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vendredi 20 janvier 2017

Le combat des gueux

"Les campagnes ne peuvent devenir les poubelles et les terrains d'expérimentation des citadins."



https://blogs.mediapart.fr/dominique-boury/blog/190117/le-combat-des-gueux


19 JANV. 2017, PAR DOMINIQUE BOURY


Rodez est, ce samedi 21 janvier, le lieu de rencontre de toutes les associations qui se battent contre l’implantation de parcs d’éoliennes industrielles. Manifestation organisée par l'Amassada - association aveyronnnaise - et soutenue par le collectif régional TNE Occitanie Environnement. Cette lutte largement impopulaire se heurte à des intérêts puissants. Mais les gueux ne se résignent pas !




Rodez est, ce samedi 21 janvier, le lieu de rencontre de toutes les associations qui se battent contre l’implantation sauvage de parcs d’éoliennes industrielles et la transformation de territoires ruraux de l’Occitanie en lieu privilégié de production d’électricité, au détriment de son environnement, de ses paysages et surtout de la qualité de vie de ses habitants.

Les initiateurs de cette manifestation sont les habitants de Saint Victor et Malvieu dans l’Aveyron qui depuis 2010 se battent contre le projet d'un poste 400 kV (dont 2 autotransformateurs 400/225 kV) décidé́ par RTE (Réseau de Transport d’Electricité́) pour évacuer la production des éoliennes industrielles qui se multiplient en Occitanie. Ce projet s’est fait sans concertation avec les populations locales. Il n’est qu’un des éléments du gigantesque chantier nécessaire pour adapter le réseau électrique à la prolifération des projets éoliens industriels.

RTE prévoit, d’ici 2023, une évolution majeure de ses infrastructures, avec en plus du projet de poste de Sud Aveyron, la reconstruction de la ligne 400 kV Rueyres-Gaudières (Narbonne) avec 2 circuits au lieu d’un seul existant ; un 2ème autotransformateur de 600MVA au poste de Gaudière et de nombreux ouvrages (lignes, transformateurs, postes clients producteurs...) comme à Fraysse, Brusque, Avant Monts, Raviège, Onet le Château, Fondamente, Luzières, Gourjade, Réalmont, etc.

Environ 80% de ces travaux seront effectués en vue d’accueillir la production des éoliennes industrielles. Le coût de ces chantiers pharaoniques devrait se rapprocher du milliard d’euros pour l’Occitanie, qui seront en grande partie payés par le contribuable, pour le plus grand profit des promoteurs et propriétaires de parcs éoliens.

L'association locale, l’Amassada (assemblée en occitan), https://douze.noblogs.org, est un collectif d'opposition à la construction du transformateur de Saint-Victor et au développement des champs d'éoliennes industrielles. Ils ont multiplié les formes de lutte originales, achat en indivision par une centaine de personnes d’une parcelle nécessaire à la finalisation du projet, construction collective d’une cabane en bois sur les lieux du chantier qui sert de point de ralliement hebdomadaire pour faire le point et échanger les informations, et la sortie d’un film « Pas Res Nos Arresta » qui tourne depuis plus d’un mois dans toute la région.

Leur détermination est forte, leur motivation claire : « L'aménagement du territoire c'est l'aménagement de nos vies. Le bétonnage à marche forcée au cœur de nos campagnes arrache les populations à leurs histoires communes, à leurs pratiques, les déracine de leurs terres, de leurs villages... C'est une logique qui tend à rentabiliser chaque espace, jusqu’à l'air qui nous entoure. »

Parallèlement, se constitue depuis le 23 novembre 2016, un collectif qui rassemble 140 collectifs et associations de 9 départements (Ariège, Aude, Aveyron, Gard, Haute-Garonne, Hérault, Lot, Lozère et Tarn). Son objectif principal est de convaincre l'opinion et les décideurs de la Région de stopper le développement de l’éolien industriel, qui est une réponse inadaptée au défi énergétique tant par ses coûts économiques et environnementaux que par ses nuisances.

Ce collectif dénonce, les nuisances sonores et infrasonores qui ne font l'objet d'aucune mesure de protection ; le foisonnement anarchique des projets qui bouleversent la vie économique et sociale en milieu rural, la biodiversité́ et la notion même d’espaces naturels ; la multiplication des infrastructures (transformateurs, lignes HT...) à l’origine d’impacts et de coûts jamais présentés au public.

Il se bat pour un arrêt de l'installation d'éoliennes industrielles dans les milieux naturels et les espaces ruraux ; une réorientation de la politique régionale vers de vraies économies d'énergie et des énergies renouvelables socialement, économiquement, écologiquement viables ; l’association de tous les citoyens à l'élaboration des politiques énergétiques qui touchent directement leur environnement et mobilisent des budgets colossaux.

Ce collectif régional, Toutes Nos Energies – Occitanie Environnement, appelle l’ensemble des associations et des citoyens de la Région à manifester le samedi 21 janvier 2017 à partir de 14h au Foirail à Rodez, accompagné-e-s de la fanfare du F.I.F !

Cette lutte est largement impopulaire, prenant à rebrousse poil la logique productiviste de nos dirigeants, le sentiment écologique spontané des urbains, le désir des petites municipalités de trouver des ressources en période de disette …

Elle se heurte à des intérêts puissants, lobbys des promoteurs qui sous le couvert d’entreprises aux noms évocateurs mobilisent des moyens financiers et juridiques énormes, leurs relais intéressés dans la presse et chez les politiques. Face à tout cela les populations de territoires fragiles, oubliés s’organisent, inventent et ne se résignent pas.

Je vois dans ces luttes l’embryon de résistances à la poursuite d’une politique vouée au productivisme et à la croissance (il suffirait que le vent se substitute à l’atome !!!) obligeant à réfléchir à d’autres modes de développement, de consommation, respectueux des humains, des êtres vivants, de la nature. Les gens qui se regroupent et se battent, contre le mépris et l’oubli, ont choisi de travailler, de vivre dans des régions superbes mais fragiles.

Ces « gueux » défendent ce qu’ils ont en commun, un choix de vie, des territoires auxquels ils sont attachés en ayant l’intuition confuse mais forte qu’ils contribuent ainsi – sur une scène inédite du conflit social – à faire vivre l’espoir d’une société au service de l’émancipation citoyenne.

Alors parce que « nous ne défendons pas la nature, mais que nous sommes la nature qui se défend », nous serons à Rodez, samedi déterminé-e-s !