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lundi 11 février 2019

Loire-Atlantique : « Nous sommes malades, mais la préfecture refuse de nous écouter »


Témoignage de Sylvie Bignon, Conquereuil

Je m’appelle Sylvie Bignon, et je vis à Conquereuil avec mon mari et mes trois enfants. Nous avons une exploitation laitière de 55 vaches normandes sur 63 hectares. Avant l’installation du parc éolien, nous vivions tranquillement de notre travail. Comme on dit, on faisait partie des gens « sans histoires ». Nos vaches se portaient très bien, et nous avions même été primés par la laiterie pour la grande qualité de notre lait. Dans le métier, on parle de « cellules ». Le lait est régulièrement vérifié, et il ne doit pas y avoir de « cellules » en trop grand nombre dans celui-ci, sinon cela signifie que nos vaches ne sont pas en bonne santé et le lait devient hors norme. Des pénalités nous sont prélevées, puis une suspension de collecte au bout de quelques mois nous est imposée.

Quand les éoliennes ont été installées, nous n’avions franchement aucun a priori sur ce parc. Partout, on lisait que c’était bien pour la planète, alors, on n’était absolument pas inquiet, d’autant plus qu’elles sont installées à 1,7 km de chez nous, autant dire assez loin.

Les problèmes ont commencé dès le début : je me suis sentie fatiguée comme je ne l’avais jamais été. J’allais me reposer en début d’après-midi, et mon mari devait venir me réveiller à 17 heures pour que je m’occupe de la traite. Et en salle de traite c’était pire : je sentais comme une pression dans ma tête, comme si elle avait été prise dans un étau. Malaise, maux de tête, il fallait que je quitte la maison pour aller mieux. Au bout de quelques temps, nous ne dormions plus.


Au début, on ne se rend pas trop compte, on se dit qu’avec le sommeil, la fatigue, il y a des hauts et des bas, comme tout le monde. Et puis la santé de notre fille a commencé à nous intriguer. Elle est étudiante et rentre uniquement le week-end. Dans la semaine, tout allait bien, et dès qu’elle passait le pas de la porte, elle souffrait de terribles maux de tête. Ensemble, nous avons constaté que nos malaises étaient accentués dès que le temps était mauvais : vent, pluie et brouillard.

Du côté de notre exploitation, de mois en mois, le taux cellulaire augmentait anormalement, nous étions au-dessus de la norme des 250 000 cellules par mois. Ma laiterie a donc commencé à nous prélever des des pénalités (400 à 500 € par mois). 

Malgré notre expérience, notre suivi du troupeau par notre vétérinaire et notre conseiller en élevage Seenovia (ex contrôle laitier) rien n’y a fait. Nos vaches sont contrôlées individuellement sur leurs productions et leur lait est analysé avec un taux de cellules propre à chacune. Même en écartant les vaches avec un taux cellulaire élevé, nous n’arrivions pas à faire baisser notre moyenne mensuelle. Nous avions toujours des vaches qui avaient des taux cellulaires élevés.

On nous a alors conseillé de faire appel à un géobiologue. Nous avons donc pris cette initiative, et il a pointé du doigt l’éolienne numéro 4. Il nous a dit qu’il y avait une faille rocheuse sous l’éolienne, et elle était en relation avec notre maison et notre exploitation. Les courants vagabonds circulaient par cette faille et engendraient des problèmes sur nos vaches et nous-même. Cette nouvelle nous a fait froid dans le dos, parce qu’à l’époque de la construction du parc éolien, un de nos voisins s’était méfié et avait fait venir un géobiologue qui a avait rédigé un document indiquant qu’il ne fallait surtout pas installer d’éolienne à cet endroit précis.

Nous avons donc contacté le promoteur, qui nous a ri au nez. Et ils nous ont répondu : « Une faille ? Mais s’il y en a une, impossible qu’elle aille jusqu’à votre maison, puisqu’il y a une route, elle est arrêtée par la route ! ». L’intervention du géobiologue, qui est une discipline non reconnue en France, était peut-être discutable, mais vous avouerez que la réponse du promoteur était tellement absurde qu’un enfant de 6 ans aurait compris…une route qui arrête une faille dans la roche ? On nous prenait pour des idiots.

Donc nous avons monté un peu le ton. Au village, on commençait d’ailleurs à parler de nous, alors qu’on n’avait jamais fait d’histoire et qu’on était considérés comme des gens plutôt tranquilles. Le promoteur nous a donc envoyé une dame, madame Laval, spécialisée en médecine vétérinaire. Elle a eu avec nous une attitude extrêmement condescendante. Elle nous a dit que nous ne savions pas nous occuper de notre élevage, et nous a conseillé de multiplier les traitements antibiotiques. Et elle a rajouté que tout agriculteur qui ne se remet pas en cause, c’est fini pour lui ». Mon mari, exaspéré, a fini par lui demander de partir !

Dans le village, les gens ont été très gentils avec nous, le maire nous a rendus visite, et un comité de soutien s’est mis en place, parce qu’ils étaient vraiment choqués par tous ces « éminents spécialistes et promoteurs » qui ne voulaient même pas nous écouter. Pendant ce temps, nos dettes s’accumulaient puisque notre lait était devenu hors norme, et notre santé ne s’arrangeait pas.


Le comité de soutien a exigé du promoteur qu’on ouvre plusieurs éoliennes en présence de M. Luc Leroy, géobiologue, pour faire des mesures de pertes de courants. Le jour où l’enquête devait être réalisée, nous étions plusieurs témoins à assister à cette ouverture. Eh bien, ce jour-là, le promoteur avait tout bonnement et simplement …mis l’éolienne à l’arrêt. Bien entendu, l’expertise n’a rien donné !!!! Cerise sur le gâteau : le promoteur s’était arrangé pour choisir un jour où le géobiologue était indisponible. 

Pour nous, c’en était trop. Munis d’un document de la laiterie qui stipulait que nous allions devoir fermer notre exploitation laitière si notre lait était toujours hors norme, nous nous sommes rendus à la préfecture pour demander l’ouverture d’une enquête. Nous avons expliqué qu’il était question non seulement de santé animale, mais aussi de santé humaine.

Et là, deuxième coup de massue…on nous dit que le promoteur a respecté tout le cahier des charges français : il n’est pas responsable.

Je vous assure qu’on se sent très seul quand on est de bonne foi et que les personnes qui représentent les autorités ne font rien pour vous écouter.
La seule personne qui nous a tendu la main est un député. Monsieur Yves Daniel. Comme c’est un ancien exploitant agricole il a été touché par notre histoire. Il a essayé de porter l’affaire auprès de Nicolas Hulot et de Ségolène Royale. Même réponse : « vous êtes des anti-éoliens, on ne veut pas vous écouter ».

Nous, nous sommes des anti rien du tout, nous voulons juste retrouver notre vie d’avant. Sommes-nous en dictature ? Où est l’écologie dans tout ça ?.


Autour de chez nous, d’autres éoliennes se construisent. Sur les communes de Derval, notamment. Il y en aura 19 au total dont un projet de 8 éoliennes. Le parc se situera à 3,5 kilomètres de notre habitation . Elles poussent comme des champignons et on ne peut pas contester. Les gens de Derval nous demandent de venir témoigner. Mais c’est toute la France qui doit savoir. Alors partagez, il faut que les médias se réveillent.

Témoignage recueilli par Sioux Berger