché et la réduction de la dépendance aux importations (la France est énergétiquement dépendante à hauteur de 50%) repose sur l’adéquation des capacités à la demande d’électricité et la sûreté de fonctionnement du système électrique. Le tout assuré par Réseau de transport de l’électricité (RTE). Le Code de l’énergie français tolère une durée moyenne de trois heures annuelles en cas de défaillance causée par un déséquilibre entre l’offre et la demande contre huit heures en Irlande et même vingt en Belgique. Cette approche plus restrictive impose un parc de production nucléaire sûr et capable de moduler sa production face aux pics de consommation en complément d’énergies renouvelables. Une adaptabilité qui demeure actuellement indispensable tout en offrant aux particuliers le prix de l’électricité le plus bas d’Europe de l’Ouest.
En outre, contrairement aux énergies fossiles, le nucléaire n’émet aucun rejet dans l’atmosphère à l’origine de maladies respiratoires qui représentent un coût de 100 milliards d’euros par an, un coût à mettre en parallèle avec le milliard d’euros de taxes locales récoltées chaque année grâce aux centrales qui emploient par ailleurs pas moins de 220.000 personnes.
Les futurs besoins en consommation font débat. Aussi serait-il malvenu pour un pays comme la France de renoncer à son indépendance énergétique si d’aventure la part du nucléaire reculait plus vite que les énergies renouvelables ne se développent. Mais les acteurs comme Orano et EDF ont été clairs. Quelle que soit l’issue du débat public à fin juin, ils accompagneront les territoires.
http://www.enviro2b.com/2018/06/08/nucleaire-ppe-transition-energetique-francaise-edf-orano/
07/06/18Est-il vrai qu’il faudrait 7000 éoliennes pour remplacer Fessenheim ?
Les calculs varient selon que l'on compare la puissance disponible ou la production d'énergie.
Bonjour,
Plusieurs chiffres circulent sur le nombre d’éoliennes qui seraient nécessaires pour compenser la production d’électricité de la centrale de Fessenheim, dont la fermeture pourrait être repoussée à l’été 2019. La semaine dernière, lors d’un débat sur la transition énergétique organisé à Bordeaux, le compte twitter du Monde Le Monde Smart Cities a relayé du délégué régional d’EDF en Nouvelle-Aquitaine : 
“Il faudrait 7 000 éoliennes pour remplacer Fessemheim”
Tweet corrigé ensuite par le fournisseur d’électricité, qui soutient que son délégué régional parlait en fait de la centrale du Blayais, située à 60 km de Bordeaux.
Entre-temps, Paul Neau, membre de l’association NegaWatt, a fait son propre calcul pour contrecarrer celui du délégué régional d’EDF, et en conclut, avec un résultat diamétralement opposé, que seules 900 éoliennes terrestres seraient nécessaires pour compenser la fermeture (de Fessenheim, et non du Blayais). 
(Pour produire 5,7 TWh (la production des deux réacteurs de Fessenheim en 2017), il ne faut pas 7 000 éoliennes, mais ...seulement 900 éoliennes terrestres !(900 * 3 MW * 2 100 h).Ou bien ...262 éoliennes en mer (cf. projet de Saint-Nazaire)
En fait, les deux parties s’appuient sur des éléments différents pour effectuer leur comparaison. EDF compare la puissance disponible du nucléaire avec les éoliennes, et Paul Neau compare la production d’énergie. «Les résultats diffèrent selon que l’on parle de production ou de puissance disponible», explique Cédric Philibert, de la branche énergies renouvelables de l’agence internationale de l’énergie (AEI).
Que produisent les éoliennes?
Calculons d’abord combien d’éoliennes seraient nécessaires pour remplacer les centrales de Fessenheim ou du Blayais (selon les deux exemples ci-dessus), en nous concentrant sur l’énergie produite par les deux types d’installation sur une année.
Les 6500 éoliennes installées en France ont une capacité totale de puissance de 13,559 gigaWatts (GW). Arrondissons ce chiffre à 13.
Selon le panorama de l’électricité renouvelable, 24 térawattheures (TWh) d’énergie ont été produits par ces éoliennes en 2017, soit 24 000 gigawattheures (GWh).
Le rapprochement de ces chiffres (la puissance théorique et la production) permet de voir que les éoliennes, évidemment, ne fonctionnent pas en permanence. En divisant la production totale annuelle (24000 GWh) par la capacité (13GW), on arrive à un fonctionnement moyen du parc de 1846 heures en équivalent heures pleines dans l’année. Si on compare cela au total des heures dans une année (8760), on pourrait résumer en disant que les éoliennes ne fonctionnent à plein que 21% du temps. Dans le jargon, on dira que le facteur de capacité est de 21%.
Combien d’éoliennes seraient nécessaires pour compenser la production électrique de Fessenheim?
La centrale la plus vieille de France dispose de deux réacteurs de 900 MW chacun. Théoriquement, elle a donc une puissance de 1800 MW. Mais comme les éoliennes, une centrale ne produit pas à 100% tout le temps. «Le parc nucléaire français a produit 379,1 TWh en 2017, pour une capacité de 63 GW. Les centrales ont donc fonctionné en moyenne 6005 heures en équivalent heures pleines, un facteur de capacité de 69%», nuance Cédric Philibert. Ainsi, la centrale de Fessenheim a produit ces dernières années 10,8 TWh.
Pour calculer le nombre d’éoliennes nécessaires pour compenser cette production, il faut d’abord savoir de quelles éoliennes on parle. Les éoliennes ont en effet une puissance variable. Selon EDF, les éoliennes ont une puissance moyenne de 3MW. Retenons cette valeur. Il faut aussi tenir compte du facteur de capacité de 21% obtenu ci-dessus. En partant de ces données, on aboutit à ce résultat : il faudrait 1951 éoliennes (ayant une puissance de 3MW, et fonctionnant à plein 21% du temps) pour produire en une année autant d’énergie que la centrale (10,8 TWh).
On arrive ainsi à un nombre d’éoliennes deux fois plus important que ce que disait Paul Neau. Explication : ce dernier a basé ses calculs sur la seule année 2017, pendant laquelle la centrale a produit seulement 5,7 TWh, soit presque deux fois mois que sa production moyenne des dernières années. C’est ainsi qu’on arrive (presque) à son chiffre de 900 éoliennes.
Paul Neau précise même dans son tweet que si on prend des éoliennes offshore, dont le facteur de capacité et la puissance sont plus importants que les éoliennes terrestres (40% et 6MW), les données changent. Il ne faudrait plus «que» 514 éoliennes offshore pour compenser pour compenser les 10,8 TWh habituellement produits par Fessenheim, et 271 pour compenser les 5,7 TWh produits en 2017. Notons toutefois qu’il n’existe pas encore d’éolienne offshore, les premières devant être installées à Saint-Nazaire.
En revanche, ces calculs ne valent plus si on parle du Blayais comme l’avait corrigé EDF. La centrale a en effet une puissance deux fois plus importante que celle de Fessenheim, puisqu’elle dispose de 4 réacteurs de 900 MW chacun. Sa production en 2016 était de 24TWh. Pour la compenser, il faudrait cette fois 4333 éoliennes terrestres ayant une puissance de 3MWh. Même là, on est loin des 7000 évoqués par EDF.
Comparaison par puissance disponible
EDF est en revanche moins dans l’erreur si on regarde un autre indicateur, celui de la puissance disponible – et en particulier de la puissance disponible aux heures de pointe. Dans le jargon, on appelle cela le «crédit de capacité», qui correspond à la «puissance ferme» (appelable à volonté) que peut remplacer une installation renouvelable nouvelle sans risque de défaillance du réseau.
Ce «crédit de capacité» est calculé en prenant notamment en compte le caractère aléatoire de l’éolien, mais aussi sa flexibilité (une éolienne est moins rigide à remettre en route qu’une centrale, que l’on n’arrête pas du jour au lendemain).
Or, on considère que le crédit de capacité (qui diminue au fur et à mesure du taux de pénétration de l’éolien) est de 10%. Ce qui signifie que 3MW d’éolien permettent de remplacer seulement 300kW de puissance ferme.
On estime, par comparaison, que le crédit de capacité du nucléaire est autour de 70%, explique Cédric Philibert.
Pour remplacer une centrale de 1800 MW fonctionnant «normalement», en tenant compte des crédits de capacité respectifs de l’éolien et du nucléaire, il faudrait un peu plus de 4000 éoliennes d’une puissance moyenne (3MW).
En résumé, les partisans du renouvelable choisissent d’effectuer la comparaison en regardant la production des éoliennes et des centrales, alors que les autres choisissent de comparer la puissance disponible.
http://www.liberation.fr/checknews/2018/06/07/est-il-vrai-qu-il-faudrait-7000-eoliennes-pour-remplacer-fessenheim_1656464

30/05/18Bilan énergétique 2017 du G20 : l’Accord de Paris oublié
Les optimistes avaient tort. Ils ont cru, sur la foi des bilans énergétiques et d’émissions de CO2 de 2014 à 2016 que le monde s’était engagé dans une voie vertueuse. Moins d’appétit énergétique, moins d’émissions de gaz à effet de serre bousculant le climat. Les chiffres du bilan énergétique 2017 du G20 – les 20 pays les plus puissants et représentant 80% de la consommation d’énergie dans le monde (1) – viennent d’être publiés par le cabinet Enerdata, en avance sur les institutions officielles. Ils montrent que les pessimistes avaient raison. La tendance des trois années n’était qu’un épisode, brutalement terminé par une contre-tendance : plus d’énergie, et surtout plus de charbon, de gaz et de pétrole, et donc plus d’émissions de CO2. Revue de détail en graphiques (tous fournis par Enerdata).
La croissance du PIB est repartie vivement avec 3,5%. La consommation d’énergie a grimpé de 2,1%… et les émissions de CO2 liés à cette énergie de 2%. Oubliée la modération énergétique, oublié le découplage croissance économique mesurée par le PIB et énergie, oublié la décarbonation de l’énergie… oublié l’Accord de Paris sur le climat.
Cet Accord de Paris, déjà très insuffisant pour limiter la hausse de la température moyenne planétaire aux 2°C visés, supposait en effet une réduction annuelle de 2,9% des émissions à partir de 2015 et jusqu’en 2050 pour le G20. Rien que les trois années qui viennent de s’écouler, avec trois hausses dont la plus forte en 2017, font monter cette réduction annuelle à 3,5% d’ici 2050. L’objectif s’éloigne…
Le géant Indien succède au géant Chinois
Une vision plus précise, par pays et pour l’Union Européenne, montre que les tendances à l’oeuvre vont se poursuivre :

Si la croissance de la consommation d’énergie du géant chinois se ralentit, elle demeure forte… et le géant indien a pris la succession. Les pays de l’Union Européenne, censés être les plus « vertueux » ne parviennent même pas à stabiliser leurs consommations, alors même que leurs démographies stabilisées, leur niveau de vie élevés et la faiblesse de leurs productions d’hydrocarbures constituent autant de facteurs favorables à cet objectif.
Même la décarbonation des économies et systèmes énergétiques marque le pas, comme le montre la hausse des émissions de CO2 :
Le seul pays qui diminue les siennes est… les Etats-Unis d’Amérique. Ce qui n’est pas si glorieux que cela car les émissions par habitant du pays de Donald Trump demeurent à un niveau très élevé, avec 15,6 tonnes par an, près de trois fois celles d’un Chinois ou d’un Européen, désormais similaires à 6,4 tonnes par an. Une diminution obtenue ces dernières années pour l’essentiel par le recours accru au gaz pour générer de l’électricité au détriment du charbon.





L’incapacité des pays du G20 à décarboner leurs systèmes énergétiques malgré l’essor considérable des énergies renouvelables est probablement l’un des signaux les plus négatifs de cette évolution. Surtout que les prix du charbon, du gaz et du pétrole ont augmenté en 2017, ce qui aurait du pousser à modérer leurs usages. Or, on observe le contraire.
La consommation de pétrole est ainsi boostée par la croissance rapide du parc automobile en Chine, en Inde, et, même si elle est plus lente, en Europe. Le modèle de mobilité par la voiture et du camion pour fret routier, les deux utilisant des moteurs thermiques, continue de dominer les esprits et les politiques d’aménagement d’infrastructures de transport. La rupture avec ce modèle, ou la disponibilité de moteurs électriques et d’une électricité décarbonée apparaissant comme une des conditions sine qua non de la mise en oeuvre de l’Accord de Paris.
La consommation de gaz montre une vive croissance, tant pour l’électricité que pour les usages domestiques (chauffage et cuisson). L’exploitation des gaz de roches-mères (dit aussi de schiste) aux Etats-Unis contribue à cette expansion rapide. Les USA sont d’ailleurs devenu un acteur significatif de l’exportation de gaz sous forme liquide par navires, une activité boostée en 2017 par une légère diminution de la production d’électricité au gaz.
Le paradoxe de l’électricité
La production d’électricité illustre un paradoxe : malgré la progression spectaculaire des ENR (éolien et solaire), elle continue d’alimenter la croissance des émissions de CO2. Un paradoxe expliqué par le graphique suivant :
Ce graphique montre une croissance spectaculaire des renouvelables (le détail suit)… mais si l’usage du pétrole, déjà modeste, pour générer de l’électricité, continue de faiblir, ceux du charbon et du gaz continent d’augmenter, avec une domination écrasante du charbon. Autrement dit, l’appétit d’électricité augmente plus vite que la croissance pourtant rapide des volumes d’électricité d’origine éolienne, solaire ou hydraulique.
L’éolien et le solaire ont entamé une vive croissance depuis une dizaine d’années, avec un effet particulièrement spectaculaire : la Chine tient désormais le deuxième rang mondial pour l’éolien, derrière l’Union Européenne avec 300 TWh en 2017. Et s’est hissé au premier rang mondial pour le solaire : elle atteint les près de 140 TWh en 2017 contre 120 TWh pour l’Union Européenne.

Quelques chiffres sur l’évolution des mix électriques ces dernières années permettent de saisir les raisons de ce paradoxe :
Ces pourcentages pourraient laisser croire que les mix électriques contribuent à une décarbonation… mais cela n’est vrai que pour des volumes produits en stagnation ou en diminution. La vive croissance en Chine montre ainsi que l’on peut diminuer la part de son mix électrique carboné… et pourtant augmenter ses émissions.
Un zoom en Europe montre aussi que les évolutions sont dominées par la base existante. Ainsi, la Grande-Bretagne peut afficher une évolution très favorable de son mix… et de ses émissions de CO2 en raison d’un point de départ très carboné, puis de l’éviction rapide du charbon ces dernières années sous la montée des renouvelables et le maintien de son nucléaire.
En revanche, l’Allemagne affiche un résultat positif mais moins intéressant, malgré un effort beaucoup plus considérable sur les renouvelables. La part du charbon n’a baissé que de 4 points de pourcentage depuis 2010 alors que celle des renouvelables a grimpé de 16 points. Mais comme le nucléaire a diminué de 10 points les émissions n’ont pas diminué autant que ce que l’on pouvait espérer. En outre, l’arrêt définitif du nucléaire d’ici 2022 va faire disparaître cette production décarbonée et pilotable du mix électrique ce qui devrait faire, au mieux, stagner les émissions à cette échéance.

De son côté, la France affiche un bon et déjà ancien résultat pour la décarbonation de son mix électrique, mais avec un très faible potentiel d’évolution puisque le charbon a presque disparu (les derniers 3 000 MW installés devraient être fermés d’ici la fin du quinquennat) et que le gaz occupe une place modeste, mais très utile au pilotage de l’équilibre offre/demande, dans le total.
Sylvestre Huet
(1) 20 membres (19 Etats et l’Union européenne) : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, Union européenne. Ses Etats membres représentent 85% du PIB mondial, deux tiers de la population mondiale, 75% du commerce mondial, 80% de l’investissement global, 92% des dépenses mondiales en R&D.
http://huet.blog.lemonde.fr/2018/05/30/bilan-energetique-2017-du-g20-laccord-de-paris-oublie/

29/05/18PPE : les préconisations de l’Ademe
La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) a été pensée comme un véritable outil de pilotage de la politique énergétique française : établie en étroite cohérence avec la stratégie nationale bas carbone, son rôle est de fixer les grandes trajectoires de notre politique énergétique pour les années à venir et de définir les actions concrètes qui mèneront vers la décarbonation et la diversification de notre mix énergétique.
Face aux évolutions technologiques et aux incertitudes qui affectent le monde de l’énergie, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a récemment publié sa contribution à ce vaste débat public qui doit se terminer fin juin.
Les conditions de réussite de la transition énergétique
C’est à travers la publication de son « cahier d’acteur » que l’Ademe a décidé de participer au vaste et ambitieux débat qu’est la révision de la PPE pour la période 2019-2023.
Ce document, rendu public ce mardi 22 mai, contient en effet des préconisations simples qui visent à atteindre de manière efficace et dans les délais souhaités les objectifs de notre transition énergétique.
Et pour les auteurs de ce document, il n’y a aucun doute : l’atteinte de ces objectifs est conditionnée par une double problématique de baisse de la consommation énergétique et de hausse de la production renouvelable.
« Pour l’Ademe, les enjeux de maîtrise de demande d’énergie et de développement des énergies renouvelables sont des facteurs clés de la lutte contre le changement climatique. Sans réduire fortement les consommations d’énergie, les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre apparaissent inatteignables », expliquent à ce titre les auteurs du cahier d’acteur de l’Ademe.
Baisser drastiquement la consommation d’énergie
La première préconisation de l’établissement public est donc de baisser drastiquement les volumes d’énergie consommée au sein de l’Hexagone : l’Ademe plaide en effet pour une réduction de 30% de la consommation française d’énergie finale d’ici l’horizon 2035, un effort qui permettra notamment de mettre la France sur la voie de la neutralité carbone prévue pour 2050.
Pour y parvenir, l’Agence estime qu’il sera essentiel de se concentrer sur une double priorité : la rénovation des bâtiments et l’évolution de nos modes de transport.
La baisse de la consommation d’énergie doit donc reposer sur un plan de rénovation massif des bâtiments existants ainsi que sur une mutation progressive des comportements de mobilité des personnes et des marchandises.
« Les baisses de consommation sont d’environ 30%, grâce à la rénovation énergétique performante de 500 000 logements par an. Pour les transports, elles sont de 50%, grâce à l’évolution des pratiques de mobilité et des technologies de propulsion des véhicules (gaz, électricité) qui devraient entraîner une baisse significative de la consommation de pétrole, dès 2030 ».
Développer la production d’énergies renouvelables
La seconde préconisation de l’Ademe est de doubler la part des énergies renouvelables dans notre mix énergétique afin d’augmenter de 70% la production renouvelable française d’ici l’horizon 2028.
En d’autres termes, la production renouvelable passerait de 290 TWh (en 2016) à près de 490 TWh en à peine une décennie. Une évolution considérée par les auteurs du rapport comme « techniquement possible »mais surtout « économiquement souhaitable » dans un contexte de hausse des prix des énergies fossiles.
La production de ces 200 GWh d’électricité supplémentaire doit passer par une forte croissance du secteur photovoltaïque (entre 27 et 30 GW de puissance installée en 2028) et éolien terrestre (entre 25,5 et 28 GW de puissance installée en 2028).
L’Ademe propose également de développer 6 GW de puissance éolienne en mer « en mettant en opération les 6 premiers parcs éoliens offshore avant 2023 et en mettant en place une nouvelle procédure d’appel d’offres ».
Le cahier d’acteur de l’Ademe plaide également pour le développement de trois autres filières renouvelables, notamment dans le cadre de la production de chaleur : le bois-énergie (hausse de 28 TWh d’ici 2028), la méthanisation (+27 TWh) et les pompes à chaleur (+21 TWh).
L’Ademe rappelle qu’au-delà des enjeux climatiques, la transition est également une véritable opportunité économique pour notre pays.
L’évolution du mix énergétique suggéré par ce cahier d’acteur permettrait en effet de créer jusqu’à 340.000 emplois d’ici 2035, alors que la réduction de la consommation énergétique engendrera une hausse de 7,5% du revenu disponible des ménages.
http://www.lemondedelenergie.com/ppe-preconisations-ademe/2018/05/29/



28/05/18 : Programmation pluriannuelle de l’énergie : l’Ademe publie son cahier d’acteur
Alors que le débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) bat son plein, l’Ademe formule une série de propositions pour une transition énergétique réussie. Pour atteindre les objectifs de la loi dans les délais souhaités, l’agence estime nécessaire de baisser de 30% les consommations d’ici 2035 et de doubler la part de production renouvelable d’ici 2028. Elle rappelle en outre que la transition énergétique est créatrice d’emplois et de valeurs sur les territoires.
Dans le cadre du débat public sur la PPE, l’Ademe analyse les grands enjeux de la transition énergétique et propose des pistes d’évolution pour les années à venir.
L’agence préconise de baisser la demande énergétique de 30% d’ici 2035 grâce notamment à l’amélioration progressive des technologies et l’efficacité énergétique, à la massification de la rénovation du parc de bâtiments et à une évolution progressive des comportements de mobilités des personnes et de transport de marchandises.
« Les gains d’efficacité énergétique permettront de réduire les consommations d’électricité et de gaz, tout en augmentant la part relative de l’électricité dans le mix énergétique total par transfert de certains usages (pompes à chaleurs pour la chauffage, véhicules électriques) », souligne l’Ademe.
Une production EnR plus importante

L’entité préconise également d’augmenter de 70% la production renouvelable d’ici 2028 : « Les énergies renouvelables s’affirment comme les énergies du XXIe siècle. La France a donc tout intérêt à se positionner comme une acteur majeur ».
Actuellement 15% de la consommation finale d’énergie en France est produite par des énergies renouvelables, souligne l’Ademe. Or, la loi de transition énergétique pour la croissance verte prévoit un objectif de 32% d’EnR en 2030. L’agence se veut cependant confiante : l’atteinte des objectifs « est possible en développant massivement un large panel de ressources renouvelables pour couvrir les besoins de chaleur/froid, d’électricité et de carburant, tout en diminuant nos consommations d’énergie ».
5 filières présentent un fort potentiel de développement et devront faire face à des enjeux particuliers ces prochaines années : la filière bois-énergie, les pompes à chaleur, l’éolien, le solaire photovoltaïque et la méthanisation.
Pour les accompagner dans leur développement, l’Ademe recommande de :
- Maintenir les signaux économiques favorables à l’efficacité énergétique et au développement des renouvelables, notamment en augmentant notablement le niveau de la fiscalité carbone en 2030 ;
- Maintenir une visibilité des objectifs pour faciliter la structuration des filières renouvelables ;
- Faciliter l’appropriation territoriale des EnR et le financement participatif.
La transition énergétique, source d’emplois et de valeurs sur les territoires

L’Ademe rappelle enfin que la transition énergétique présente de nombreux bénéfices pour l’économie. Elle pourrait créer 340 000 emplois à l’horizon 2035, dont une part croissante d’emplois non délocalisables liés à l’exploitation des EnR et des opportunités de développement industriel.
La baisse des consommations associée au développement des renouvelables se traduirait « par une augmentation du revenu disponible des ménages (+7,5%). »
Répondre aux objectifs de la transition énergétique permettrait en outre aux territoires de valoriser les ressources énergétiques locales plutôt que dépendre massivement des importations d’énergie fossile.
La transition énergétique « c’est également définir un cadre qui permettra de faciliter la réappropriation de la question de l’énergie au plus près des territoires ». L’Ademe se réfère notamment à l’autoconsommation « qui connaîtra sans doute un très fort développement dans les années à venir ».
« Au regard de la désinformation qui peut exister lorsque que l’on veut débattre de l’énergie dans notre pays, l’Agence est ici totalement dans son rôle d’expert au service de la transition énergétique, en soulignant que la baisse de la consommation d’énergie est à la fois une nécessité pour réussir la transition et une opportunité pour améliorer notre compétitivité et augmenter le revenu disponible des ménages, et en montrant que des évolutions du mix énergétique sont possibles, parce que les énergies renouvelables sont techniquement envisageables, économiquement viables et socialement souhaitables », précise enfin Arnaud Leroy, Président de l’Ademe.


10/05/18
Oui, le solaire et l’éolien augmentent vraiment les prix de l’électricité
Le coût élevé de l’énergie solaire et éolienne découle de leurs contraintes physiques et environnementales. Elles sont diffuses, diluées, non fiables et non pilotables.
Dans mon dernier article, j’ai soulevé un paradoxe : si les panneaux solaires et les éoliennes sont si bon marché, pourquoi rendent-ils l’électricité si chère ?
Une raison essentielle semble être leur caractère intrinsèquement peu fiable nécessitant des ajouts coûteux au réseau électrique sous la forme de centrales au gaz, de barrages hydroélectriques, de batteries, ou de toute autre forme d’énergie de secours.
Plusieurs lecteurs ont souligné que je n’avais pas mentionné un coût énorme à imputer aux énergies renouvelables : de nouvelles lignes électriques. Elles sont beaucoup plus chères pour le solaire et le vent que pour les autres centrales électriques. Et c’est vrai dans le monde entier pour des raisons physiques.
Il faudrait 18 centrales solaires d’Ivanpah en Californie pour produire la même quantité d’électricité que la centrale nucléaire de Diablo Canyon. Et là où un seul ensemble de lignes électriques est nécessaire pour acheminer l’électricité produite par Diablo Canyon, il en faudrait 18 séparées pour les fermes solaires comme Ivanpha.
De plus, ces lignes utilisées seulement une partie du temps et dupliquées, sont dans la plupart des cas plus longues parce que les fermes solaires sont situées loin dans le désert, là où il fait beau et où la terre est bon marché.
En revanche, les centrales nucléaires de Diablo Canyon et de San Onofre se trouvent sur la côte, proche de l’endroit où vivent la plupart des Californiens. (C’est vrai aussi pour l’éolien).
D’autres lecteurs remettent en question l’affirmation selon laquelle l’augmentation des déploiements solaires et éoliens augmente les prix de l’électricité.
Voici ci-dessous ce que mes collègues Madison Czerwinski et Mark Nelson ont trouvé :
Pour l’ensemble des États-Unis, les prix de l’électricité ont augmenté de 7% alors que l’électricité produite à partir de l’énergie solaire et éolienne est passée de 2 à 8% entre 2009 et 2017
Au Dakota du Nord, les prix de l’électricité ont augmenté de 40% alors que l’électricité produite par l’énergie solaire et éolienne est passée de 9% à 27% entre 2009 et 2017.
Au Dakota du Sud, les prix de l’électricité ont augmenté de 34% tandis que l’électricité produite à partir de l’énergie solaire et éolienne est passée de 5 à 30% entre 2009 et 2017.
Au Kansas, les prix de l’électricité ont augmenté de 33% alors que l’électricité produite par l’énergie solaire et éolienne est passée de 6% à 36% entre 2009 et 2017.
En Iowa, les prix de l’électricité ont augmenté de 21% alors que l’électricité produite par l’énergie solaire et éolienne est passée de 14 à 37% entre 2009 et 2017.
En Oklahoma, les prix de l’électricité ont augmenté de 18% tandis que l’électricité produite à partir de l’énergie solaire et éolienne est passée de 4% à 32% entre 2009 et 2017.
Qu’en est-il d’Hawaï, de la Californie et du Nevada qui produisent au moins 10% d’énergie solaire dans leur mix ?
À Hawaii, les prix de l’électricité ont augmenté de 23%, tandis que ceux de l’énergie solaire et éolienne sont passés de 3% à 18% entre 2009 et 2017.
En Californie, les prix de l’électricité ont augmenté de 22%, tandis que ceux de l’énergie solaire et éolienne sont passés de 3% à 23% entre 2009 et 2017.
Cela signifie-t-il que le déploiement de l’énergie solaire et éolienne à grande échelle augmente toujours et partout les prix de l’électricité ?
Non. Dans certains cas, le coût élevé de l’énergie solaire et éolienne est compensé par des baisses beaucoup plus importantes des autres combustibles, à savoir le gaz naturel.
Le Texas et le Nevada en sont deux exemples.
Au Texas, les prix de détail de l’électricité ont chuté de 14% tandis que la production d’électricité issue du soleil et du vent grimpait de 5% à 15% entre 2009 et 2017.
Au Nevada, les prix de l’électricité ont baissé de 15% tandis que l’électricité solaire et éolienne passait 1% à 12% entre 2009 et 2017.
Cependant, il n’est pas anormal qu’il y ait des situations « aberrantes » comme au Texas et au Nevada. De nombreux facteurs déterminent les prix de l’électricité.
Le Texas, par exemple, est l’épicentre de la révolution des gaz de schiste. Entre 2009 et 2017, les prix du gaz pour les centrales électriques du Texas ont chuté de 21% et les prix de gros de l’électricité ont chuté de 21%.
Au Nevada, les centrales solaires sont, comme celles de Californie, les plus efficaces du pays, produisant de l’électricité avec un « facteur de charge » de 30% (elles produisent à leur puissance maximale 30% du temps sur une année). Cet état a ainsi bénéficié de gaz bon marché et d’un climat extrêmement ensoleillé.
En revanche, l’énergie solaire dans le New Jersey a un facteur de charge de seulement 12%.
Intégrer l’énergie solaire intermittente dans le réseau est facile à gérer quand des centrales au gaz peuvent compenser leurs variations. Et c’est beaucoup plus facile à faire quand la part d’électricité solaire dans le mix est de seulement 12% que lorsqu’elle est de 20% ou de 30%.
Ce qui est remarquable aux Etats-Unis, dans la plupart des états fortement dotés en éoliennes et panneaux solaires, c’est que les prix de l’électricité ont beaucoup augmenté pendant baisse importante des prix du gaz naturel…
Si les prix du gaz n’avaient pas chuté au début du développement à grande échelle des énergies solaire et éolienne dans certains états, les hausses de prix auraient été encore beaucoup plus importantes.
Partout dans le monde, de l’Allemagne à l’Espagne, et du Danemark à l’Australie-du sud, le développement, même modeste, des énergies solaire et éolienne conduisent à de fortes augmentations des prix de l’électricité.
En Espagne, ils étaient inférieurs à la moyenne européenne en 2009. Ils sont aujourd’hui parmi les plus élevés d’Europe, ce qui a conduit le gouvernement à réduire puis à supprimer les subventions ces énergies renouvelables.
Certains lecteurs ont suggéré que la contribution des énergies solaire et éolienne aux prix élevés de l’électricité est un héritage de projets plus anciens et plus coûteux. Cette réflexion impliquerait que leur développement diminuerait les coûts à l’avenir, mais ignore la physique et l’économie. Pour des raisons physiques, la valeur économique des énergies solaire et éolienne diminue à mesure que leur part augmente dans le réseau d’électricité. Ces moyens produisent trop d’énergie quand les sociétés n’en ont pas besoin, et pas assez d’énergie quand elles en ont besoin.
Ce problème peut être temporairement résolu par des solutions de rechange à court terme (mais toujours coûteuses). La Californie et l’Allemagne, par exemple, paient leurs voisins pour accepter de consommer leur surplus d’électricité.
Mais plus on ajoute d’énergie solaire et éolienne, et plus le problème s’aggrave.
C’est pourquoi la valeur économique de l’énergie solaire et éolienne diminue au fur et à mesure de leur importance dans le réseau.
De plus, un pays précurseur comme l’Allemagne qui s’approvisionne aujourd’hui en énergie solaire et éolienne au prix supposé être le plus bas, continue de payer beaucoup plus cher l’électricité.
L’Allemagne a dépensé 24,3 milliards d’euros au-dessus des prix du marché en tarif de rachat d’énergie renouvelable en 2017.


Surfaces occupées
Les énergies renouvelables nécessitent plus de surface que les autres sources pour produire la même quantité d’énergie. Par exemple, la surface terrestre occupée par les fermes solaires et éoliennes est d’au moins un ordre de grandeur supérieur à celle des centrales électriques « non renouvelables ».
Un seul exemple illustre bien cette différence.
La ferme solaire d’Ivanpah en Californie produit 18 fois moins d’électricité mais nécessite au minimum 290 fois plus de surfaces terrestres que la centrale nucléaire de Diablo Canyon.
Avec le renforcement nécessaire des réseaux d’électricité, cette réalité pourrait être un facteur supplémentaire de coûts plus élevés.
Les promoteurs solaires font remarquer que le coût du terrain et des nouvelles lignes électriques peuvent être éliminés avec de l’énergie solaire sur les toits, mais les économies sont plus qu’annulées par des coûts d’installation plus élevés.
Tous ces coûts supplémentaires découlent directement des limites physiques sous-jacentes de la production d’électricité à partir du soleil et du vent. Ces deux «carburants» sont dilués et peu fiables. Compenser les faiblesses inhérentes à ces sources d’énergies nécessiterait d’augmenter massivement l’empreinte physique.
Les énergies renouvelables exigent l’utilisation de beaucoup plus de terres, des lignes électriques plus longues et moins utilisées, et de grandes quantités de stockage (batteries au lithium, nouveaux barrages, cavernes d’air comprimé,…).
Elles nécessitent donc aussi plus de matériaux que les sources d’énergie non renouvelables pour produire la même quantité.
Ainsi, le coût élevé de l’énergie solaire et éolienne découle de leurs contraintes physiques et environnementales. Elles sont diffuses, diluées, non fiables et non pilotables.
Et ce problème devra être pris en compte pour à la fois protéger l’environnement et étendre la prospérité à tous.
Traduction par Michel Gay d’un article de Michael Shellenberger, « Héros de l’environnement » selon Time Magazine, Président de « Environnemental Progress ».
https://www.contrepoints.org/2018/05/10/315711-oui-le-solaire-et-leolien-augmentent-vraiment-les-prix-de-lelectricite?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=9483c5bc8e-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-9483c5bc8e-113970649&mc_cid=9483c5bc8e&mc_eid=7562c94020
20/04/18
Débat sur l'énergie : l'avenir est au nucléaire
La Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) doit être révisée fin 2018, et un débat public est engagé depuis le 19 mars. L'enjeu prioritaire porte sur la réduction de la consommation des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) et non sur la part du nucléaire dans la production d'électricité. Par le collectif "science technologies actions" (*)
La France a été après le premier choc pétrolier la championne du monde du développement et de l'exploitation de l'énergie nucléaire. Son modèle énergétique a été salué comme une référence par nombre de pays du fait de la standardisation de ses équipements, de la performance économique de son outil de production et de ses qualités environnementales grâce à la réduction importante de la consommation nationale de pétrole et de charbon.
Malgré quelques épisodes tels l'abandon du projet de Plogoff par François Mitterand en 1981, les gouvernements successifs ont soutenu le développement de cette filière industrielle qui apporte au pays une électricité compétitive tout en diminuant considérablement notre dépendance énergétique et le déséquilibre de la balance du commerce extérieur.
L'abandon sans justification de SuperPhénix
Seuls les idéologues les plus entêtés saluent encore la décision politicienne prise à la fin des années 1990 d'abandonner SuperPhénix, sans justification technique, économique ou environnementale. Les effets négatifs de cette décision se ressentent encore aujourd'hui, laissant la France en queue de peloton des pays avancés dans le développement des réacteurs de IVe génération, loin derrière la Chine, l'Inde ou la Russie. C'est ainsi que le réacteur russe à neutrons rapide BN 800, entré dans sa phase commerciale, a reçu le prix de la meilleure centrale au monde par la presse américaine en 2016.
Quoiqu'il en soit, et malgré une action de plus en plus visible des « écologistes », la France a conservé au fil des années une position de référence au plan de la qualité du service de l'électricité. Pour preuve, ce résultat du baromètre de la compétitivité énergétique des États établi par KPMG et l'Institut Choiseul publié en 2012, qui place la France numéro Un dans un classement de 146 pays pour «la qualité de son électricité, sa disponibilité et son accès». Cette médaille d'or mondiale est «la conséquence d'un parc nucléaire important», selon les auteurs de l'étude.
Mieux maîtriser les émissions de gaz à effet de serre
En dépit de ce résultat très satisfaisant, la majorité parlementaire du dernier quinquennat a jugé utile de prendre le contre-pied de cette politique, aboutissant après un débat public biaisé au vote en 2015 de la Loi sur la Transition Energétique et la Croissance Verte (LTECV). Certes, il était nécessaire de réfléchir à la politique énergétique de la France et d'en redéfinir certaines orientations, notamment pour mieux maîtriser les émissions de gaz à effet de serre. Il eût été logique dans cet esprit de prendre des mesures fortes pour limiter l'usage des combustibles fossiles, responsables pour l'essentiel des émissions de CO2, méthane et autres gaz à effet de serre.
Les mesures phares de la loi furent en réalité centrées sur la production d'électricité, pourtant déjà décarbonée à 95%. Cherchez l'erreur ! Et sans craindre de dilapider l'argent public, il fut décidé de promouvoir à grand frais le développement des énergies éolienne et photovoltaïque, en espérant qu'elle puisse se substituer à l'énergie nucléaire. C'était oublier (?) qu'on ne remplace pas une source pilotable, garantissant la disponibilité du courant au moment où on n'en a besoin, par une source disponible aléatoirement. Cette erreur de jugement coûte aujourd'hui 5,5 milliards d'euros par an aux usagers, pour une contribution très modeste à la production (environ 5% en 2017) et sans aucun effet sur la maîtrise des émissions de GES. L'objectif de réduction à 50% de la production d'électricité par le parc nucléaire pour 2025 (pourquoi 50% et non 60% ou 40% ?) a depuis été reconnu inaccessible par le gouvernement, soulignant ainsi le caractère utopique de certaines dispositions de la LTECV.
L'urgence à réorienter notre politique énergétique
La Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) doit être révisée fin 2018, et un débat public est engagé depuis le 19 mars, avec la volonté affichée de mettre sur la table tous les enjeux de la politique énergétique. Il est toujours difficile de se remettre en question. La réponse à l'interrogation : « Où en est-on réellement des objectifs prévus dans la LTECV et dans la PPE quant à l'émission de gaz à effet de serre, à la consommation et la production d'énergie ? » n'est clairement pas satisfaisante.
En effet, les résultats du premier Suivi de la Stratégie Nationale Bas-Carbone publiés début 2018 par le ministère de la Transition écologique et solidaire sont mauvais. Les émissions de gaz à effet de serre augmentent : celles des secteurs « transports » et « bâtiments » dérivent de manière grave, celles du secteur « énergie » augmentent depuis deux ans ! C'est dire la nécessité et l'urgence à réorienter notre politique énergétique.
Le Président de la République a rappelé à plusieurs reprises la priorité qu'il attache à la baisse des émissions de CO2, et revendiqué de façon constante un rôle de premier plan pour la France dans la lutte contre le réchauffement climatique. Puisse l'expérience vécue porter ses fruits et ramener un peu de raison et de cohérence dans les décisions à venir ! La prochaine PPE doit en premier lieu donner des objectifs ambitieux et réalistes pour la réduction de la consommation des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz). C'est là que se trouve le problème central, et non sur la part du nucléaire dans la production d'électricité.
La consommation d'électricité dans le monde pourrait doubler d'ici 2050
Le nucléaire est une énergie d'avenir. La consommation d'électricité dans le monde va croître de façon très importante dans les prochaines décennies. Selon l'AIE (Agence internationale de l'énergie), elle pourrait doubler d'ici 2050, et l'énergie nucléaire sera inévitablement une partie de la réponse, à côté des énergies renouvelables. C'est un marché considérable qui se dessine et pour que la France y trouve sa part, synonyme de création d'emplois et de richesses, elle doit maintenir ses compétences techniques et industrielles en développant sur son sol de nouvelles unités, références à l'export, et accroître son effort de R&D sur les réacteurs du futur.
Gageons que la raison l'emportant sur les idéologies aveugles, l'exemplarité de la France en matière énergétique et de faibles émissions de GES sera préservée par la prochaine PPE. Celle-ci doit acter de manière claire une politique qui s'inscrit dans le prolongement de celle mise en œuvre depuis près de 50 ans pour le plus grand bien des Français. L'épisode de ces dernières années apparaîtra alors comme un hoquet de l'histoire !
(*) Le collectif "science technologies actions" regroupe une centaine de scientifiques issus de tous les domaines. La liste des membres et plus d'information sur leur site.
https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/debat-sur-l-energie-l-avenir-est-au-nucleaire-776126.html

12/04/18 : Tout ce massacre pour ça !! 😡😡😠😠
http://www.rte-france.com/fr/eco2mix/eco2mix-mix-energetique