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mercredi 30 novembre 2016

Les fausses concessions d’ENGIE pour limiter l’impact du projet éolien Dieppe-Le Tréport sur la pêche artisanale

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Communiqué de Presse
Les fausses concessions d’ENGIE pour limiter l’impact du projet éolien Dieppe-Le Tréport sur la pêche artisanale
- le 25 novembre 2016 à Dieppe -

Le mercredi 19 octobre 2016 s’est tenue à la Préfecture de la Région Normandie la deuxième réunion plénière de l’Instance de Concertation et de Suivi (ICS) du projet de parc éolien off-shore Dieppe-Le Tréport. Les représentants de la pêche professionnelle de Haute-Normandie sont consternés d’être de nouveau face à l’obstination irresponsable du promoteur et sont désormais persuadés que cette instance n’a de « concertation » que le nom !

Dès l’ouverture de l’ICS, les représentants de l’Etat ont exposé à l’assemblée la position tranchée et sans appel du Ministère : « l’Etat s’engage à ce que la zone ne soit pas changée ».
Rappelons que cette zone de 91 km² avait été désignée au beau milieu de la meilleure zone de pêche de Manche-Est. Cela en dépit des résultats négatifs des deux débats publics, à l’encontre des bligations de la Directive Européenne relative à la planification de l’espace maritime (1) et
sans même avoir demandé, au préalable, l’avis des usagers historiques.

Prenant soin d’omettre ces éléments, le consortium privé a donc présenté un nouveau schéma d’implantation des éoliennes censé éliminer les impacts sur l’activité de pêche professionnelle. Prétendument basé sur les conclusions de l’étude que nous avons réalisée, celui-ci n’a pas fait l’objet de la moindre validation de notre part. 

Le consortium se dispense d’ailleurs de diffuser l’étude socio-économique en question.
Et pour cause : elle montre que 100 navires des Hauts de France et de Haute-Normandie ont
pêché dans le périmètre du projet en 2013 (auxquels viennent s’ajouter les navires bas normands
et étrangers). La majorité des navires fréquentant cette zone sont de petites unités chalutières de moins de 12 mètres de long, ralliées aux ports du Tréport et de Dieppe. Ces navires ne pourront pas se reporter vers d’autres zones de pêche plus au large.

Pourquoi nous restons opposés à ce projet ? 
Car, aujourd’hui, ne sont pas pris en compte :

- l’intérêt géographique de la zone : située à proximité de la côte, à l’abri en cas de
conditions météorologiques défavorables ; 

- l’intérêt énergétique : la zone étant aux abords des côtes, le coût énergétique
(consommation de gasoil) est moindre pour les navires ;

- l’intérêt écologique : on y trouve une grande diversité de fonds marins (ridens et
grands fonds) et la présence de mammifères et d’oiseaux marins à forts enjeux y est avérée (on
peut citer le grand dauphin, le marsouin commun, le phoque gris, le phoque veau marin, le
fulmar boréal ou encore la mouette trydactite). Ceux-ci cohabitent harmonieusement avec la
pêche puisqu’ils suivent les navires pour se nourrir des poissons s’échappant des filets ;

- l’intérêt halieutique : il s’agit d’une zone importante de migration pour de
nombreuses espèces (notamment pour le hareng, le maquereau et la seiche). On note également
le plus gros gisement classé d’amandes de mer de la Manche, ainsi qu’une forte concentration
de lançons (poisson à la base de la chaine alimentaire dans le milieu marin) ;

- l’intérêt économique : c’est aussi à cet endroit que sont pêchées des espèces à forte
valeur ajoutée comme la sole, le rouget barbet, la seiche et la coquille Saint-Jacques.

A cause des travaux (battage des pieux, enfouissement des câbles, perforations de 30
mètres dans les fonds marins pour l’installation des fondations etc.), les pêcheurs s’attendent
au minimum à 4 ans de pénurie de poisson ! Les emplois de marins-pêcheurs et la filière à
terre qui en dépend sont donc menacés !

Si l’on conçoit ce drame écologique, il n’est absolument pas garanti que la pêche puisse
être maintenue pendant les décennies que recouvre la période d’exploitation des éoliennes.
Qu’en sera-t-il de l’avenir des ports du Tréport et de Dieppe dans ces conditions ? Pourquoi ne
tenons-nous pas compte ni des résultats des deux débats publics, ni des conclusions de la
Commission de Régulation de l’Energie lors du 1er appel d’offres sur la zone ? Sommes-nous
prêts à spolier une zone, de pêche majeure, à détruire un site remarquable au nom d’un projet
industriel non concerté ? Conscients des risques, les mairies de Dieppe et du Tréport sont
également opposées au projet éolien. Les emplois promis par le promoteur ne compenseront
pas le volume d’emplois perdus dans la filière pêche sur le littoral.

Les représentants élus des pêcheurs professionnels sont formels, compte-tenu des
courants dans la zone, les manoeuvres avec un chalut à l’eau seront délicates, sinon dangereuses,
dans les couloirs de 1100 m de large. Les données d’accidentologie dans les parcs éoliens des
pays du nord de l’Europe sont d’ailleurs alarmantes. A l’instar des études d’impacts sur
l’environnement marin, elles doivent pouvoir être analysées en détail et dévoilées au grand jour.

Les pêcheurs professionnels tiennent à rappeler qu’ils ne sont pas opposés à tous les
projets éoliens, sacrifiant de fait certaines zones de pêches, comme le démontre l’avis favorable
rendu pour le projet éolien de Fécamp.

Il faut qu’une vraie discussion s’engage quant au choix d’une zone de moindre impact
écologique et halieutique. A la veille de l’enquête publique, nous espérons que les populations
et l’Etat prennent finalement en compte l’intégralité des études réalisées, et que ce dernier ne
signe pas l’arrêt de mort de nos pêcheurs, de nos ports !

(1) DIRECTIVE 2014/89/UE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 23 juillet 2014 établissant un cadre pour la planification de l’espace maritime.




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